Identifier et tabler sur les forces dont témoigne le parcours des personnes, y compris l’expérience de la rue

L’intervenantE doit garder en tête que vivre à la rue demande des qualités et des aptitudes, s’inscrit dans une routine, des occupations et des facteurs de protection. Ce sont autant d’acquis sur lesquels doit s’appuyer le travail d’intervention et d’accompagnement.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Reconnaître l’expérience de vie et la trajectoire des personnes dans ses dimensions positives, y compris leur expérience de vie à la rue. L’accompagnement doit s’inscrire dans la continuité du parcours des personnes et tabler sur leurs acquis pour faciliter la transition de la rue vers les services ou le logement.
  • Les personnes ont diverses connaissances; y voir l’occasion d’un partage.
  • Rester centré sur la personne, sur ce qu’elle a vécu, sur ses objectifs, ses valeurs. Il faut tenter de saisir ses forces, aussi minimes soient-elles et partir de cela pour construire le reste.  Identifier des forces est un levier important pour contribuer à une meilleure estime de soi et favoriser le sentiment de compétence des personnes.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

L’usage du récit personnel et du cahier du rétablissement
« À travers ces outils cliniques, j’ai pu apprendre à connaître les gens et avoir des éléments concrets pour les aider à reconnaître leurs qualités et leurs aptitudes. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Travailler avec le réseau de la personne

Les intervenantEs doivent s’intéresser au réseau social tôt dans le suivi. La famille et les amis sont des personnes potentiellement significatives dans le rétablissement de la personne et ils seront encore là lorsque les intervenantEs n’y seront plus.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Évaluer dans l’intervention dans quelle mesure un proche constitue un facteur de protection ou un facteur de risque. Amener la personne à faire cette évaluation également.
  • Lorsqu’ils sont présents, soutenir les proches, les aider à aider les personnes. Il y a aussi parfois un travail de référence à faire pour que les proches soient soutenus.
  • Dans le travail avec les proches, il est important de clarifier le rôle de l’intervenantE dans le cadre d’une intervention consistant à accompagner plutôt qu’à « faire pour ». Permettre aussi aux proches de se familiariser avec le processus du rétablissement dans lequel évolue la personne. Par exemple, expliquer qu’une rechute n’est pas un échec complet. Les aider à accepter la personne où elle est.
  • Cela dit, l’intervenantE doit rester centréE sur la personne. Le « client » n’est ni le couple, ni la famille, ni le parent, ni l’ami, mais la personne qui fait l’objet du suivi. Face à la pression que peuvent parfois exercer certains proches qui souhaitent que la personne « guérisse », que le suivi « avance », toujours garder en tête les objectifs de la personne desservie.
  • Un réseau social positif constitue un facteur de protection important. Il faut favoriser le développement de réseaux sociaux qui amènent la personne vers des activités positives et structurantes.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Intervenir face à une double vulnérabilité : itinérance et déficience intellectuelle
« Même si, dans ma vision d’intervenant, je voyais bien d’autres priorités en termes de besoin, je devais tenir compte de sa priorité à elle pour ensuite lui permettre d’avancer vers une autre étape. »
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

La venue d’un nouveau-né: offrir des moyens et suivre le défilé 
« Il faut parfois accepter de n’être qu’un court relais dans le long parcours d’une personne vers son rétablissement. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Mettre en place les conditions pour « attendre l’étincelle » 
« L’équipe est plus tolérante que bien d’autres ressources, car on sera encore là lelendemain. On laisse la personne prendre des risques. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suiviintensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Nourrir des attentes à la fois réalistes et ambitieuses

Il faut avoir des attentes et des ambitions pour la personne, sans lui en demander trop.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Avoir confiance que la personne apprend à travers ses expériences. Le rétablissement n’est pas linéaire. Il n’y a pas de route à suivre.
  • Il est important de rappeler aux personnes la nécessité de garder espoir. Et parfois l’intervenantE doit espérer à leur place jusqu’à ce que l’espoir revienne.
  • Revoir régulièrement avec la personne où elle veut aller. Faire des bilans avec elle pour rester collé sur ses objectifs et être à même d’apprécier les pas réalisés.
  • Dans le contexte d’interventions auprès d’une population cumulant diverses problématiques, certains outils d’intervention aident à mettre l’accent sur les forces des personnes et à se centrer sur l’atteinte de petits objectifs.
  • Il ne faut ni perdre espoir, ni mettre la barre trop haute. Si les objectifs sont trop grands, intervenantE et usagerE risquent de se décourager et de se désintéresser du suivi.
  • Les chefs d’équipe ont un rôle important à jouer pour que les intervenantEs gardent les personnes au centre de l’intervention et pour recadrer les attentes des intervenantEs.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Faire vivre le rêve : accompagner un retour aux études malgré le scepticisme des professionnels autour d’une personne
« Notre but dans l’intervention est de laisser la nouvelle personne émerger. Nous ne savons pas ce que sera le résultat : il faut se laisser surprendre. » Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

Face à l’agressivité : sortir des cadres établis
« Si un jour nous pouvons prendre un café avec lui, que nous le terminons et que nous nous saluons en quittant les lieux, nous serons à des années-lumière de là où nous étions au départ du suivi. » Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance