Les voies alternatives du CREMIS : une socio-histoire de la recherche sociale en milieu de pratique

Dans les années 1990, le Québec a créé des centres de recherche intégrés à des établissements de services sociaux (Sallée, 2022 ; Godrie, 2023), en s’inspirant d’un modèle historiquement associé au champ biomédical à travers les hôpitaux universitaires (Eldeman et al., 2018). Ce modèle part du principe que la collaboration et le partenariat entre une université et un hôpital facilitent l’intégration des connaissances scientifiques aux pratiques et améliorent les services rendus. Les hôpitaux universitaires sont présents dans différents pays, notamment en Angleterre (French, Ferlie et Fulop, 2014) et en Australie (Eldeman et al., 2019 ; Eldeman et al, 2022a ; Eldeman et al, 2022b), ainsi que dans d’autres provinces canadiennes comme en Ontario (King et al., 2016).

L’originalité du Québec est d’avoir étendu ce modèle au domaine social, une situation qui n’a pas d’équivalent ailleurs. En octroyant la désignation de centre affilié universitaire (CAU) à des CLSC et celle d’institut universitaire (IU) à des centres de services sociaux plus spécialisés (ex. centres jeunesse), le gouvernement québécois a permis à certains établissements de déployer une mission spécifique en lien avec la recherche, le développement des pratiques d’intervention et la formation des professionnels-les (MSSS, 2005). Ce contexte institutionnel a donné naissance à la recherche sociale en milieu de pratique qui se distingue, notamment, par une plus grande proximité entre acteurs (chercheurs-euses, praticiens-nes, gestionnaires et personnes concernées par la recherche) et la reconnaissance des différents types de savoirs (scientifiques, pratiques et expérientiels) (Rhéaume, 2009 ; Suárez-Herrera, White et Battaglini, 2013 ; McAll, 2017).

Cette enquête explore les particularités de cette forme de recherche à travers le cas du Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternatives de citoyenneté (CREMIS), fondé en 2004 au CLSC des Faubourgs au centre-ville de Montréal. Elle interroge de manière centrale les effets qu’ont exercé les politiques publiques sur la recherche sociale dans ce contexte singulier. Elle poursuit plus spécifiquement trois objectifs : 1) faire la genèse des désignations universitaires du domaine social en prêtant une attention particulière à celle de CAU ; 2) reconstruire et analyser la trajectoire d’un centre de recherche rattaché à un CAU en utilisant le CREMIS comme étude de cas ; et 3) expliciter les pratiques de recherche et les retombées associées à cette désignation à partir de cet exemple.

Pour répondre à ces objectifs, la démarche menée utilise l’approche théorique de la socio-histoire de l’action publique (Payre et Pollet, 2013). À la fois compréhensive, inductive et empirique, cette approche invite à saisir les politiques publiques par les acteurs qui les font exister et insiste sur l’importance d’historiciser les interventions par l’État pour en montrer les aspects contextuels et construits. Cette approche s’intéresse, entre autres, aux processus de mise en administration et d’institutionnalisation et à la construction des catégories de l’action publique (Dubois, 2003 ; Zimmermann, 2003).

Sur le plan méthodologique, l’enquête suit la stratégie qualitative de l’étude de cas (Yin, 2018) et s’appuie principalement sur deux corpus de données : 57 documents administratifs tirés des archives du CREMIS et 21 entretiens individuels semi-dirigés menés avec des personnes ayant occupé ou occupant encore une fonction au centre. Pour étoffer la mise en contexte, 5 entretiens supplémentaires ont été réalisés avec des informateurs-rices possédant une connaissance approfondie du milieu des CAU (n = 26 au total). Les entretiens ont tous fait l’objet d’une analyse thématique à l’aide du logiciel NVivo.

Les résultats permettent de retracer finement le parcours du CREMIS et les multiples transformations survenues dans son environnement au fil du temps. Deux processus, simultanés et convergents, ressortent plus particulièrement de l’analyse : d’une part, la centralisation progressive du système de santé et de services sociaux ayant modifié à maintes reprises l’affiliation organisationnelle du centre et, d’autre part, la sanitarisation de la recherche sociale via laquelle les catégories usuelles de la recherche en santé (populations cibles, données probantes, pratiques de pointe, etc.) ont été appliquées aux désignations universitaires du domaine social.

Ayant vu le jour en 2001, le CLSC des Faubourgs est l’un des six centres affiliés universitaires originaux. À l’époque, ce CLSC s’est appuyé en grande partie sur sa collaboration avec une équipe partenariale de recherche, le Collectif de recherche en itinérance (CRI), pour obtenir sa désignation universitaire. Le CREMIS a été mis sur pied en 2004 au sein de cet établissement pour assurer la mise en œuvre scientifique de sa désignation de CAU. Le centre a adopté sa thématique de recherche axée sur les inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternatives de citoyenneté lors de sa création. Dans le contexte de la réforme Couillard en 2004, le CREMIS a été rapidement intégré au CSSS Jeanne-Mance, issu du regroupement de plusieurs CLSC et CHSLD. En 2015, dans le contexte de la réforme Barrette, le centre a changé à nouveau de cadre organisationnel et rejoint le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, lui aussi issu de la fusion de plusieurs établissements (CSSS, centre jeunesse, centres de réadaptation, etc.). La réforme Dubé et la création de Santé Québec en 2024 ont marqué le parachèvement de cette centralisation (Plourde et Moore, 2023).

Ce premier processus a entraîné le déclin des CLSC et du mode d’organisation des services (ancrage territorial, approche communautaire, etc.) à l’intérieur duquel les CAU avaient été formés initialement. D’un établissement local de quelques centaines d’employés-es, le CREMIS est passé à un établissement d’un peu plus d’un millier d’employés-es, puis à un établissement de plusieurs milliers d’employés-es. À chaque réforme, le centre a dû revoir ses repères organisationnels et établir de nouvelles relations avec les gestionnaires et les équipes de professionnels-les en place. La centralisation a aussi eu un effet uniformisant sur les désignations universitaires elles-mêmes, la plus récente loi sur la gouvernance du système de santé et de services sociaux ne retenant qu’une seule désignation dans le domaine social, celle d’institut universitaire, et faisant ainsi disparaître le statut de CAU.

Le parcours du CREMIS met en évidence que ce resserrement des désignations universitaires s’inscrit sur un temps long. Le statut de CAU, non pas considéré comme un modèle de recherche différent et légitime, a plutôt eu tendance à être traité comme une phase préparatoire en vue de devenir un institut. Cette autre désignation vient cependant avec des exigences additionnelles, davantage calquées sur la recherche en santé, notamment le fait d’évaluer des technologies et des modes d’intervention à partir de données probantes et de contribuer au développement de pratiques de pointe dans un secteur en particulier. L’extension de ces normes et concepts au domaine de la recherche sociale renvoie à un processus de sanitarisation (Fassin, 2000 ; Pelchat, Gagnon et Thomassin, 2006 ; Delage et Roca i Escoda, 2018) où les politiques publiques, par mimétisme, ont reproduit les paramètres dominants de la recherche en santé.

Ce second processus a engendré une série de tensions entre différentes conceptions de la recherche en milieu de pratique : entre une recherche descendante et ascendante, entre une approche ciblée et globale, entre un savoir expert et des savoirs situés, entre les « meilleures pratiques » et des pratiques réflexives, etc. Comme l’illustre cette enquête, la sanitarisation a forcé les acteurs de la recherche sociale à manœuvrer à l’intérieur de ces tensions et à adopter des stratégies pour faire leur place dans un univers historiquement dominé par la recherche médicale.

Le CREMIS a emprunté des voies alternatives qui l’ont amené à développer un modèle de recherche distinct. En privilégiant une approche transversale des inégalités sociales, ce centre a voulu éviter de se limiter à un programme ou à une population cible. À contre-courant du paradigme des données probantes, il a toujours défendu l’utilité de la recherche critique pour stimuler la réflexivité des professionnels-les et faire progresser les pratiques d’intervention. Il a également été un pionnier en matière de co-construction, la reconnaissance et le croisement des différents types de savoirs (scientifiques, pratiques et expérientiels) étant au fondement de sa démarche épistémologique depuis ses débuts.

Ce modèle de recherche lui a permis de poursuivre des visées précises en lien avec la réduction des inégalités sociales. Au regard des pratiques d’intervention, le CREMIS a documenté et mis en valeur des

approches alternatives, méconnues ou ignorées, ayant le potentiel de diminuer les inégalités en contexte d’intervention. Il a également contribué à améliorer des pratiques davantage établies, en les rendant plus sensibles aux rapports sociaux inégalitaires, et il a participé au transfert de pratiques novatrices, en insistant sur la réflexivité et la capacité des professionnels-les à adapter leurs interventions aux situations et aux besoins des personnes concernées. Le centre a aussi créé de nombreux espaces d’échanges et initié des relations entre des acteurs de différents milieux (réseau public, milieu communautaire, etc.) qui, sans la recherche, n’auraient pas nécessairement entretenu de liens entre eux. Enfin, en cohérence avec sa posture engagée tournée vers l’action, il a développé un discours critique sur les inégalités sociales pouvant servir à alimenter le débat public et la réflexion collective sur ces enjeux.

En somme, cette enquête montre que la désignation de centre affilié universitaire a laissé au CREMIS les marges de manœuvre suffisantes pour lui permettre de construire son propre modèle de production des connaissances. Les contours plus malléables de cette désignation et les exigences différentes à son endroit, comparativement au statut d’institut, ont favorisé une réappropriation inventive de cette catégorie de l’action publique par les acteurs. Cette institutionnalisation plus flexible a soutenu la floraison d’une diversité de pratiques et de conceptions de la recherche, incluant la recherche critique à l’intérieur des institutions. Dans le contexte de l’implantation de la nouvelle loi sur la gouvernance du système de santé et de services sociaux et de la disparation de la désignation de CAU, il apparaît essentiel de préserver cette diversité pour profiter pleinement des potentialités de la recherche sociale en milieu de pratique.

Rapport de recherche | L’inclusion de la diversité sexuelle et la pluralité des genres dans les soins et les services : mieux comprendre les barrières et les stratégies utilisées par le personnel

Il existe une littérature foisonnante sur les barrières et les facilitants à l’accès aux soins et services pour les personnes 2SLGBTQIA+. En revanche, le point de vue des personnes travaillant dans les soins et les services sociaux reste peu documenté. Le présent projet de recherche, mené par Lisandre Labrecque-Lebeau en collaboration avec Matthieu Carignan-Allard, Philippe-Benoit CôtéKévin Lavoie, Alain Arsenault et Rachel Benoitcherche à dégager une vue transversale des barrières et stratégies entourant l’inclusion des personnes de la diversité sexuelle et pluralité des genres (DSPG) en documentant le point de vue du personnel de l’organisation (CIUSSS Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal) sur la réalité de leur travail.

Consultez le rapport

Pour le personnel du CCSMTL

Résumé du rapport

La pluralité des trajectoires de vie chez les hommes en situation d’itinérance : mieux comprendre pour mieux arrimer les activités de prévention et d’intervention à leurs besoins

Ce rapport de recherche vise à saisir la pluralité des parcours de vie des hommes en situation d’itinérance en tenant compte des rapports de genre et de leurs expériences avec les services.

Entre novembre 2020 et octobre 2022, des groupes de discussion ont été réalisés auprès de 59 intervenant.es et des entretiens individuels semi-dirigés ont été menés auprès de 44 hommes ayant connu l’itinérance ou une période d’instabilité domiciliaire.

Les résultats ont permis d’identifier cinq expériences-typiques du passage à l’itinérance chez les hommes basées sur des pertes d’emploi, des deuils, de l’exclusion familiale, de sorties d’institutions et des violences identitaires. Ces expériences-typiques montrent que le passage à l’itinérance chez les hommes est complexe. Il explique par un enchevêtrement de facteurs de fragilisation qui ne se limitent pas aux enjeux individuels, tels que la consommation de substances ou les problèmes de santé mentale.

Malgré cette diversité d’expériences, les constats montrent que les services tendent néanmoins à se concentrer sur un profil unique et homogène d’hommes en situation d’itinérance, soit les hommes adultes, blancs, francophones, cisgenres et hétérosexuels, en négligeant la diversité des autres réalités. Ce rapport montre également de l’importance de tenir compte des enjeux liés à la masculinité hégémonique dans le passage à l’itinérance chez les hommes, notamment à travers la notion de perte de dignité liée à la précarité d’emploi, mais aussi dans le non-recours aux services qui se caractérise par une volonté de préserver une image empreinte d’autonomie et de débrouillardise. Enfin, les résultats révèlent la nécessité de mettre en place des interventions humaines et sensibles qui respectent le rythme des hommes afin de les accompagner dans leurs démarches.

Vous voulez en savoir plus? Visionnez en différé le diner d’apprentissage qui a eu lieu avec l’équipe de recherche!

Activité de liaison auprès des personnes en situation d’itinérance : Portrait du service de toxicomanie et médecine urbaine (STMU) de l’Hôpital Notre-Dame

Ce rapport de recherche vise à dresser un portrait du fonctionnement, des obstacles et des éléments qui facilitent les activités de liaison déployées par les clinicien-nes du Service de toxicomanie et de médecine urbaine (STMU) de l’Hôpital Notre-Dame (HND). Ce portrait s’est réalisé à partir d’une étude de cas qualitative menée de février à juin 2019 auprès de l’équipe de professionnel-les du STMU. Trois stratégies de collecte de données ont été déployées, soit des entretiens individuels avec cinq professionnel-les (médecins, travailleuses sociales, infirmières), des périodes d’observation lors d’interventions réalisées par des professionnel-les du STMU et une période d’observation lors d’une rencontre d’équipe du STMU. L’analyse des résultats a révélé que les activités de liaison sont conçues à partir d’une approche globale afin d’assurer une fluidité de soins. La description des caractéristiques et des défis de ces activités illustre l’importance du dialogue avec les partenaires à l’externe, les partenaires à l’interne et les usagers-ères afin, ultimement, d’améliorer la trajectoire de soins et la situation domiciliaire des personnes. Enfin, les professionnel-les recommandent de consolider le processus dialogique afin d’assurer une compréhension commune de l’organisation des services, ainsi que d’assurer une meilleure conscientisation de l’itinérance afin de collectiviser la responsabilité de l’intervention sur ce phénomène à tous les membres de l’hôpital.

Identité de genre, sexualité, normativité et autisme: recension des écrits et enjeux pour l’intervention

Cette recension des écrits se penche sur la relation étroite entre l’autisme et la question du genre au sens large (masculin, féminin, mais aussi pluralité des genres). Le diagnostic d’autisme est porté plus souvent chez les garçons et les hommes, ce qui tend toutefois à changer avec la montée de l’idée d’un profil « féminin » distinct. Par ailleurs, la notion de genre aurait moins de sens subjectif pour les personnes autistes, qui s’identifieraient davantage à une pluralité de genres que les personnes non-autistes. Ce rapport se propose d’exposer quelques hypothèses entourant la relation entre l’autisme et le genre, les besoins en présence ainsi que les enjeux d’intervention qui entourent les pratiques à favoriser avec les personnes autistes de la diversité sexuelle et pluralité des genres ainsi que les recommandations autour des enjeux d’éducation sexuelle et relationnelle et de judiciarisation.

Démarche qualitative du Deuxième portrait de l’itinérance au Québec : Regards croisés et approfondissement des connaissances (2020)

La présente recherche s’inscrit dans la démarche du deuxième portrait de l’itinérance au Québec réalisée par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. Plus spécifiquement, l’étude répond au volet de l’approfondissement des connaissances à l’égard des personnes en situation d’itinérance au Québec.
Cette recherche qualitative comprend deux objectifs :
1) documenter la diversité des réalités et des perceptions de l’itinérance dans toutes les régions du Québec, en portant une attention particulière à l’itinérance cachée;
2) documenter les points tournants dans les trajectoires d’itinérance des personnes, en portant une attention aux points de bascule reliés aux sorties d’institutions et aux processus de perte de logement.
Pour ce faire, 31 groupes de discussion auprès d’intervenant.e.s dans le domaine de l’itinérance (n=245) et 44 entretiens semi-dirigés auprès de personnes en situation d’itinérance ont été réalisés. Une analyse thématique et un croisement des narratifs de l’ensemble des témoignages recueillis ont permis de dresser un portrait de la conception de l’itinérance, des différents points tournants et de bascule de même que des pistes d’actions émergentes.

Ce rapport de recherche s’inscrit dans le champ thématique ☛ Itinérance, porté par Philippe-Benoit Côté, Sue-Ann MacDonald, Laurence Roy et Carolyne Grimard (CREMIS).

L’utilisation des salles de consommation à moindre risque par les femmes : recension des écrits (2020)

Survol de la littérature pour y voir un peu plus clair : un travail issu d’un exercice d’arrimage entre les besoins d’un milieu de pratique et la recherche

À qui s’adresse ce rapport?

-À toute personne œuvrant dans le domaine de la prévention et du traitement des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS)

-Aux intervenants, gestionnaires, stagiaires ou toute personne ayant un intérêt pour l’approche de réduction des méfaits

Pourquoi ce rapport?

Il s’agit d’une recension des écrits scientifiques permettant d’apporter des éléments de réponse aux  questions suivantes :

  1. Pourquoi observe-t-on une sous-utilisation des salles de consommation supervisée (SCS) par les femmes ou les personnes s’identifiant comme telle?
  2. Dans quelle mesure faut-il adapter les SCS pour les rendre plus accessibles aux femmes, et, si oui, de quelle manière?
  3. Comment répondre aux besoins et préoccupations des personnes – professionnelles et bénévoles – qui œuvrent dans ces services, notamment dans l’optique de favoriser un environnement de travail où l’on se sente bien et où l’on souhaite rester?

La recension des écrits concernant la faible fréquentation par les femmes permet de formuler les pistes explicatives suivantes :

  1. Des craintes de représailles si on les identifiait ou les signalait;
  2. Des craintes d’être victimes d’intimidation ou d’agression par d’autres personnes utilisant les services;
  3. En raison des pressions exercées par un conjoint, un partenaire ou un proxénète afin que celle-ci ne fréquente pas les services.

Plusieurs pistes de solutions visant à favoriser à fréquentation des femmes sont proposées dans les écrits recensés, soit

  1. La création ou la mise à disposition d’espaces de consommation exclusivement réservées aux femmes,
  2. L’embauche de paires-aidantes
  3. La présence de politiques strictes de prévention de la violence et du harcèlement
  4. Une amélioration de l’accessibilité en cohérence avec les besoins des utilisatrices (ex : horaire de nuit et de matin pour les travailleuses du sexe)
  5. Une offre des services globale et cohérente avec les besoins des femmes (ex. injections assistées, service de soutien à la parentalité, prévention de la violence faite aux femmes).

Finalement, la mise en place de mesures de soutien psychologique, ainsi qu’une offre de perfectionnement permettant de mieux gérer les situations à défis pourraient constituer des stratégies susceptibles de répondre aux besoins du personnel des SCS.

Implantation de l’unité d’isolement COVID-19 du Royal Victoria pour les personnes en situation d’itinérance à Montréal

Le 11 mars 2020, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) déclare l’état de pandémie mondiale en raison de la propagation d’un nouveau coronavirus, le SRAS-CoV-2. Deux jours plus tard, le gouvernement du Québec déclare l’état d’urgence sanitaire (Gouvernement du Québec, 2020) et un ensemble de mesures visant à limiter la propagation de la maladie causée par ce coronavirus, à savoir la COVID-19.

À l’échelle internationale, différents modèles d’organisation de services destinés à répondre aux besoins des personnes en situation d’itinérance (PESI) et aux enjeux de santé publique durant la première vague de COVID-19 ont été mis sur pied. Ainsi, des centres de santé, des refuges et des hôtels ont notamment été réaménagés afin de devenir des milieux sécuritaires d’isolement où des soins et des services ont pu être fournis aux PESI atteintes de la COVID-19 ou en attente d’un résultat de test de dépistage.

À Montréal, une unité d’isolement destinée aux PESI potentiellement atteintes de la COVID-19 a été implantée dans l’ancien hôpital Royal Victoria du 31 mars au 12 juin 2020. Le milieu de vie temporaire a été soutenu et encadré par des professionnels médicaux et psychosociaux possédant, pour la plupart, une expertise auprès des PESI et des personnes ayant un trouble lié à l’utilisation de substances (TUS).

L’étude sur l’implantation de l’unité d’isolement COVID-19 de l’ancien hôpital Royal Victoria pour les personnes en situation d’itinérance (PESI) de Montréal vise à documenter les composantes de cette unité destinée aux PESI atteintes de la COVID-19 ou en attente d’un résultat de dépistage, et à déterminer les forces, les obstacles ainsi que les enjeux d’implantation qui ont caractérisé cette initiative, selon la perspective de gestionnaires et de cliniciens qui y ont pris part.

Le Rapport de l’étude sur l’implantation de l’unité d’isolement COVID-19 du Royal Victoria pour les personnes en situation d’itinérance (PESI) de Montréal est le fruit d’une collaboration entre le Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternatives de citoyenneté (CREMIS) et l’Institut universitaire sur les dépendances (IUD).

Pour en savoir plus

Écouter ces épisodes du balado Sur le vif:

  • Confinement et itinérance : nouvelle unité de soins avec Marie-Ève Goyer Découvrir
  • D’une vague à l’autre, l’itinérance sous la loupe avec Marie-Ève Goyer et Élaine Polflit Découvrir

Consulter le site de l’Équipe de soutien clinique et organisationnel en dépendance et itinérance. Cette équipe offre un soutien au niveau des enjeux cliniques et d’organisation des services pour l’ensemble des équipes du réseau de la santé et des services sociaux du Québec Découvrir

Rapport final: L’approche globale en accompagnement résidentiel

L’approche globale en accompagnement résidentiel – Un projet portant sur les différentes pratiques en accompagnement résidentiel des populations en situation d’itinérance ou à risque au Québec


Dans le cadre de la mission du Centre affilié universitaire (CAU) du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, le CREMIS s’est vu confier le mandat par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS), financé par Emploi et Développement social Canada (EDSC), de développer une approche de stabilisation résidentielle avec accompagnement (SRA) adaptée au contexte québécois et de soutenir le développement des connaissances des prestataires de services d’accompagnement résidentiel au Québec.

Dans le présent rapport, nous présenterons d’abord une mise en contexte des approches en accompagnement résidentiel, suivie du cadre théorique et de la démarche méthodologique et de développement des connaissances retenus pour le projet. La présentation des résultats se découpe en cinq thèmes transversaux : (1) Le sens de l’habiter et le rapport au logement, (2) Les traumas et l’adversité dans les parcours de vie, (3) Entre solitude et socialisation : les relations sociales, (4) L’autonomie et la prise de décision et (5) Un autre rapport au temps. Pour chacun de ces thèmes, nous faisons ressortir la diversité des témoignages concernant différents types d’expériences résidentielles et d’accompagnement du point de vue, d’abord, des personnes accompagnées et, ensuite, des personnes qui accompagnent. En conclusion, nous dégagerons des pistes prioritaires pour la stabilisation résidentielle avec accompagnement.

Le PROGRAMME DEM : une étude d’implantation (2019)

Un programme spécialisé d’intégration communautaire s’adressant à des personnes vivant avec une déficience intellectuelle et des troubles graves du comportement liés à des dysfonctions exécutives majeures

En 2015 émerge une collaboration Recherche-Pratique autour du Programme DEM, un programme spécialisé d’intégration communautaire positive et durable. Cette collaboration, portée par la direction clinique du programme déficiences (DI-TSA et DP) du CCSMTL, a réuni cliniciens et gestionnaires de trois CIUSSS (CEMTL, CMCQ, CCSMTL) dans le cadre d’une recherche évaluative menée par une équipe de chercheures du CREMIS.

La réalisation du programme DEM fait appel à un complexe travail de coordination autour de deux moments clés – la sortie de l’institution psychiatrique et l’entrée dans une ressource d’hébergement. Ce travail est porté par la figure du compagnon, ici une psychoéducatrice, qui constitue la réelle innovation du Programme DEM. En effet, la pratique de compagnonnage permet, en premier chef, d’accompagner le participant tout au long de ces processus de transition. Mais plus encore, elle agit comme liant nécessaire entre les différentes parties prenantes (ex. institution psychiatrique, ressource d’hébergement, gestionnaires et professionnels des milieux de soins concernés en DITSA, voisinage, petits commerces, police, etc.), en facilitant le travail intersectoriel afin d’assurer une réelle continuité des soins et services à ces personnes qui, tout au long de leur vie, en auront nécessairement besoin.

Cette étude évaluative, qui s’est déroulée de septembre 2015 à juillet 2018, s’est appuyée sur une démarche originale d’accompagnement qui a permis de modéliser le programme DEM et d’y apporter les ajustements nécessaires au fur et à mesure de son implantation. Elle a aussi produit une série de recommandations destinées aux équipes porteuses des programmes déficiences (DI-TSA et DP) des CI(U)SSS au Québec. Ainsi, six conditions sont essentielles au déploiement du programme à grande échelle : un leadership assumé par les porteurs de projet; une vision partagée entre les parties prenantes; leur mobilisation, leur collaboration et leur disponibilité dans le projet, et enfin, une forte capacité d’innovation.