Les traumatismes complexes sont souvent très présents dans le parcours de vie des personnes en situation d’itinérance. Pourtant, au Québec, chercheurs et cliniciens en parlent peu. S’y intéresser davantage pourrait certainement contribuer à apporter un éclairage complémentaire sur certains comportements considérés comme difficiles ou comme obstacles à la sortie de l’itinérance. Plusieurs de ces comportements adaptatifs (abus de substances, comportements suicidaires, automutilation, hygiène négligée, absence de demande ou d’apparence de motivation) sont également source d’exclusion ou de peu d’attention de certains services publics et communautaires.
L’objectif de ce midi CREMIS est d’ouvrir la discussion avec les différents acteurs du milieu, sur la prévalence importante des traumatismes complexes chez les personnes en situation d’itinérance, de donner un regard différent sur une problématique méconnue, de mettre en lumière l’origine de l’adoption de comportements adaptatifs et sur la manière dont ils contribuent à façonner le parcours à la rue. Enfin, il vise à réfléchir à différentes pistes d’action pour parvenir à reconnaître et à répondre, à la fois, à l’hétérogénéité et à la complexité du phénomène.
Cette conférence est présentée par Nancy Keays, infirmière clinicienne et praticienne chercheure au CREMIS/CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal et de Sue-Ann MacDonald, professeure à l’École de travail social de l’Université de Montréal.
Au Québec, depuis les quarante dernières années au moins, le nombre de demandes judiciaires d’expulsions pour non paiement de loyer est globalement constant : entre 40 000 et 50 000 par an. Dans la quasi-totalité des cas, elles sont accordées par les tribunaux. L’ampleur et le caractère structurel de ce phénomène social, malgré les luttes sociales et les politiques publiques dans ce domaine, oblige à prendre sérieusement en considération l’hypothèse selon laquelle la « crise » du logement serait une institution nécessaire au mode de production capitaliste. En d’autres termes, la Question du logement ne pourrait être résolue sans « abolir l’exploitation et l’oppression de la classe ouvrière par la classe dominante » (Engels 1872). Des travaux plus récents avancent cependant l’hypothèse que les expulsions de logement participeraient, en elles-mêmes, à organiser et « propager » (Desmond, 2012), « l’exploitation de la pauvreté urbaine » (Duvoux, 2013), et tout particulièrement celle des femmes et des personnes racisées; deux catégories sociales précisément délaissées par l’analyse marxiste orthodoxe. Ces travaux invitent alors à repenser la place du logement dans l’analyse des contradictions sociales et des stratégies de construction de solidarités.
Question de « petits bourgeois » pour les uns, question au cœur des mécanismes de production et de reproduction des inégalités pour les autres, c’est cette tension que cette communication souhaite questionner à partir de travaux et de données disponibles sur les causes et les conséquences des expulsions.
Cette conférence sera présentée par Martin Gallié, professeur au Département des sciences juridiques de l’UQAM.
Les policiers montréalais sont régulièrement appelés à intervenir auprès de personnes composant avec une déficience intellectuelle ou de l’autisme. Ce faisant les services de police sont désormais considérés comme parties-prenantes à la mise en place d’un continuum de services adaptés aux besoins de ces personnes. Si l’interaction entre services de police et services socio-sanitaires se fait sur une base régulière, et, à certains égards laisse présager une forme d’hybridation des services, les orientations politiques, la répartition des rôles, les attentes respectives et les modalités d’intervention à déployer, demeurent informelles et changeantes. Chez les policiers comme chez les professionnels du réseau de la santé et des services sociaux, ce flou autour des orientations et des pratiques à mettre en place est source de confusion et de frustration. Comment communiquer sans provoquer des bris de confidentialité? Comment offrir un traitement adapté sans bafouer les droits des personnes? Comment ajuster les interventions en fonction de situations complexes tout en respectant le mandat de son organisation? Sans balises définies et reconnues, la négociation de la légitimité de l’intervention se fait in situ avec pour résultante une grande variation dans les orientations préconisées.
Cette présentation se structure autour de résultats d’analyse d’une série de focus groups menés auprès de policiers du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM) et de professionnels de la réadaptation en autisme et déficience intellectuelle (CIUSS-CSIM) au cours de l’automne 2015 et de l’hiver 2016.
Une conférence de Guillaume Ouellet, chercheur au Centre de recherche et d’expertise en DI/TSA du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal et Olivier Corbin-Charland, candidat à la maîtrise en sociologie à l’UdeM et agent de recherche au Centre de recherche et d’expertise en DI/TSA du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.
Jeudi 16 mars, de 12h à 13h30. Aucune réservation n’est nécessaire. Apportez votre lunch.
Véritables voies alternatives à la procédure criminelle et pénale, les tribunaux spécialisés prennent de plus en plus d’ampleur au Québec et bon nombre de villes et d’institutions judiciaires dévouent des ressources à la mise sur pied de ces tribunaux. Le Programme Accompagnement Justice Itinérance à la cour municipale de Montréal (PAJIC) est du nombre. Institué en 2009, le PAJIC tente de répondre à la judiciarisation des personnes en situation d’itinérance à Montréal. Mais dans un contexte de profilage social des populations itinérantes (Commission des droits de la personne, 2009), le PAJIC fait-il partie du problème ou de la solution?
Partant des regards croisés de Véronique Fortin (juriste) et d’Isabelle Raffestin (intervenante), cette présentation abordera les objectifs du PAJIC, son histoire et son fonctionnement actuel. Elle tracera ensuite les liens entre ce programme et la première étude sur la judiciarisation de l’itinérance à Montréal (Bellot et al. 2005), en soulignant que le PAJIC est un programme à part dans le monde des tribunaux spécialisés, notamment en raison de sa flexibilité et de son ancrage dans le milieu communautaire. Finalement, elle exposera les défis auxquels le PAJIC fait face, en tant que réponse individuelle à la judiciarisation des personnes en situation d’itinérance.
Conférence par :
Véronique Fortin, professeure adjointe, Faculté de droit, Université de Sherbrooke et Isabelle Raffestin, coordonnatrice de l’intervention, Clinique Droits Devant.
Dans le contexte post-désinstitutionalisation, les policiers montréalais sont régulièrement appelés à intervenir auprès de personnes composant avec une déficience intellectuelle ou de l’autisme. Ce faisant les services de police sont désormais considérés comme parties-prenantes à la mise en place d’un continuum de services adaptés aux besoins de ces personnes. Si l’interaction entre services de police et services socio-sanitaires se fait de plus en plus fréquente, et laisse présager une forme d’hybridation des services, les orientations politiques, la répartition des rôles, les attentes respectives et les modalités d’intervention à déployer, demeurent informelles et changeantes. Chez les policiers comme chez les professionnels du réseau socio-sanitaire, ce flou autour des pratiques à mettre en place est source de confusion et de frustration. Comment collaborer sans instrumentaliser l’autre? Comment communiquer sans provoquer des bris de confidentialité? Comment ajuster les interventions en fonction de situations complexes tout en respectant les droits des personnes et les mandats organisationnels? Pour l’heure ces questions demeurent entières et entre-temps, la négociation de la légitimité de l’intervention se fait in situ avec pour résultante une grande variation dans les orientations préconisées. Cette présentation se structure autour de résultats d’analyse d’une série de focus groups menés auprès de policiers du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM) et de professionnels de la réadaptation en autisme et déficience intellectuelle (CIUSS-CSIM) au cours de l’automne 2015 et de l’hiver 2016.
Conférence par:
Guillaume Ouellet, chercheur au Centre de recherche et d’expertise en DI/TSA du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.
Olivier Corbin-Charland, candidat à la maîtrise en sociologie à l’UdeM et agent de recherche au Centre de recherche et d’expertise en DI/TSA du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.
Les enfants présentant un handicap cognitif, comme une déficience intellectuelle, posent un défi aigu aux sociétés postindustrielles. Peut-être pour cette raison, les modes d’intervention auprès de ces enfants se sont beaucoup transformés entre 1965 et 2015. Cette évolution est intéressante, car elle témoigne de préconceptions changeantes sur ce qui constitue un handicap, sur la finalité des interventions, sur le type d’expert requis et sur les rapports de force qui sous-tendent ces choix.
Au Québec, l’histoire des politiques de l’expertise en déficience intellectuelle révèle deux spécificités du réseau DI-TED, soit : premièrement, la tension qu’introduit l’influence de modèles professionnels et diagnostiques issus de la santé et, deuxièmement, le volontarisme des directions d’établissements dans la détermination des expertises requises auprès des enfants, qui gonfle le poids des politiques institutionnelles dans la définition de l’offre de service.
Une présentation de Julien Prud’homme, professeur associé au Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST) de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM).
La médiation est offerte depuis plus de vingt ans à la Division des petites créances de la Cour du Québec (DPC). Avec le nouveau Code de procédure civile qui lui accorde plus d’importance, il appert qu’elle est appelée à jouer un rôle accru à l’intérieur de ce tribunal. Dans ce contexte, la médiation est présentée comme l’occasion pour les justiciables de dialoguer dans le cadre d’une séance informelle présidée par un-e médiateur-rice afin de trouver une solution à l’amiable à leur litige. Officiellement, le rôle des médiateurs-rices, avocats-es ou notaires, consiste à construire un climat favorisant le dialogue et amener les parties à trouver les intérêts communs afin de faciliter l’obtention d’un règlement et éviter l’audience judiciaire. Cependant, vu le nombre très limité de recherche sur les stratégies mises en œuvre par les médiateurs-rices, il est difficile de vérifier si cette fonction officielle est véritablement mise en œuvre dans la pratique. Pourrait-on croire qu’au nom de « l’impératif du règlement » certaines façons de faire soient plus insistantes qu’on le présente officiellement ?
Cette présentation sera l’occasion de répondre à cette question en deux temps. D’une part, Lorraine Deveaux fera part de son expérience comme praticienne de la médiation. D’autre part, Richard-Alexandre Laniel dévoilera ses résultats d’un terrain de recherche de plusieurs mois ayant porté sur la médiation à la DPC.
Lorraine Deveaux est médiatrice et membre du Barreau du Québec. Richard-Alexandre Laniel est étudiant à la maîtrise en Droit au Département des sciences juridiques de l’UQAM.
Quels sont les barrières et les processus facilitateurs du croisement des savoirs entre personnes en situation de pauvreté, praticiens et chercheurs ?
Cette conférence-midi analyse ÉQUIsanTÉ (2011-2015), un projet de recherche-action participative qui vise à mieux connaître les barrières entre les personnes en situation de pauvreté et les équipes de soins, sous l’angle du croisement des savoirs.
Le croisement des savoirs et des pratiques reste rare, tant il rentre en contradiction avec l’héritage positiviste, qui postule qu’experts et chercheurs sont les mieux à même d’étudier et réguler les activités humaines. Complexe à organiser entre des acteurs qui n’ont pas le même rapport au temps et à l’action, ce croisement constitue une prise de risque pour tous les participants, du fait des asymétries de pouvoir et de savoir ainsi que des enjeux de reconnaissance sociale, professionnelle et académique.
Ce retour sur EQUIsanTÉ est l’occasion d’analyser collectivement les freins et leviers au croisement des savoirs avec des personnes en situation de pauvreté dans le domaine de la santé. Cette conférence-midi a été élaborée par les co-chercheurs d’ÉQUIsanTÉ (personnes en situation de pauvreté, volontaires permanents d’ATD Quart-Monde, professionnels de la santé et chercheurs universitaires) en collaboration avec une chercheuse française extérieure à la recherche. Il s’agit de :
Pierre Chaput* et France Fournier*, personnes en situation de pauvreté, militants du Mouvement ATD Quart-Monde, Montréal
Sophie Boyer* (Montréal) et Marianne de Laat (Bruxelles), volontaires permanentes du Mouvement ATD Quart Monde, réseau du croisement des savoirs et des pratiques
Nathalie Fournier, infirmière clinicienne, Unité Médicale Familiale Charles-Lemoyne à Saint-Lambert
Christine Loignon (sociologue chercheure en soins primaires de santé) et Catherine Hudon (chercheure clinicienne), Université de Sherbrooke
Marion Carrel*, maîtresse de conférences en sociologie, Université Lille 3 et Cems-Ehess Paris
Comment faire participer des citoyens en situation d’exclusion sociale et de pauvreté à la transformation de leur quartier? L’organisme Parole d’excluEs a développé un modèle d’action innovant qui place les citoyens au coeur de la démarche: à partir de la définition des besoins jusqu’à l’élaboration de projets collectifs et transformateurs. Le croisement des savoirs et la co-construction des connaissances entre citoyens, intervenants et chercheurs sont au fondement de la démarche.
Nous présentons une recherche-action participative menée en 2014 dans le Nord-Est de Montréal-Nord qui avait pour but d’identifier les besoins et aspirations des citoyens du quartier et d’initier la mobilisation des citoyens pour la démarche de Parole d’excluEs. Nous analysons plus particulièrement la place du savoir d’expérience dans cette étude ainsi que sa portée pour l’action et la transformation du quartier.
Cette conférence est une présentation de Isabel Heck, chercheure en milieu communautaire à Parole d’excluEs, membre du CREMIS et de Jean-François René, professeur à l’École de travail social de l’UQAM et membre du CREMIS.
À la lumière d’observations exploratoires menées au Tribunal administratif du Québec, il s’agira de décrire puis de questionner le traitement judiciaire que reçoivent les personnes non-représentées par avocat issues des classes populaires. Plus particulièrement, l’analyse portera sur les rapports inégalitaires entre juges et justiciables tant en termes de culture juridique que de contexte socio-économique.
Cette conférence est une présentation de Emmanuelle Bernheim, professeure au Département des sciences juridiques de l’UQAM et chercheure membre du CREMIS.
Témoins de navigation
Nous utilisons Google Analytics pour comprendre la fréquentation du site. Aucun témoin n'est déposé sans votre accord.
Google Analytics
Service de mesure qui suit et signale la fréquentation du site. Il nous permet de comprendre quelles publications sont consultées, afin de les améliorer.