Demeurer flexible et stratégique à l’égard des comportements agressifs

Il faut permettre l’expression de la colère, bien que tout ne soit pas acceptable. On doit notamment évaluer de quelle nature relève le comportement agressif et distinguer entre ceux qui sont dirigés vers l’intervenantE et ceux qui ont un autre objet.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Il est important de demeurer flexible à l’égard des comportements agressifs, puisque l’intervenantE vise à ce que l’expression de la colère s’inscrive dans une démarche d’apprentissage : cibler l’objet de la colère, l’exprimer dans un lieu adéquat, etc.
  • Faire un retour sur les comportements inappropriés quelque temps après, sans dramatiser, ni banaliser. Cultiver son sens de l’humour!
  • Un contrat clinique de non-agression est un outil utile pour que les limites du suivi soient claires.
  • Une balise centrale dans l’intervention demeure la sécurité des intervenantEs. Il est également important de respecter ses propres limites comme intervenantE : on ne peut pas aider une personne que l’on craint. Prendre les mesures pour continuer à faire le travail en toute sécurité.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Dérangeant ou dangereux?
« Souvent, on appuie sur le bouton panique dès que les personnes haussent le ton. »
« Une fois la crise passée, nous reprenons nos rôles respectifs. Lui redevient l’acteur de sa propre vie. À nouveau, nous allons le laisser gérer sa folie le plus possible. »

Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Aux limites de l’intervention. Se positionner en regard de comportements violents
« Lorsque nous sommes à l’affût de notre intégrité physique et psychique, nous ne sommes pas dans une relation d’aide. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

« Suivre » une dame qui refuse de bouger. Accompagner une personne qui souffre d’un trouble sévère de personnalité
« Elle nous teste et ça prend des nerfs solides! »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Face à l’agressivité : sortir des cadres établis
« Un des objectifs de la rencontre était de fairesigner à Blake un contrat stipulant qu’il ne serait pas intimidant ouagressif envers les gens du projet Chez soi.»
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi àintensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

Aller vers les personnes, dans les lieux où elles se trouvent

Alors que les intervenantEs vont vers des personnes qui souvent n’ont pas de demande, la disponibilité et la régularité sont des principes d’intervention du travail dans le milieu (outreach) qui favorisent la création du lien de confiance.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Sans nécessairement entrer en contact avec la personne en situation d’itinérance, le fait de ritualiser sa présence dans les lieux fréquentés par la clientèle est une stratégie qui peut donner des résultats intéressants. S’y rendre à des heures régulières envoie le message aux personnes en situation d’itinérance qu’il s’agit d’intervenantEs fiables sur lesquels elles peuvent compter en cas de besoin.
  • Parfois, les visites auprès d’une personne, que ce soit sur la rue ou à domicile, se limiteront à quelques minutes en raison d’un lien qui n’est pas encore établi ou d’une période plus difficile vécue par la personne. En tous les cas, le fait d’aller vers elle devrait éventuellement porter ces fruits. L’intervenantE sera là lorsque la personne sera prête.
  • Il est utile d’avoir des collaborateurs sur le terrain qui aide à retracer les personnes sur la rue.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Une psychiatre à domicile
« L’état mental s’inscrit dans un cadre, dans une communauté, dans un environnement. Ce sont tous des facteurs qui entrent en ligne de compte dans l’évaluation d’une bonne santé mentale. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Accompagner la sortie de la rue d’un homme psychotique dont on ne connaît ni l’identité, ni l’histoire
« Nous avons continué de le visiter sous un arbre pendant des mois sans connaître son nom.»
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Intervention auprès d’une femme Inuite : du soin au travail de traduction
« Son état de santé inquiète les intervenants et c’est pourquoi ils me demandent d’aller la rencontrer sur la rue. »
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Le défi de la construction du lien et sa fragilité
« Cette approche centrée sur le lien s’avère confrontante pour d’autres intervenants habitués à intervenir dans une logique de résolution de problème. »
Équipe itinérance, CSSS-IUGS de Sherbrooke

Outreach : un réseau de collaboration indispensable
« Afin d’avoir un portrait plus complet de la situation de la personne qui nous est signalée, nous devons recueillir de l’information auprès du réseau qui gravite autour d’elle au quotidien.»
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Miser sur l’accompagnement

Accompagner et « faire avec » créent des contextes d’intervention qui facilitent la connaissance de la personne à la rue et le développement du lien de confiance.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Que ce soit lors d’un déplacement en voiture ou à pied, l’accompagnement permet des échanges dans un contexte plus informel qui contraste avec le cadre formel et parfois intimidant d’un entretien dans un bureau.
  • L’accompagnement constitue un lieu privilégié d’observation qui permet de mieux saisir la réalité au quotidien de la personne en situation d’itinérance et de ses besoins réels, de cibler les personnes-pivots dans son entourage et d’évaluer ses capacités à fonctionner de façon autonome.
  • Cheminer avec la personne, c’est-à-dire « faire avec » dans une démarche importante pour elle plutôt que « pour » la personne amène une relation plus égalitaire qui facilite le rapprochement.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Accompagner la sortie de la rue d’un homme psychotique dont on ne connaît ni l’identité, ni l’histoire
« Nous avons continué de le visiter sous sur arbre pendant des mois sans connaître son nom.»
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Accompagner vers les services une dame qui voit des anges
« Il y a un équilibre à garder entre entrer dans le délire de quelqu’un et s’y laisser absorber. Il faut travailler avec la partie de la personne qui est en contact avec la réalité. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Définir la relation d’intervention avec la personne

Les règles de l’intervention dans le milieu sont à définir entre unE intervenantE (ou une équipe) et la personne desservie, afin d’établir un espace de collaboration et d’aller au-delà de la méfiance.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Dans l’établissement d’une relation de confiance, une balise importante de l’intervention est de clarifier les rôles et la nature du suivi dès le départ.
  • On dit souvent souhaiter que la personne « collabore à l’intervention ». Or, c’est l’intervenantE qui collabore avec la personne, et non l’inverse.
  • Se rappeler qu’un certain temps sera nécessaire pour développer une compréhension commune d’une relation d’aide fondée davantage sur l’accompagnement que sur l’encadrement.
  • Il est utile de mettre de l’avant dans l’intervention qu’il s’agit d’un travail d’équipe, où l’intervenantE et usagerE doivent être dans le « même bateau ».
  • Prendre le temps de développer un langage commun avec la personne, afin de mettre en place les conditions d’une discussion à la fois franche et respectueuse de ses limites (autour de la santé mentale, de la dépendance, de la salubrité, etc.)
  • Pour construire un lien avec une personne délirante, il faut parfois savoir « parler psychotique », s’intéresser au délire de la personne, y trouver des façons d’entrer en lien avec elle.
  • Le savoir-être constitue une qualité première de l’intervenantE dans le milieu. L’intervention dans la communauté s’effectue dans l’intimité des personnes et peut être intrusive. L’intervenantE représente l’institution, il a un rôle normatif et il doit être conscient de ce pouvoir et de son impact dans la relation d’aide. Il est important que la personne qui fait l’objet d’un suivi dans le milieu continue de se sentir que son intimité est respectée, malgré la présence régulière des intervenantEs. Une attitude respectueuse et non jugeante est à privilégier.
  • L’intervention à domicile, où l’intervenantE partage l’intimité de la personne, peut créer une confusion chez des personnes ayant des carences affectives. Il y a là un défi pour maintenir une relation professionnelle. Il faut être à l’affût des glissements dans la compréhension du sens de la relation chez la personne. 

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Prendre la parole au sérieux, malgré le délire. Une histoire de futon
« Il faut accepter de “parler psychotique”, ne pas voir peur d’aller dans l’irrationnel avec elle. Sinon nous ne pourrons pas l’aider. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Faire alliance avec un individu aux prises avec un délire de persécution
« Tout était ouvert. Il connaissait mes inquiétudes et je respectais ses réticences.Nous avons tous les deux fait un bout de chemin. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

Accompagner vers les services une dame qui voit des anges
« Il y a un équilibre à garder entre entrer dans le délire de quelqu’un et s’y laisser absorber. Il faut travailler avec la partie de la personne qui est en contact avec la réalité. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Baliser le suivi dans le milieu avec des objectifs cliniques clairs

Travailler en dehors d’un bureau présente divers défis, dont une latitude qui peut de prime abord donner le vertige à l’intervenantE (et au gestionnaire). Mais lorsque les visées de l’intervention sont clairement établies, deviennent alors possibles une pluralité de démarches et d’accompagnements dans la communauté et des collaborations très variées avec les différents acteurs autour de la personne.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Ce sont les objectifs cliniques qui déterminent la pertinence des accompagnements qui peuvent par ailleurs être très variés dans le cadre d’un suivi dans la communauté : accompagner à un rendez-vous, faire des courses, aller au restaurant, visiter une ressource, aller à des funérailles, marcher dans le quartier, etc. Parmi des visées cliniques possibles, notons : créer un lien, partager l’univers de la personne, offrir un soutien, tenter une nouvelle expérience, améliorer la qualité de vie, faire des pas vers une resocialisation.
  • Une définition claire du mandat des professionnels et des rôles respectifs de l’intervenantE et de l’usagerE des services dans le cadre de la relation d’aide permettent à la fois d’aller plus loin dans l’intervention et d’établir les limites.
  • Des objectifs d’intervention clairs peuvent permettre de s’allier divers acteurs autour de la personne (professionnels de la santé, intervenantEs communautaires, policiers, propriétaires, voisinage) dans le cadre d’interventions parfois peu conventionnelles.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Prendre la parole au sérieux, malgré le délire. Une histoire de futon
« Il faut accepter de “parler psychotique”, ne pas voir peur d’aller dans l’irrationnel avec elle. Sinon nous ne pourrons pas l’aider. »
Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Médiations entre locataire et propriétaire : permettre aux cris de porter, sans tout briser
« La ligne est fine quand on intervient auprès d’une personne qui est autant dans la colère. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

Cultiver la ténacité et la patience dans une intervention qui s’inscrit dans le moyen et long terme

Il ne faut pas s’étonner que des personnes qui ont préalablement vécu de mauvaises expériences avec les services soient méfiantes. Quand l’intervention n’avance pas, que le lien n’est pas favorable, que la personne n’est pas engagée vers son mieux-être, les intervenantEs doivent miser sur la continuité et faire preuve de souplesse.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Dans certaines situations les personnes ne désirent rien et il est particulièrement difficile de susciter une motivation ou de l’ambivalence. Se permettre « l’informel structuré », le « small talk » finit par porter ses fruits dans la construction d’une relation de confiance auprès de personnes méfiantes.
  • La souplesse signifie parfois de laisser tomber les démarches, d’être tout simplement à l’écoute et d’offrir à la personne son moment à elle. Aller prendre un café, garder espoir, même si ça prend des mois; se rappeler comme intervenantE qu’il est difficile et insécurisant de changer.
  • La création du lien avec une personne très isolée, très méfiante constitue déjà un grand pas.
  • Garder espoir, voir en quoi la vie de la personne est mieux qu’elle ne le fût.
  • La maîtrise de l’entretien motivationnel est centrale pour faire des pas concrets vers un changement.
  • Si la personne ne veut pas de suivi, les possibilités comme intervenantEs sont limitées. Rester là, sans insister et en continuant de lui refléter qu’elle mérite mieux, que l’équipe sera là lorsqu’elle souhaitera apporter du changement dans sa vie.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Le défi de la construction du lien et sa fragilité
« Cette approche centrée sur le lien s’avère confrontante pour d’autres intervenants habitués à intervenir dans une logique de résolution de problème. »
Équipe itinérance, CSSS-IUGS de Sherbrooke

Accompagner la sortie de la rue d’un homme psychotique dont on ne connaît ni l’identité, ni l’histoire
« Nous avons continué de le visiter sous sur arbre pendant des mois sans connaître son nom.»
Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

La venue d’un nouveau-né :offrir des moyens et suivre le défilé
« Tous les intervenants ont probablement souhaité qu’ils aient la garde de leur enfant.L’élastique a été étiré au maximum, y compris par la DPJ. » Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Accompagner sans succomber à l’urgence. Quand l’intervention consiste à attendre le moment propice au rétablissement
« L’important dans l’intervention est de nourrir le rêve, l’espoir, tout ce qui est lié à l’estime de soi et de ne pas arroser l’impuissance, acquise avec le temps. »
Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Construire le regard porté sur les personnes

L’intervenant.e doit apprendre à percevoir les personnes à travers leurs potentiels et leur droit à l’autodétermination. Il y a ainsi un important travail à faire sur le regard porté sur les personnes. Par exemple, ça peut vouloir dire… La façon de nommer les réalités importe beaucoup. On parle de forces, de qualités, d’aptitudes plutôt que de symptômes, d’incapacités, de lacunes. On parle d’épisode de consommation plutôt que de rechute. L’intervenant.e agit tel un miroir dans lequel les personnes peuvent voir qu’elles avancent, qu’elles ont des acquis. Il faut arriver à voir la personne au-delà de la maladie mentale, de la dépendance et des limitations, car ce ne sont qu’un aspect de sa vie. C’est à cette condition qu’il est possible d’aider la personne à se voir autrement, de semer le doute sur sa définition d’elle-même en tant que personne « malade », « toxicomane », « trop méfiante pour créer un lien ». Chaque individu a ses valeurs, sa normalité, ses expériences. Certaines valeurs sont plus adaptées à la survie. Savoir se demander : qu’est-ce que la normalité POUR la personne? Quel est le problème SELON la personne? Rester collé sur les objectifs de la personne tels qu’établis dans le plan d’intervention… et savoir rester à l’écoute lorsque ses rêves et ses objectifs changent. Il faut veiller à ne pas faire vivre un échec aux personnes en leur imposant le regard et les valeurs de l’intervenantE. Cela demande une vigilance constante. On ne doit pas perdre de vue que c’est de la vie de la personne dont il s’agit, et non celle de l’intervenantE.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment:

Garder le cap de l’approche du rétablissement axé sur les forces des personnes
« Travailler en rétablissement, c’est d’abord de se gérer soi-même comme intervenant avant d’avoir la prétention de gérer la vie de l’autre. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Se positionner aux côtés

Un rôle principal de l’intervenantE est d’aider la personne à se reconstruire, à se découvrir. Pour ce faire, il faut se positionner aux côtés d’elle et oser de nouvelles avenues. Par exemple, ça peut vouloir dire… Le rôle de l’intervenantE est d’accompagner la personne sur le chemin qu’elle souhaite prendre. « Remettre » aux personnes le pouvoir sur leur propre vie. Se mettre en position d’apprendre d’elles, plutôt que de se positionner d’emblée dans un rôle d’expertE. Explorer avec la personne afin qu’elle trouve ses propres solutions. Prendre des risques avec elle, lui apprendre à oser, marcher à côté d’elle. On travaille avec le rêve des personnes. Cela dit, il ne s’agit pas tant de viser la réalisation du rêve, que d’envisager le rêve comme un moteur qui permet de se mettre en marche, de le saisir comme une occasion de faire des pas avec la personne vers une meilleure estime d’elle-même et l’appropriation de sa vie. En tant qu’intervenantE, faire des jeux de rôles pour expérimenter la situation de « l’intervenuE » (la personne faisant l’objet de l’intervention) permet de mieux comprendre les balises d’une relation d’aide non directive. Il s’agit de favoriser l’autonomisation (empowerment) de la personne en lui apprenant à s’orienter dans ses démarches dans une logique de « faire avec », plutôt que de « faire pour ». L’accompagnement a pour objectif d’aider la personne à agir de façon autonome. Elle vivra ainsi des expériences de succès qui renforceront son sentiment d’avoir du pouvoir sur sa vie. Le rôle de l’intervenantE est parfois de se faire l’écho de la voix de la personne afin que ses besoins, ses désirs, ses priorités soient entendus par d’autres acteurs (intervenantEs, médecins, psychiatres, agentEs d’aide sociale) qui auraient une vision préétablie de ses besoins.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment:

Faire vivre le rêve : accompagner un retour aux études malgré le scepticisme des professionnels autour d’une personne
« Notre but dans l’intervention est de laisser la nouvelle personne émerger. Nous ne savons pas ce que sera le résultat : il faut se laisser surprendre. » Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

Prendre la parole au sérieux, malgré le délire. Une histoire de futon
« Comme intervenants, nous ne connaissons pas les moyens, nous essayons de les découvrir avec les personnes. Nous tentons avec elles de construire des ponts entre la folie et le monde réel. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Une réflexion sur l’action : impact de la participation à une recherche
« Parfois, l’intervention se limite seulement à essayer de voir comment nous pouvons améliorer un aspect circonscrit de la vie d’une personne pour qu’elle se sente mieux. »
Équipe Itinérance, CSSS de Laval

Aider les personnes à renouer avec elles-mêmes

Un premier pas dans l’intervention auprès de personnes ayant un parcours d’itinérance consiste souvent à les aider à se reconnecter à elles-mêmes, à reprendre contact avec leurs besoins, leurs émotions et leurs valeurs.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Lorsqu’on travaille avec des personnes qui ne sont pas en contact avec leurs besoins, l’intervenantE doit d’abord accompagner un retour vers soi pour ensuite accompagner le choix.
  • Il faut donner aux personnes le temps d’atterrir et rester à l’écoute de ce qui émerge.
  • Un rôle important de l’intervenantE est d’amener la personne à croquer dans la vie. Ensuite, tout devient possible dans l’intervention.
  • Il y a un important travail pour favoriser l’estime de soi chez des personnes pour qui l’expérience de la rue a affecté de façon très négative l’image de soi, la perception de leur propre valeur et de leurs capacités personnelles à s’en sortir. Leur permettre notamment de reconnaître qu’elles ont des compétences relationnelles.
  • L’utilisation d’outils permettant aux personnes de faire une autoévaluation des différentes sphères de leur vie est très utile pour travailler dans le sens du rétablissement avec des gens parfois déconnectés d’eux-mêmes. C’est l’occasion d’ouvrir sur une variété de sujets.
  • Faire des bilans avec la personne est particulièrement utile pour valoriser les pas accomplis.
  • Savoir diriger vers une aide professionnelle plus adaptée lorsqu’il y a des traumatismes qui remontent au fil du suivi.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Aider un homme d’origine inuite à renouer avec lui-même
« Les gens accordent peu de valeurs à leurs savoirs, à moins se savoir qu’on leur en donne. »
-Projet Chez soi à Montréal – Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

De la rue au CHSLD : franchir les barrières de l’itinérance
« Viens un moment où il faut que tu trouves quelqu’un qui croit en toi comme intervenant. J’avais besoin que quelqu’un d’autre fasse du poids. »
-Projet Chez soi à Montréal – Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance.

Réparer les relations d’exclusion

Une dimension importante du travail d’intervention est de contribuer à réparer les relations d’exclusion dans lesquelles se sont longtemps inscrites les personnes desservies. Il s’agit d’offrir un contexte propice pour bâtir une relation significative avec les personnes, puis de les accompagner dans l’établissement de relations satisfaisantes avec leur environnement. Ce travail cible ainsi à la fois la personne et son environnement social, afin de poser les bases pour retisser des liens significatifs avec la société.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Accompagner la personne dans des lieux publics, poser des gestes du quotidien, des gestes de citoyen ordinaire, s’inscrire dans des activités « normalisantes ».
  • La réinsertion sociale de personnes qui ont parfois été très désaffiliées ne doit pas se limiter à l’intégration au logement.
  • Sensibiliser les différents partenaires au fait que certains comportements constituent des symptômes de la maladie mentale ou s’inscrivent dans des expériences antérieures avec les services, afin qu’ils assouplissent leurs critères d’accès et que la personne puisse en bénéficier.
  • Un travail de médiation entre la personne en situation d’itinérance et son environnement permet d’agir comme modèle (modeling) à la fois pour la personne accompagnée et pour les gens de son environnement (services, acteurs autour du logement, réseau social).
  • Lorsque le lien est là et que la situation de la personne est stable, accompagner le développement d’habiletés relationnelles en ajustant tranquillement les exigences de l’intervention sur la base de la réalité des autres services (les critères des autres ressources, le niveau de tolérance aux comportements dérangeants, etc.).
  • On vise notamment à ce que la relation positive développée avec unE intervenantE permette de nourrir l’espoir chez la personne qu’il est possible de recevoir de l’aide et d’établir des relations saines.
  • À la fin d’un suivi, il importe de faire un transfert personnalisé vers une autre ressource afin que les personnes y soient accueillies et reconnues dans leurs besoins.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Groupe de conversation thérapeutique
« Graduellement, un collectif commence à se construire, permettant aux individus de sortir de leur solitude. Les participants constatent qu’ils ne sont pas les seuls à vivre certaines situations difficiles. »
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Trouble délirant et vie à la rue : interventions de médiation pour limiter la judiciarisation
 « À la sortie de prison, c’est souvent un retour à la rue. Et le cycle recommence. L’accompagnement des personnes dans leurs démarches juridiques et le travail de médiation auprès des policiers fait partie de la réhabilitation sociale. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Prendre la parole au sérieux, malgré le délire. Une histoire de futon
« Il faut accepter de “parler psychotique”, ne pas voir peur d’aller dans l’irrationnel avec elle. Sinon nous ne pourrons pas l’aider. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Après le décès. Préserver le droit à la dignité et rester à l’écoute des proches
« Il a été marginalisé dans sa vie, mais il n’est pas parti dans l’anonymat. » Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Avoir des papiers pour exister
 « Un de nos mandats est de redonner aux personnes le goût d’être des citoyens à part entière. »
Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Terminer une relation d’intervention… tout en maintenant l’élan
« Les personnes qui ont vécu longtemps à la rue ont souvent une faible estime d’eux-mêmes. Le bilan sert à explorer avec elles le fait que les étiquettes qu’elles portent sur elles-mêmes ne sont plus aussi pertinentes qu’elles l’ont été. » 
Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance