Vers des modèles d’intervention en DITED-Justice: une mise en réseau des expertises – Rapport final des ateliers intersectoriels (2014)

Introduction et problématique

La participation sociale des personnes ayant une déficience intellectuelle (DI) ou un trouble envahissant du développement (TED), peut mener, dans certaines circonstances, à des contacts avec la justice pénale. Ces situations donnent lieu à des interventions à la croisée de divers champs d’action qui font appel à un grand nombre d’acteurs, liés à des missions d’organisations différentes (police, CRDITED, services correctionnels, psychiatrie, etc.) et qui ont recours à des moyens et à des pratiques parfois difficilement conciliables. Comment, dans ces situations, assurer le respect des droits de la personne ayant une DI ou un TED? Comment favoriser sa participation sociale, sa réinsertion sociale et comment arrimer les actions des réseaux impliqués (santé, justice, communautaire)?


Objectif et méthode

Le présent projet vise à développer une compréhension partagée des « situations-problèmes » qui surviennent à l’interface des champs d’action psychosociale et de la justice pénale. La démarche de recherche est basée sur la méthode d’analyse en groupe (Campenhoudt, Chaumont, Franssen, 2005), structurée autour d’échanges entre groupes d’acteurs. Dans le cadre du projet réalisé à Montréal, cinq ateliers intersectoriels ont été menés auxquels 43 représentants de 18 organismes et de quatre réseaux ont participé.


Résultats

Un constat majeur se dégage des analyses des ateliers : il y a une forme d’arbitraire dans la gestion des « situations-problèmes » impliquant les personnes ayant une DI ou un TED en contact avec la justice pénale. Tantôt on optera pour l’application formelle des règles, tantôt on estimera que la situation ne devrait pas être judiciarisée et ne mérite pas de sanction pénale. Par contre, un consensus apparaît autour du statut de vulnérabilité des personnes ayant une DI ou un TED lorsqu’elles entrent en contact avec la justice pénale, constat d’autant plus dérangeant qu’on estime que la judiciarisation pallie parfois aux manques ou insuffisances du réseau de la santé et des services sociaux. Afin d’éviter le piège de l’institutionnalisation (pénale ou psychiatrique) et de dépasser l’arbitraire dans l’orientation de l’action, les intervenants et les organisations tentent parfois de prendre en charge l’orientation du dossier en assurant un leadership. Confrontés à l’absence de ressources ou de programmes adaptés, à la difficile conciliation des mandats entre les réseaux et à l’absence d’orientations politiques claires, les professionnels vont continuer d’agir, de prendre des décisions, d’exercer leur jugement clinique et leur pouvoir discrétionnaire. Cependant, ils contribuent à reproduire un traitement arbitraire et coûteux non seulement pour les personnes ayant une DI ou un TED impliquées dans ces situations, mais aussi pour l’ensemble des organisations et de la collectivité.


Pistes d’action

Les participants ont identifié des pistes de solution afin d’éviter les effets négatifs du traitement judiciaire. Ces pistes sont classées suivant quatre cibles de l’action pour lesquelles une orientation est donnée : 1) l’individu – la personne aux commandes de sa vie; 2) l’intervention – soutenir sans nuire; 3) les organisations – la souplesse pour une réponse adaptée; et 4) les réseaux – une vision commune.


Perspectives

Ce projet pilote est présentement étendu à quatre régions du Québec (Québec, Mauricie et Centre du-Québec, Estrie et Outaouais), dans le cadre d’un projet de recherche subventionné par le CRSH.

Comprendre et prévenir le risque suicidaire chez les personnes présentant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme : consultation d’experts (2014)

La problématique du suicide chez les personnes ayant une déficience intellectuelle (DI) ou un trouble du spectre de l’autisme (TSA) est un phénomène peu connu et il n’existe actuellement pas d’outils de prévention et d’intervention spécifiques aux problèmes suicidaires adaptés à ces populations. Ce projet a pour objectif de faire le point sur les connaissances scientifiques et cliniques concernant cette problématique afin de formuler des recommandations pour la recherche et la pratique. Pour ce faire, le CRISE-UQÀM et le CRDITED de Montréal ont effectué une revue de littérature et ont organisé un forum de consultation rassemblant un groupe de 32 experts en DI/TSA, en prévention du suicide et en développement d’outils cliniques.

Les constats principaux de ce travail exploratoire sont que :

  • L’incidence du phénomène n’est pas connue, mais semble importante, particulièrement chez les personnes ayant un TSA ou une DI légère;
  • Plusieurs facteurs de risque ou de protection seraient communs avec ceux de la population générale, mais certains d’entre eux auraient un plus grand impact. Les pertes, deuils, transitions, intimidation, désespoir, tentatives de suicide antérieures, changement significatif du niveau de fonctionnement de base, impulsivité, consommation de substances, annonce de diagnostic, ont été identifiés comme facteurs de risque discriminants chez ces populations;
  • Le repérage et l’estimation du risque suicidaire devraient tenir compte du niveau de fonctionnement de base de la personne, de ses spécificités cognitives, langagières et cliniques, et comporter une validation, auprès de la personne, de sa compréhension des propos suicidaires verbalisés, ainsi que faire appel à plusieurs sources d’information;
  • Les pratiques de prévention et d’intervention devraient considérer et traiter tous les comportements suicidaires, anticiper et agir sur les sources de détresse, approfondir la compréhension de la mort et travailler sur les forces, l’espoir et les habiletés sociales et de communication de ces personnes.

En conclusion, ces travaux montrent qu’il est important de développer la recherche afin de soutenir les cliniciens dans leur pratique et d’améliorer les connaissances sur la problématique suicidaire, l’estimation du risque, la prévention et l’intervention auprès des personnes ayant une DI ou un TSA.

L’expérience d’utilisation de la «Grille d’estimation de la dangerosité d’un passage à l’acte suicidaire » en contexte de CRDITED: Rapport d’analyse (2014)

Dans le cadre de son projet d’amélioration des pratiques en lien avec la problématique suicidaire chez les personnes ayant une déficience intellectuelle (DI) ou un trouble du spectre de l’autisme (TSA), le CRDITED de Montréal, en collaboration avec le Centre de recherche et d’intervention sur le suicide et l’euthanasie (CRISE) de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), a organisé une séance de travail visant à juger de l’applicabilité de la Grille d’estimation de la dangerosité d’un passage à l’acte suicidaire (ci-après Grille) de Suicide Action Montréal (SAM) et du Centre de réadaptation en dépendance de Montréal – Institut universitaire (CRDM-IU) auprès de personnes ayant une DI ou un TSA.

Ces travaux de réflexion et d’analyse s’inscrivent dans le contexte de la mise à l’essai de la Grille, telle qu’elle est actuellement utilisée auprès de la population générale, comme outil d’estimation de la dangerosité d’un passage à l’acte suicidaire chez les usagers du CRDITED de Montréal, et ce, dans une perspective d’amélioration des pratiques de gestion du risque suicidaire. Pour la planification à plus long terme de ses travaux, l’organisation doit notamment se positionner sur la question du développement ou de l’adaptation d’un outil d’estimation du risque suicidaire aux populations ayant une DI ou un TSA. À cet effet, le présent rapport fait état des données recueillies et des analyses issues d’une consultation d’intervenants spécialisés en DI ou en TSA tenue le 22 juillet 2013 et qui portait sur leur expérience d’utilisation de cette Grille dans le cadre de leur pratique.

La séance de travail visait à documenter l’applicabilité de la Grille (pertinence et potentiel d’adaptation des différentes composantes) pour des personnes présentant une DI ou un TSA, et ce, à partir du point de vue d’intervenants spécialisés en DI ou en TSA ayant reçu la formation pour utiliser cet outil.

La Grille est un outil clinique ciblant une population adulte (14 ans et plus) utilisé à l’intérieur d’une structure d’intervention. L’intervention vise à encadrer la démarche clinique d’estimation de la dangerosité suicidaire tout en orientant l’intervenant dans ses efforts pour soutenir la personne suicidaire et en réduisant le risque d’un passage à l’acte (voir la description synthèse de l’outil à l’annexe 1).

Sept personnes ont participé à la séance de travail. Le groupe était composé de quatre intervenants en CRDITED ayant reçu la formation pour utiliser la Grille, d’une représentante de l’organisme Suicide Action Montréal et formatrice accréditée pour la Grille, d’une assistante de recherche au Centre de recherche sur le suicide et l’euthanasie (CRISE) également formatrice accréditée pour la Grille et qui a joué le rôle d’animatrice au cours de cette séance de travail, et enfin, d’une personne membre de l’équipe de la DRTC, qui avait un rôle d’observatrice aux fins de l’analyse de la séance.

Seuls les intervenants ayant reçu la formation nécessaire à l’utilisation de la Grille ont été sollicités pour participer à la séance de travail. Outre les intervenants formés, la démarche visait à inviter une formatrice accréditée afin d’associer une spécialiste de la Grille à l’exercice et de s’assurer de bien cerner si les enjeux liés à l’application de la Grille proviennent d’une application non conforme de l’outil plutôt que des contingences spécifiques à la population ciblée. Son rôle consistait à apporter des précisions, des nuances ou à soulever des questions en lien avec les propos des intervenants dans le but d’enrichir et d’approfondir la question de recherche ou les thèmes de la séance de travail.

La séance de travail a été menée sous la forme d’une entrevue de groupe (rencontre de trois heures). Elle comportait deux volets : 1) l’exploration des expériences antérieures d’utilisation de la Grille par les participants, notamment pour des personnes ayant une DI ou un TSA; 2) l’estimation de la dangerosité suicidaire à partir de vignettes cliniques (DI/TSA) suivant chacune des étapes de la structure d’intervention de la Grille. Une description détaillée de la méthodologie est présentée à l’annexe 2.

Rapport de recherche : Équipes itinérance en santé du Québec. Description des pratiques innovantes (2010)

À l’intérieur même des institutions de santé et de services sociaux, des approches innovatrices pour considérer les besoins des personnes itinérantes dans leur globalité (santé, social, sécurité, faim, hébergement) se sont développées. Ainsi, pour donner des réponses plus adéquates et mieux ciblées, des équipes-itinérance ont été mises sur pied dans diverses régions du Québec (Montréal, Gatineau, Sherbrooke et Laval). Elles regroupent des médecins, des infirmières, des travailleurs sociaux, des organisateurs communautaires. L’expertise multidisciplinaire développée par ces équipes est exceptionnelle, allant de la réponse à des demandes directes jusqu’au travail d’outreach, en passant par le maillage et le réseautage des ressources du réseau public et du milieu communautaire. Autour d’une démarche conjointe, ces équipes ont souhaité, à travers cette recherche, 1) améliorer la qualité et l’efficacité de leurs interventions; 2) permettre un ressourcement continu à des intervenant.e.s praticien.ne.s du terrain; 3) permettre de nommer, d’échanger et de transférer des pratiques professionnelles en lien avec des savoirs, savoir-faire et savoir-être spécifiques au terrain, à la clientèle et à une intervention qui se déploie à partir du réseau public.

Ce rapport de recherche déposé au Secrétariat des partenariats de lutte à l’itinérance (SLIP) en 2010 présente le projet en profondeur.

Rapport de recherche : Équipes Chez soi à Montréal. Récits de pratiques et consensus d’expert (2013)

Ce projet de recherche s’inscrit dans le cadre de l’appel du Secrétariat des partenariats de lutte à l’itinérance portant sur les meilleures pratiques auprès des personnes itinérantes à la rue ou vivant en hébergement d’urgence avec des problèmes de santé mentale graves et persistants. Il s’est agi de faire la description et l’analyse des pratiques de trois équipes cliniques qui s’adressent à une population en situation d’itinérance et souffrant de troubles mentaux dans le cadre du projet Chez soi à Montréal : deux équipes de suivi d’intensité variable (SIV) et une équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM). On a cherché à en saisir la spécificité pour favoriser leur consolidation et leur diffusion dans d’autres milieux. Autour d’une démarche conjointe, ces équipes ont souhaité, à travers cette recherche, 1) améliorer la qualité et l’efficacité de leurs interventions; 2) permettre un ressourcement continu à des intervenant.e.s praticien.ne.s du terrain; 3) permettre de nommer, d’échanger et de transférer des pratiques professionnelles en lien avec des savoirs, savoir-faire et savoir-être spécifiques au terrain, à la clientèle et à une intervention qui se déploie à partir du réseau public.

Ce rapport de recherche déposé au Secrétariat des partenariats de lutte à l’itinérance (SLIP) en 2013 présente le projet en profondeur.

Inégalités sociales, patients difficiles et médecins de première ligne – Une étude exploratoire (2018)

Estelle Carde (chercheure principale), Mathieu Isabel, Nadia Giguère, Philippe Karazivan

« Hum… », murmure le médecin en hochant la tête. Parcourant des yeux la liste des patients attendus ce jour à son bureau, il vient d’y lire le nom d’une personne qu’il n’a pas vraiment envie de voir aujourd’hui… ni les autres jours d’ailleurs. C’est un patient, comment dire… difficile.

Qu’est-ce qui rend un patient difficile pour son médecin ? Quelles émotions composent ce sentiment de difficulté que vit le médecin ? Nous avons posé ces questions à 12 médecins. Chaussant leurs lunettes pour mieux comprendre en quoi certains patients sont pour eux « difficiles », nous avons resserré la focale sur une catégorie particulière de ces patients : ceux dont la difficulté perçue serait causée, selon leur médecin, par des inégalités sociales. Ces dernières sont, pour beaucoup de médecins, une de ces notions dont on a entendu parler mais que l’on a du mal à définir. Cet article explore le chemin que suit ce concept abstrait, théorique et flou, pour se muer en un sentiment de difficulté vécu par un médecin.

Rapport de recherche: La place des parents au sein de Rond-Point: processus réflexif, prise de parole et impact sur le parcours des parents (2017)

Nadia Giguère, Jean-François René, Isabelle Laurin, Isabelle Morissette, Renée-Eve Dionne, Frédéric Maari

Depuis le début 2014, le Rond-Point (RP) offre aux parents d’enfants âgés de 0 à 5 ans exposés à l’alcool et aux drogues des services intégrés et spécialisés dispensés par une équipe multidisciplinaire. Ce lieu se veut un milieu de vie où les familles, en plus de bénéficier des services adaptés, peuvent participer à différentes activités favorisant le développement d’un sentiment d’appartenance dans un cadre informel. Dès la mise en œuvre du RP, le développement d’un comité de parent a été envisagé, s’appuyant sur une philosophie d’intervention où les usagers sont partenaires et impliqués dans la planification des activités et des services offerts. Toutefois, malgré cette volonté organisationnelle, les contours de ce comité étaient non définis par les promoteurs, et aucune ressource humaine n’était prévue pour soutenir l’émergence de ce dispositif de participation.

En 2014, en soutien à cette volonté du RP de donner une voix aux parents,notre équipe de recherche a initié une démarche de recherche-action participative (RAP) avec les intervenantes et les parents du RP afin de réfléchir avec ces deux groupes d’acteurs à la forme que pourrait prendre cette participation au sein de la ressource et sur les moyens de la soutenir. Cette RAP avait aussi comme objectifs de documenter ce que ces moments d’échanges produisent sur le plan des résultats de participation, sur le parcours des parents ainsi que sur l’intervention planifiée au RP.

De novembre 2014 à mai 2015, un groupe de parentsa pris part à huit rencontres et l’équipe de RP à trois rencontres. Deux rencontres de mise en commun ont eu lieu en présence de tous les acteurs ainsi que des membres de l’équipe de recherche. L’ensemble de la démarche a été animé par une chercheuse de l’équipe ainsi qu’une organisatrice communautaire du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Elles ont travaillé avec différents outils d’animation pour orienter et baliser la réflexion sur la thématique de la participation et dans la perspective de transformer la parole individuelle en une parole collective. En amont de cette démarche,ainsi qu’à sa suite, des rencontres de groupe avec les intervenantes ont eu lieu (3) ainsi que des entrevues individuelles avec les parents (5) afin de compléter la collecte de données et de répondre à nos objectifs de recherche.

Les parents se sont investis avec assiduité au sein de ce dispositif nommé Espace parents sur une période de sept mois. La démarche a fait émerger une culture de parole, de réflexions et de questionnements sur ce qu’ils sont, comment ils veulent être identifiés (parents plutôt que consommateurs) ainsi que,plus largement,sur le RP, ses services, son approche et ses critères de fréquentation. Pour leur part, les intervenantes mentionnent que la démarche les a amenées à questionner leurs pratiques et à modifier leur façon de travailler. Néanmoins, malgré le fait que les parents aient éprouvé le sentiment de pouvoir changer les choses au RP et que les intervenantes aient reconnu la pertinence de mettre en place un dialogue collectif au RP, nous dressons un bilan mitigé de la marge de manœuvre des parents pour influencer les orientations et la gestion de la ressource. La participation des parents n’a pas permis de modifier de manière significative l’intervention planifiée. Plusieurs enjeux cliniques, professionnels, organisationnels et politiques ont été des freins au pouvoir d’agir des parents.La RAP illustre que pour impliquer les parents du RP comme partenaires, tel que souhaité initialement par les promoteurs de la ressource, il importe de compter parmi les ressources professionnelles du RP une personne entièrement dédiée au soutien à la vie associative. Néanmoins, les participants ont fait des apprentissages sur ce qu’exige la participation citoyenne au sein du RP et cela leur a donné à une autre perspective d’action concernant les comités d’usagers, où le partage des savoirs est habituellement peu pratiqué et peu valorisé.

Proximité et citoyenneté en milieu urbain – Les leçons de la pratique au Québec, aux Pays-Bas et en Espagne (2009)

Septembre 2009

La recherche sur laquelle ce rapport est basé puise sa source dans divers questionnements sur les difficultés d’accès à l’offre d’aide ou de participation parmi des publics qui paraissent pourtant en grande difficulté sociale et économique. Au-delà des difficultés d’accès, il est parfois même question de réticences et d’hostilités face aux politiques sociales. En particulier, cette recherche s’intéresse aux pratiques qui visent à comprendre et à traiter ces difficultés, ces réticences, ces craintes parfois, en faisant pour cela de la proximité un levier d’intervention (sociale).

Quelles sont ces pratiques,comment se sont-elles forgées? Quelles formes de mieux-être, voire d’inclusion sociale visent-elles à promouvoir auprès de ces personnes marginalisées? Comment ces pratiques sont-elles perçues par les publics visés?

Bonne lecture!