Housing First et la norme du logement : regards croisés France/Canada sur les épreuves de « l’habiter »

Cette conférence s’inscrit dans le champ thématique itinérance du CREMIS

Le modèle Housing First/ Logement d’abord constitue, depuis les dernières années, une réponse au problème public de l’itinérance dans nombreuses villes nord-américaines et européennes. Au sein de ce modèle, le logement indépendant ou dit « ordinaire » est conçu comme un mode d’habiter privilégié par rapport à d’autres formes plus marginales ou contestées (logements communautaires, hébergements d’urgence, squats, etc.). Dans la foulée, c’est aussi la notion de « chez-soi » qui semble être définie principalement à l’aune de cette norme du logement. Or des travaux en sciences sociales engagés à cerner la diversité des figures d’itinérance de même que le point de vue ou l’expérience des personnes concernées montrent non seulement qu’il est nécessaire de promouvoir une diversité des formes du logement, mais aussi de mener une réflexion plus globale sur ce qu’habiter veut dire pour des personnes marginalisées et désaffiliées. En se basant sur des résultats de recherches menées respectivement en France et au Canada, cette conférence-midi cherchera à discuter des épreuves de l’habiter en regard des frontières normatives du logement.

Présentations

  • Dahlia Namian est professeure à l’École de service social de l’Université d’Ottawa et co-directrice du groupe de recherche GRESSIS (Groupe de recherche en sciences sociales sur les interventions en santé). Sa communication, tirée d’une recherche menée à Ottawa et Gatineau par observation participante au sein d’équipes mobiles en itinérance, questionnera la norme du logement telle que promue par le modèle Housing First en proposant le concept des « géographies émotionnelles » de l’itinérance pour mieux saisir les pratiques de résistances et d’appropriations qui façonnent les espaces pluriels du chez-soi.
  • Marine Maurin, sociologue, est chercheuse à l’institut régional et européen des métiers de l’intervention sociale (Ireis), membre du Centre Max Weber (Umr5283) et membre du comité scientifique du réseau « Aux frontières du sans abrisme » à Lyon/St-Etienne. Elle a soutenue une  thèse  intitulée  » Le genre de l’assistance. Ethnographie comparative de l’accueil des femmes sans abri (Saint Etienne /Montréal) » sous la direction de Pascale Pichon et Shirley Roy. Sa communication portera sur le concept d’habiter et plus largement sur le droit à habiter tel qu’il est notamment discuté en France dans le cadre du réseau scientifique « Aux frontières du sans-abrisme ».

Comment analyser les violences conjugales pour objectiver les vécus des lesbiennes, des bisexuelles et des hétérosexuelles?

Entrée libre

Les violences conjugales dans les couples lesbiens font l’objet d’un traitement paradoxal : elles sont quasi-absentes des débats sur la lutte contre les violences faites aux femmes et des sujets portés par les associations de défenses des droits des personnes homo-bisexuelles, ce qui laisse penser qu’être en couple de femmes offre une certaine protection à cet égard. Pourtant plusieurs enquêtes (en Angleterre, au Canada ou aux États-Unis) concluent que les prévalences de violences conjugales rapportées par les lesbiennes et les bisexuelles sont autant si ce n’est plus élevées que chez les hétérosexuelles. Ces travaux ont cependant de nombreuses limites : la faiblesse des effectifs ne permet pas de produire de statistiques robustes et d’analyses fines sur le sujet et en particulier de distinguer les populations lesbiennes et bisexuelles ; la construction du questionnaire ou du plan d’échantillonnage rend souvent difficiles les comparaisons entre les populations majoritaires hétérosexuelles et les populations minoritaires homo-bisexuelles ; la distinction entre les violences rapportées au sein de couples lesbiens et les violences rapportées par des lesbiennes et des bisexuelles au sein de précédents couples hétérosexuels n’est pas clairement abordée.

En m’appuyant sur les données françaises de l’enquête Violences et rapports de genre (Virage) de l’Institut national d’études démographiques (Ined), cette présentation propose une approche originale des violences conjugales subies par les femmes selon leurs trajectoires et leurs identifications sexuelles. Reprenant l’esprit des travaux de M. P. Johnson, je fais l’hypothèse que plus que les seules prévalences de violences, c’est l’étude des configurations de violences conjugales qui permet d’analyser et de comparer les vécus des femmes : il ne suffit pas de savoir si une personne a subi ou non un fait de violence dans un certain type de couple, mais de prendre en compte la répétition, la combinaison avec d’autres faits de violences, les conséquences sur les victimes et le sexe des auteurs de violences.

Cette conférence est une présentation de Tania Lejbowicz, doctorante en socio-démographie à l’Institut national d’études démographiques (Ined) et à l’Université Paris Nanterre.

Actions et interactions situées en soutien communautaire : les enjeux d’une approche axée sur le rétablissement dans l’accompagnement en Suivi intensif dans le milieu

Entrée libre

Bien que les politiques en santé mentale fassent la promotion du rétablissement, de la citoyenneté et de la primauté de la personne, comment ces concepts sont-ils opérationnalisés par les divers acteurs de l’équipe de Suivi intensif dans le milieu?

Basée sur une recherche doctorale sur les interactions, les actions et les interventions au sein d’une équipe de Suivi intensif dans le milieu, cette présentation discutera des approches axées sur le rétablissement en santé mentale et des manières dont elles se déploient dans le cadre d’un programme de soutien communautaire.

Cette recherche met à contribution les regards et savoirs croisés des intervenants, psychiatres et personnes utilisatrices dans la construction des interactions et actions situées qui conduisent au développement des espaces pour pratiquer de manière novatrice. Elle illustre en quoi, dans certains cas, ces espaces sont restreints par une conception de la personne utilisatrice réduite à ses symptômes ainsi que par une organisation des services qui offre peu de recours communautaires.  Des tensions importantes seront discutées : le désir des intervenants d’agir ‘autrement’ dans un cadre institutionnel; la reconnaissance des forces des personnes utilisatrices qui est amoindrie par un accent mis sur la gestion des risques; l’importance d’un réseau social pour les personnes utilisatrices qui ont souvent un seul contact social dans la journée – leur intervenant.

Cette présentation vise à mettre en discussion des enjeux autour des politiques en santé mentale, l’organisation des services qui en découle et les expériences professionnelles et expérientielles actuelles sur le terrain.

Une présentation de: 

Emmanuelle Khoury, Travailleuse sociale, PhD, Professeure adjointe, École de travail social, Université de Sherbrooke

Liberté décisionnelle et risque : enjeux de consentement dans l’accompagnement psychosocial en déficience intellectuelle et en itinérance (2e présentation)

Se tiendra à l’organisme Famijeunes, St-Henri

L’accompagnement psychosocial en itinérance auprès de personnes catégorisées comme ayant une déficience intellectuelle pose des dilemmes quotidiens. Parmi ceux-ci, plusieurs émergent d’une tension entre, d’un côté, la reconnaissance du droit et de la capacité de chaque personne à prendre des décisions par et pour elle-même et, de l’autre, les difficultés particulières des personnes accompagnées à prendre des décisions libres et éclairées favorisant leur propre bien-être.

Une recherche ethnographique ayant étudié la pratique d’un psychoéducateur spécialisé en déficience intellectuelle et en itinérance a permis d’identifier diverses stratégies employées par l’intervenant pour résoudre ces dilemmes en encadrant la personne accompagnée dans l’exercice de sa liberté décisionnelle. Ces stratégies  visent à éviter qu’elle ne s’expose à des risques considérés trop importants et à favoriser son investissement dans des démarches jugées bénéfiques pour elle.

Si cette posture permet concrètement d’améliorer la qualité de vie des personnes accompagnées,  elle nous fait nécessairement entrer dans les zones grises du consentement aux services et du respect de l’aptitude décisionnelle des personnes accompagnées.

Cette présentation vise à mettre en discussion des enjeux autour du consentement aux services et aux soins, particulièrement dans les services prodigués à des personnes ayant une capacité limitée à consentir aux services ou à prendre des décisions de manière libre et éclairée.

Une conférence de Stéphane Handfield, maîtrise en sociologie, Université de Montréal.

Entrée libre, apportez votre lunch.

La contrainte sévère à l’emploi : trajectoires d’usagers et questionnements professionnels. Résultats d’une recherche exploratoire menée au CRAN

Cette conférence s’inscrit dans le champ thématique Inégalités sociales et santé du CREMIS

Au Québec, un diagnostic médical est nécessaire pour qu’un bénéficiaire de l’aide de dernier recours puisse obtenir une contrainte sévère à l’emploi. Cette contrainte sévère, si elle est validée par le Comité d’évaluation médicale et socioprofessionnelle du Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale,  permet de faire passer le revenu mensuel pour une personne seule de 648$ à 1035$ mensuellement, soit un supplément pouvant totaliser 50% du revenu de base sur l’aide sociale. Dans ce contexte, la signature d’un formulaire diagnostic pour contrainte sévère à l’emploi peut être génératrice de plusieurs questionnements chez les professionnels de la santé, qui s’interrogent sur les impacts de leur décision. Un projet exploratoire a été mené au Centre de recherche et d’aide pour narcomanes (CRAN) pour explorer ces questionnements professionnels et documenter les conditions de vie d’usagers du CRAN ayant abordé la question de la contrainte sévère à l’emploi avec un ou des membres de l’équipe de suivi. Les résultats de la recherche exploratoire montrent que si l’impact positif sur la santé d’un revenu supplémentaire n’est plus à démontrer, plusieurs enjeux émergent, notamment en ce qui a trait au poids de l’étiquette diagnostique et au risque de chronicisation de l’inemployabilité. Des réflexions s’imposent aussi sur les façons dont les professionnels de la santé appréhendent les requêtes des patients en lien avec l’aide sociale, sur les moyens de faire émerger une position commune au sein des équipes cliniques, et sur les enjeux moraux et structurels qui agissent comme facteurs externes aux décisions cliniques.

Une présentation de :

  • Nadia Giguère, Chercheure universitaire en établissement au CREMIS
  • Stéphane Handfield, Professionnel de recherche au CREMIS

Cette conférence s’inscrit dans le champ thématique Inégalités sociales et santé du CREMIS, porté par Estelle Carde (professeur agrégée au département de sociologie de l’UdeM) et Nadia Giguère.

Arts et philosophie dans la rue : réflexion sur une approche d’intervention transformatrice et émancipatrice

Cette conférence s’inscrit dans le champ thématique Itinérance du CREMIS

Est-ce que les arts et la philosophie sont des stratégies pertinentes pour intervenir auprès des populations en situation de vulnérabilité? Comment penser l’arrimage entre les services d’intervention des organismes (ex. : logement, hébergement) et l’animation artistique et le dialogue philosophique? Ces questions seront abordées à partir d’exemples de projets terrains  (une caravane philosophique dans les rues de Montréal; des ateliers d’autodéfense intellectuelle et de réflexion socio-politique) et de projets de recherche action (Laboratoires d’innovation sociale) menés par l’organisme Exeko.  Ce midi-conférence sera l’occasion de réfléchir aux potentialités transformatrices et émancipatrices de pratiques d’intervention alternatives (arts et philosophie) qui sont souvent étiquetées comme non essentielles.

Une présentation de Nadia Duguay (co-fondatrice et co-directrice d’Exeko) et Maxime G. Langlois (chargé en recherche et transfert, Exeko).

Cette conférence s’inscrit dans les activités du champ de recherche thématique « Itinérance » du CREMIS. Les échanges seront animés par Philippe-Benoit Côté (Département de sexologie de l’UQAM) et Sue-Anne MacDonald (École de travail social de l’Université de Montréal), membres du CREMIS.

Entrée libre, apportez votre lunch.

Insalubrité et inégalités sociales dans l’expérience des locataires : vécu, exclusion et politiques

Ce séminaire s’inscrit dans le champ thématique État social du CREMIS

Basée sur une recherche doctorale sur les rapports sociaux inégalitaires dans l’expérience des locataires, cette présentation discutera de la question de salubrité dans la construction de l’expérience des locataires et en quoi, dans certains cas, celle-ci empêche les locataires de contrôler leur espace intime et de s’inscrire plus largement dans l’espace social. Du même coup, le rôle des acteurs collectifs ainsi que des politiques sanitaires et sociales sera discuté.

Une présentation de Renaud Goyer, sociologue, Université de Montréal, Interactions/ARIMA, CIUSSS Nord-de-l’île

Cette conférence s’inscrit dans le champ thématique État social du CREMIS, porté par Jean-Baptiste Leclercq (sociologue, chercheur universitaire en établissement au CREMIS) et Catherine Charron (postdoctorante au CREMIS).

Entrée libre, apportez votre lunch.

Liberté décisionnelle et risque : enjeux de consentement dans l’accompagnement psychosocial en déficience intellectuelle et en itinérance

Bienvenue à toutes et tous

L’accompagnement psychosocial en itinérance auprès de personnes catégorisées comme ayant une déficience intellectuelle pose des dilemmes quotidiens. Parmi ceux-ci, plusieurs émergent d’une tension entre, d’un côté, la reconnaissance du droit et de la capacité de chaque personne à prendre des décisions par et pour elle-même et, de l’autre, les difficultés particulières des personnes accompagnées à prendre des décisions libres et éclairées favorisant leur propre bien-être. 

Une recherche ethnographique ayant étudié la pratique d’un psychoéducateur spécialisé en déficience intellectuelle et en itinérance a permis d’identifier diverses stratégies employées par l’intervenant pour résoudre ces dilemmes en encadrant la personne accompagnée dans l’exercice de sa liberté décisionnelle. Ces stratégies visent à éviter qu’elle ne s’expose à des risques considérés trop importants et à favoriser son investissement dans des démarches jugées bénéfiques pour elle. 

Si cette posture permet concrètement d’améliorer la qualité de vie des personnes accompagnées, elle nous fait nécessairement entrer dans les zones grises du consentement aux services et du respect de l’aptitude décisionnelle des personnes accompagnées. 

Cette présentation vise à mettre en discussion des enjeux autour du consentement aux services et aux soins, particulièrement dans les services prodigués à des personnes ayant une capacité limitée à consentir aux services ou à prendre des décisions de manière libre et éclairée. 

Une conférence de Stéphane Handfield, maîtrise en sociologie, Université de Montréal. 

Entrée libre, apportez votre lunch.

C’est tombé dans l’oreille d’une Sourde : une BD où des personnes sourdes nous font signe de les écouter

C’est tombé dans l’oreille d’une Sourde est une bande dessinée numérique bilingue en LSQ et en français (une bande dessignée), composée à partir d’extraits de rencontres avec des Sourd-es et des entendant-es. À partir des réflexions proposées dans un extrait de la BD qui sera projeté, Véro Leduc animera une discussion sur la déconstruction du phonocentrisme dans le langage de la reconnaissance sociale et de la prise de parole, tout en présentant les technologies médiatiques comme sites de reprise de pouvoir.

Par Véro Leduc, artiste et chercheure engagée, professeure au département de communication sociale et publique et au programme d’action culturelle à l’UQÀM. Ses projets et ses pratiques s’articulent à travers des démarches de recherche-création et des perspectives critiques, féministes, queer, intersectionnelles, crip (handicapées) et sourdes.

Entrée libre, apportez votre lunch.

Quelle est l’utilisation que les jeunes en situation de rue font des services en matière de sexualité?

Malgré la disponibilité des services en matière de sexualité, les jeunes en situation de rue continuent de présenter différents problèmes de santé sexuelle (ITSS, VIH/sida, violences sexuelles). Ces problèmes de santé sexuelle soulèvent un questionnement sur l’adéquation entre les services en matière de sexualité et les besoins des jeunes en situation de rue. Or, peu d’études tentent de comprendre, à partir de leur point de vue, les motifs d’utilisation ou non des services en matière de sexualité chez ces jeunes. À partir d’une analyse qualitative des témoignages de trente-trois jeunes en situation de rue (18 à 25 ans), cette présentation vise à tracer un portrait des motifs, des obstacles et des facilitateurs de l’utilisation qu’ils font ou non des services en matière de sexualité. Des pistes seront discutées pour repenser et publiciser davantage l’offre de services en matière de sexualité pour les jeunes en situation de rue.

Une présentation de Philippe-Benoit Côté, professeur et chercheur au Département de sexologie de l’UQAM, membre du CREMIS.

Mercredi 31 mai, de 12h à 13h30. Entrée libre, apportez votre lunch.