Encourager la créativité nécessaire pour intervenir auprès de populations marginalisées

Les gestionnaires doivent être partie prenante de la mission des équipes spécialisées en itinérance. Offrir des services à des individus auxquels les autres ressources ne répondent pas ou ne répondent plus, demande de la créativité … et les moyens de cette créativité.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Le support, la confiance et la compréhension des gestionnaires sont essentiels pour avoir la possibilité d’emprunter de nouvelles avenues dans l’intervention et de sortir des sentiers battus.
  • Dans un contexte d’intervention de proximité, les intervenantEs se retrouvent souvent devant la nécessité d’étirer la norme professionnelle afin de faciliter leurs interventions.
  • Certaines pratiques atypiques sont essentielles pour faciliter leur travail au quotidien. Par exemple, la tenue de dossier représente un défi particulier pour les intervenantEs appelés à se déplacer fréquemment sur des heures irrégulières dans le cadre de leurs interventions dans le milieu (outreach).

Devant la complexité des situations et l’interrelation des problématiques, il est nécessaire d’intervenir au cas par cas.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Se permettre d’être déstabiliséE comme intervenantE et d’apprendre auprès des personnes. Il faut travailler la compréhension d’une approche d’intervention et de ses nombreuses subtilités dans la relation d’intervention.
  • Les nouvelles approches sont le fruit d’ajustements constants des façons de faire pour répondre à une situation donnée. L’innovation dans l’intervention a diverses sources : l’expérimentation, le partage des expériences et des expertises entre collègues, le savoir des pairEs aidantEs; les moyens proposés par les personnes desservies.
  • Lorsqu’on ne voit plus comment dénouer une situation, il est bon de faire appel à un autre regard : d’autres membres de l’équipe, des intervenantEs de l’extérieur ou des consultantEs.
  • Il est notamment utile de multiplier les occasions d’échanger entre professionnels pour raffiner le jugement clinique.
  • Les outils de travail utilisés dans d’autres milieux d’intervention peuvent être adaptés.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment:

Communiquer dans un univers en mouvement : l’organisation d’une équipe interdisciplinaire
« On n’arrête pas les services, on n’arrête pas les soins, ni la communication. J’ai la chance d’avoir toutes ces personnes autour de moi qui ont leurs propres expertises. On a toujours un coup d’avance. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Garder le cap de l’approche du rétablissement axé sur les forces des personnes
« Travailler en rétablissement, c’est d’abord de se gérer soi-même comme intervenant avant d’avoir la prétention de gérer la vie de l’autre. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Miser sur l’intensité du suivi lors de la sortie de la rue

Un effort d’observation et de présence soutenu est déterminant au cours des premiers mois en logement. Ils permettent d’apprendre à connaître les dynamiques, les forces et les difficultés d’une personne, et de mettre en place des facteurs de protection pour l’accompagner vers une stabilisation résidentielle.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Assurer une présence régulière auprès de la personne pour l’aider à se familiariser à ce nouveau mode de vie, partager les bons moments et lui permettre de vivre rapidement des succès en logement.
  • Faire les démarches AVEC une personne lorsqu’elle les accomplit pour les premières fois est central, et ce, à divers niveaux : la mettre en confiance, apprendre à la connaître dans le contexte de l’appartement, identifier des champs d’intérêt et les sphères d’autonomie, évaluer les besoins d’accompagnement, aider à développer des habiletés.
  • « Faire avec » la personne devrait avoir pour objectif de l’aider à vivre des succès qui renforcent son sentiment d’avoir du pouvoir sur sa vie (cuisiner, aider au ménage, aller à la bibliothèque…).
  • Il faut favoriser les apprentissages, en faisant preuve d’écoute et de créativité pour accompagner sans offenser ni infantiliser. Chaque personne a des besoins différents en matière d’accompagnement.
  • Rapidement, l’intervenantE doit identifier les facteurs pouvant constituer un risque de retour à la rue ainsi que ceux pouvant favoriser l’intégration en logement, et mettre en place les services nécessaires à une stabilisation en logement (aide au ménage, repas cuisinés, soins à domicile, etc.), quitte à les retirer graduellement par la suite.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Faire alliance avec un individu aux prises avec un délire de persécution
« L’évaluation des risques est plus confortable quand on fait le suivi auprès d’une personne qui a une adresse et avec qui il y a des contacts réguliers. » Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

Quand l’appartement rime avec symptômes de la maladie mentale 
« Il faut que je respecte son rythme, tout en l’aidant à trouver des moyens.
Les longs délais ne fonctionnent pas. Les non-délais non plus. Il faut savoir doser. »

Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Accompagner la sortie de la rue d’un homme psychotique dont on ne connaît ni l’identité, ni l’histoire
« Il est passé de la vie sous un arbre à la vie en logement. C’est presque un miracle! Parfois, nous oublions de respecter le rythme de la personne, tout à notre élan d’intervenant, mais avec Michel, force est de constater que nous avons fait énormément seulement en l’écoutant. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Intervenir face à une double vulnérabilité :itinérance et déficience intellectuelle
« J’ai servi d’intermédiaire entre Alice et son oncle, afin d’engager ce dernier à la souvenir dans sa vie en appartement. »
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Stabilisation d’un jeune par le logement supervisé
« Contrairement aux propriétaires de logements privés qui tolèrent mal les écarts de conduite et les retards dans le paiement du loyer, l’équipe se montre plus conciliante envers ses locataires. »
Équipe itinérance, CSSS-IUGS de Sherbrooke

S’intéresser au sens du « chez soi »

Pour accompagner une stabilité résidentielle, l’intervenantE doit s’intéresser au sens que les personnes accordent à leur « chez-soi ».

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Le sens du « chez-soi » varie d’une personne à l’autre. L’intervenantE doit s’intéresser à l’appropriation qu’une personne fait de son logement (un espace sécuritaire, un entrepôt, un lieu de vie, un abri) et à la façon dont elle l’investit.
  • S’intéresser aux liens que la personne établit, ou non, entre son identité et la vie en appartement. Ainsi qu’au sens qu’elle accorde aux responsabilités qui y sont liées.
  • Pour accompagner la personne à s’identifier à la vie en appartement, il faut travailler avec les objectifs qu’elle-même a définis.
  • Vivre en appartement ne doit pas signifier de couper tous les ponts avec la rue. Comme intervenantE, reconnaître que pour certaines personnes, il y a des aspects positifs à l’itinérance (une certaine liberté, peu de responsabilités, une routine, un réseau social). Il y a des valeurs, un mode de vie, des habitudes et des stratégies qui sont associées à la vie à la rue. Ne pas perdre de vue que les personnes peuvent continuer d’en être porteuses encore longtemps après être emménagées en logement.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Aider un homme d’origine inuite à renouer avec lui-même
« Les gens accordent peu de valeur à leurs savoirs, à moins de savoir qu’on leur en donne. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Apprivoiser pas à pas la toxicomanie et les troubles mentaux
« Si j’avais été directive, il n’y aurait pas eu de relation entre nous. »
Projet Chez soi à Montréal

Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

Un pied à la rue, un pied en logement: saisir dans l’intervention ce que signifie « avoir un toit » pour des participants
« Sa vie à la rue est structurée. Alors que le logement représente pour lui beaucoup de contraintes, des responsabilités, une perte d’identité et la peur du rejet. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Accompagner le choc des « quatre murs »

Dans l’accompagnement, il faut cheminer entre espoir et réalisme : accompagner à la fois l’enchantement d’avoir un toit et le désenchantement des difficultés qui y sont associées.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

Trouver un équilibre

  • Préparer simultanément la sortie de la rue et l’entrée en logement, en favorisant notamment l’établissement d’une nouvelle routine en logement, et en s’appuyant sur des acquis développés antérieurement, dont pendant la vie à la rue.
  • Trouver un équilibre entre les diverses démarches de l’installation en logement (qui peuvent être harassantes pour les personnes) et le projet de vie de la personne.
  • Il y a une « socialisation aux réalités du logement » à faire et une sensibilisation aux contraintes liées à la vie de locataire, dont le loyer et les factures à payer, la cohabitation avec les voisins.
  • Continuer à être porteurE d’espoir lorsque se termine la « lune de miel » des premières semaines ou premiers mois en logement. Il est utile de miser sur les raisons qui ont motivé la personne à sortir de la rue et de les lui rappeler pour traverser les périodes plus difficiles.
  • Garder en tête qu’il est prévisible que les comportements et les symptômes de la maladie mentale qui ont mené la personne à la rue soient encore présents en logement, au moins pendant un moment.
  • La solution n’est pas de déménager chaque fois qu’il y a un problème. Ni de reloger à tout prix. Parfois, ce sont les comportements d’une personne qui font en sorte qu’elle a de la difficulté à vivre en logement : lui permettre de le voir et l’accompagner dans l’apprentissage de nouvelles habiletés relationnelles.

Être concret

  • Prendre l’habitude de s’informer : que prévoyez-vous faire aujourd’hui? Que souhaitez-vous faire lors de la prochaine rencontre? Parce qu’entre deux visites à domicile de l’intervenantE, il y a parfois beaucoup de solitude.
  • Comme équipe clinique, il peut être utile de détailler une stratégie d’emménagement étape par étape pour ne rien échapper lors de l’entrée en logement et éviter que les personnes vivent des ennuis ultérieurement (arrimage à diverses ressources, transfert des factures au nom du locataire, plan du quartier, fiducie, etc.)
  • Explorer avec les personnes les façons de minimiser les conséquences néfastes liées à certains comportements (consommation, prostitution, jeu, amener « la rue » dans le logement, comportements agressifs,) qui les mettent à risque de perdre leur logement.
  • Sensibiliser la personne au fait que l’appartement est son milieu de vie, qu’elle a le droit d’en faire un espace personnel, distinct de la rue. En amont, la sensibiliser aux conséquences d’héberger des gens chez elle, car les lois rendent difficile l’évincement d’un colocataire devenu indésirable.

Faire face à l’isolement

  • Pour que le logement soit un levier vers le changement et s’inscrive dans un projet de vie, il y a des habiletés à acquérir, mais il y a aussi le développement d’une appartenance au logement et au quartier qu’il faut accompagner.
  • Permettre aux personnes de se raccrocher à un réseau social positif constitue un important facteur de protection face à l’isolement et aux colocataires indésirables.
  • L’arrimage avec les ressources du milieu peu permettre à la personne de développer un réseau positif et de développer une routine de vie structurante.
  • Cela dit, distinguer entre l’inconfort de l’intervenantE face à l’isolement d’une personne et le besoin de cette personne d’aller vers les autres et de sortir de l’isolement.

Il ne faut pas toujours s’empresser à sortir la personne en situation d’itinérance de la rue.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Pour plusieurs personnes, la rue est devenue un mode de vie. Paradoxalement, la personne a développé une certaine stabilité dans ce mode de vie et le quitter nécessite une préparation.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Stabilisation d’un jeune par le logement supervisé
« Contrairement aux propriétaires de logements privés qui tolèrent mal les écarts de conduite et les retards dans le paiement du loyer, l’équipe se montre plus conciliante envers ses locataires. »
Équipe itinérance, CSSS-IUGS de Sherbrooke

Quand l’appartement rime avec symptômes de la maladie mentale 
« Il faut que je respecte son rythme, tout en l’aidant à trouver des moyens.
Les longs délais ne fonctionnent pas. Les non-délais non plus. Il faut savoir doser. »

Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Accompagner la sortie de la rue d’un homme psychotique dont on ne connaît ni l’identité, ni l’histoire
« Il est passé de la vie sous un arbre à la vie en logement. C’est presque un miracle! Parfois, nous oublions de respecter le rythme de la personne, tout à notre élan d’intervenant, mais avec Michel, force est de constater que nous avons fait énormément seulement en l’écoutant. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

« Suivre » une dame qui refuse de bouger. Accompagner une personne qui souffre d’un trouble sévère de personnalité
« Elle nous teste et ça prend des nerfs solides! »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Réveiller le goût de la vie en logement

Un des rôles de l’intervenantE est de contribuer à la mise en place de conditions qui donnent aux personnes l’opportunité d’expérimenter suffisamment longtemps la vie sous un toit et de « goûter au plaisir d’être en logement ».

  • Il s’agit d’offrir l’accès à une expérience qui pourrait, à terme, être significative. À travers les expérimentations de logement et de relogement, les intervenantEs doivent continuer à croire au potentiel des personnes, malgré les difficultés et les échecs.
  • L’expérience de l’appartement offre l’occasion de sortir de la survie, d’avoir un temps de répit et, peut-être, de voir sa vie à la rue sous un nouvel angle. Elle peut notamment permettre de renouer avec une fatigue, des besoins, des inaptitudes qui rendent la vie à la rue moins attrayante.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Quand l’appartement rime avec symptômes de la maladie mentale 
« Il faut que je respecte son rythme, tout en l’aidant à trouver des moyens.
Les longs délais ne fonctionnent pas. Les non-délais non plus. Il faut savoir doser. »

Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Un pied à la rue, un pied en logement: saisir dans l’intervention ce que signifie « avoir un toit » pour des participants
« Sa vie à la rue est structurée. Alors que le logement représente pour lui beaucoup de contraintes, des responsabilités, une perte d’identité et la peur du rejet. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

De la rue au CHSLD : franchir les barrières de l’itinérance
« Viens un moment où il faut que tu trouves quelqu’un qui croit en toi comme intervenant. J’avais besoin que quelqu’un d’autre fasse du poids. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Tenir compte de tous les acteurs autour du logement

Il faut soutenir l’intégration en logement en lien avec les acteurs qui y gravitent. S’il faut parfois faire de la défense de droits pour protéger des individus vulnérables, le plus souvent le travail s’inscrit dans une défense des intérêts de la personne : c’est-à-dire un travail de médiation pour favoriser des échanges, outiller la personne dans ses relations avec autrui et favoriser un environnement favorable autour d’elle.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Le voisinage, les propriétaires, les concierges, les colocataires ou les squatteurs peuvent occasionner des difficultés, mais ce sont également des balises vers une socialisation au logement et des occasions d’accompagner des apprentissages. 
  • Reconnaître les propriétaires et les concierges comme des acteurs incontournables dans l’intervention. Dans un grand nombre de situations, il sera bénéfique de s’inscrire dans un travail de médiation qui tient compte du portrait d’ensemble d’une situation et des divers acteurs autour de la personne, afin de contribuer à établir un environnement favorable autour de la personne.
  • Travailler avec les propriétaires, les concierges et les voisins permet notamment de faire du « modeling », c’est-à-dire de leur offrir l’occasion d’apprendre, au contact des intervenantEs, comment entrer en relation avec des personnes ayant des troubles de santé mentale, un parcours d’itinérance ou un problème de toxicomanie.
  • Travailler dans le contexte du logement exige d’être bien informé comme intervenantE à propos des droits et obligations des locataires et des propriétaires/concierges.
  • Informer la personne sur ses responsabilités comme locataire. Aller vers une normalisation des rapports entre le propriétaire, le concierge et le locataire, tels que définie par les règles de la Régie du logement. Lorsque l’état de la personne est suffisamment stable, la soutenir afin qu’elle effectue ses propres démarches auprès du propriétaire, du concierge, des voisins.
  • Étant donné l’instabilité de certaines personnes, il arrive qu’il faille « faire pour » la personne pendant un moment, en agissant comme négociateur pour éviter les tensions, les incompréhensions. La négociation avec les acteurs autour du logement et l’intervention auprès du locataire visent alors à mettre en place un filet de sécurité afin qu’il ne perde pas son logement.
  • Cela dit, ne pas perdre de vue qu’il est stigmatisant d’être vu avec unE intervenantE. Il y a un équilibre à garder afin de respecter l’intimité des personnes et leur droit à la confidentialité.

Les intervenantEs en itinérance ont un rôle d’accompagnement du milieu pour le développement de projets en lien avec le logement

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Les intervenantEs sociaux en itinérance détiennent une expertise pour soutenir les organismes du milieu désirant développer des projets de logement. Leur rôle peut s’avérer significatif sur ce plan.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Médiations entre locataire et propriétaire : permettre aux cris de porter, sans tout briser
« La ligne est fine quand on intervient auprès d’une personne qui est autant dans la colère. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

Faire des pas là où c’est possible : traumatisme crânien, agressivité et perte d’autonomie
« J’ai fait beaucoup de travail de médiation, beaucoup d’interventions auprès de M. Beaulieu, mais je ne pouvais pas toujours répondre aux urgences.»
Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

Travailler avec les propriétaires et les gestionnaires pour l’accessibilité au logement
« Le besoin existe aussi chez les personnes vulnérables qui vivent dans le réseau de logements privés. »
Équipe itinérance, CSSS de Gatineau

Logement de transition avec suivi intensif : de nouveaux partenaires pour innover
« Ces logements de type studio sont mis à la disposition par l’OMH, mais la responsabilité de percevoir les loyers et de faire le suivi de la clientèle est assumée par les intervenants de l’Équipe et de l’organisme communautaire »
Équipe itinérance, CSSS-IUGS de Sherbrooke

Adopter une approche d’intervention à la fois ouverte et proactive face à la toxicomanie

La dépendance doit être abordée à la fois avec sérieux, souplesse et ouverture. Lorsque la personne n’est pas prête à cesser de consommer, et une fois réalisée l’évaluation des risques, il faut continuer de l’accueillir, sans tabous ni jugements, en faisant de l’éducation là où c’est possible.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Ne pas paniquer et apprendre à vivre avec la réalité de la consommation en tant qu’intervenantE. On n’attend pas que les problèmes de dépendance soient réglés avant de travailler avec la personne. Il faut accepter de faire de l’intervention malgré la consommation. Il y a toujours quelque chose qui peut être fait, ne serait-ce que d’accueillir la personne, sans s’inscrire dans une approche punitive.
  • Il est souvent difficile de faire la part des choses entre symptômes de toxicomanie, de santé mentale et troubles relationnels: il faut travailler sur les divers enjeux à la fois.
  • Il y a une expertise à acquérir à propos des dangers liés à la consommation. Il faut être forméEs à propos des symptômes et des interactions entre les drogues et les médicaments, les effets des drogues sur la santé mentale. Il y a beaucoup d’évaluation des risques à faire : à chaque rencontre, on investigue. Avec le temps, on apprend à connaître les personnes à travers leur toxicomanie, à évaluer si la situation est stable ou s’il y a une augmentation des risques.
  • Créer un espace où la personne peut se confier sans se sentir jugée, sans être dans la recherche de solution. Parfois, elle a surtout besoin de pouvoir parler ouvertement de ce qu’elle vit : la honte, l’impuissance, la gêne, la détresse.
  • Envisager la dépendance comme une facette parmi d’autres dans la vie de la personne peut lui permettre de sortir de la honte, de ne pas se réduire au statut « d’alcoolique chronique » ou de « toxicomane ». Valoriser les aptitudes, les qualités, les bons coups.
  • Si on n’exige pas que la personne soit à jeun pour travailler avec elle, on aménage cependant un espace de respect mutuel où la personne ne consomme pas devant l’intervenantE.
  • Il faut maîtriser l’approche de la réduction des méfaits lorsque la personne ne désire pas arrêter de consommer. Il s’agit de reconnaître que la personne consomme, et par conséquent de l’éduquer à limiter les risques liés à la consommation, d’identifier avec elle comment consommer de la façon la plus sécuritaire possible.
  • Dans le travail autour de la dépendance, l’intervenantE vise notamment à explorer avec la personne quelle est la fonction de la consommation dans sa vie.
  • La toxicomanie peut parfois cacher une inaptitude à faire des choix éclairés. Dans ces situations, il faut être proactif pour protéger la personne d’elle-même.

Dépendance, ambivalence et réduction des méfaits : interventions auprès de quatre individus
« Mon travail est de susciter l’ambivalence. » Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

S’outiller pour évaluer les risques (sans paniquer)

Les intervenantEs ont une responsabilité professionnelle à l’égard des personnes, du public en général et d’eux-mêmes. L’évaluation du risque et la protection de la personne passent par un temps d’observation stratégique, ainsi que par le développement de collaborations. Cela dit, l’évaluation de la dangerosité doit s’inscrire dans une vision à court, moyen et long termes, où la personne n’est pas réduite à la situation d’urgence.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

Des balises

  • Les intervenantEs doivent être forméEs, outilléEs et supportéEs en matière d’évaluation de la dangerosité. Les critères pour évaluer les risques doivent s’établir en équipe, sur la base d’un mandat professionnel clairement établi, et se baser sur un protocole de sécurité afin d’objectiver les situations, de prendre un recul à l’égard des sensibilités individuelles et de réduire le stress du cas par cas.
  • En apprenant à connaître une personne, les intervenantEs affinent leur compréhension d’une situation et doivent distinguer entre:
    • une situation problématique récurrente ou une crise
    • un symptôme de maladie mentale, un trouble de comportement ou un épisode de consommation
    • des comportements dérangeants ou dangereux
  • Il est important que la personne collabore à l’évaluation de sa santé mentale. L’amener à y participer autant que possible et si elle ne collabore pas, le lui faire remarquer.
  • Certaines personnes sont mauvaises juges de leurs capacités ou des dangers encourus. L’évaluation de la situation ne doit pas se fonder uniquement sur ce que la personne souhaite dévoiler, ce sur quoi elle souhaite travailler ou sur l’appréciation qu’elle a de sa situation.

Du sang froid

  • Accompagner les personnes vers leur rétablissement, tel qu’elles le définissent, demande une certaine tolérance à l’exercice répété de l’évaluation des risques. Il est possible qu’à certaines époques de la vie des personnes il faille refaire cette évaluation régulièrement.
  • Un certain temps peut être nécessaire à l’intervenantE pour évaluer les capacités d’une personne et sortir du sentiment d’urgence face aux réalités vécues par cette dernière.
  • L’intervenantE a pour mandat d’évaluer l’état mental d’une personne et d’estimer la dangerosité des comportements qu’elle adopte et non pas de gérer les risques à la place de la personne.  Ça demande du sang froid en tant qu’intervenantE pour gérer ses propres émotions et une bonne connaissance de soi.

Du temps et des collaborations

  • Prendre le temps d’observer la personne permet de recueillir de l’information sur l’évolution de la situation. L’intervenantE doit notamment être en mesure d’évaluer si le niveau de dangerosité est supérieur à ce que la personne vit au quotidien.
  • Les collaborations permettent à l’intervenantE de compter sur des alliés qui jouent un rôle de vigie auprès de la personne vulnérable, en ayant un contact régulier avec les personnes desservies. Ils sont donc en mesure de signaler aux intervenantEs des situations de plus grande détérioration qui nécessitent une intervention immédiate
  • Les informations recueillies lors de l’observation stratégique peuvent être très utiles lorsqu’une requête pour évaluation psychiatrique est nécessaire.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Dérangeant ou dangereux?
« Souvent, on appuie sur le bouton panique dès que les personnes haussent le ton. Une fois la crise passée, nous reprenons nos rôles respectifs. Lui redevient l’acteur de sa propre vie. À nouveau, nous allons le laisser gérer sa folie le plus possible. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi àintensité variable (SIV), Diogène

Faire alliance avec un individu aux prises avec un délire de persécution
 « L’évaluation des risques est plus confortable quand on fait le suivi auprès d’une personnequi a une adresse et avec qui il y a des contacts réguliers. » Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi àintensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

La venue d’un nouveau-né :offrir des moyens et suivre le défilé
« Tous les intervenants ont probablement souhaité qu’ils aient la garde de leur enfant.L’élastique a été étiré au maximum, y compris par la DPJ. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suiviintensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Accompagner sans succomber à l’urgence. Quand l’intervention consiste à attendre le moment propice au rétablissement
« Nous ne sommespas face à quelqu’un qui est complètement déconnecté de la réalité. Noussommes devant une femme qui a des difficultés relationnelles, qui manque de tolérance face à la frustration et qui a un problème de toxicomanie. Il faut regarder l’ensemble du tableau. Si nous tombons également dans l’urgence,nous ne pourrons pas l’aider.»
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Faire face à l’impuissance : personne âgée et trouble de personnalité
« Socialement, il est difficile de concevoir qu’une dame aussi âgée et hypothéquée physiquement puisse vivre dans la rue. »
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Soigner et protéger : entre responsabilités professionnelles et volonté individuelle
« J’ai expliqué au personnel de l’urgence qu’il est à haut risque de fugue et demandé s’il est possible qu’il reçoive rapidement les services.»
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Co-développer des stratégies de réduction des méfaits avec les personnes

Lorsqu’il est difficile d’intervenir de façon à modifier une situation à risque, des interventions visant à en atténuer les conséquences néfastes sont particulièrement appropriées.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Malgré la vulnérabilité de certains individus, il est possible de travailler avec eux pour réduire les situations où ils se mettent en situation de danger.
  • Il ne s’agit pas nécessairement d’empêcher l’individu d’adopter certains comportements à risque (tels que la consommation ou la prostitution), mais plutôt de leur apprendre à agir de façon à en minimiser les conséquences néfastes (overdose, agressions, etc.).

Les effets négatifs que les intervenantEs souhaitent prévenir sont non seulement liés à la santé physique, mais sont également d’ordre psychosocial : viser une stabilité en logement, limiter la judiciarisation, entretenir de bons liens avec l’entourage, développer une meilleure estime de soi, entre autres.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Le travail vise notamment à limiter chez la personne des comportements qui mènent à son exclusion en divers lieux : enjeux de cohabitation dans l’espace public, conflits avec les voisins ou le propriétaire, amener « la rue » dans le logement, etc.
  • Il s’agit de nommer les risques, d’informer la personne sur ses droits, ses obligations, sur les conséquences possibles de ses choix et de l’outiller afin qu’elle ait d’autres options que les comportements destructeurs. Explorer avec la personne pour qu’elle trouve ses propres solutions.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Trouble délirant et vie à la rue : interventions de médiation pour limiter la judiciarisation
« À la sortie de prison, c’est souvent un retour à la rue. Et le cycle recommence. L’accompagnement des personnes dans leurs démarches juridiques et le travail de médiation auprès des policiers fait partie de la réhabilitation sociale. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Dépendance, ambivalence et réduction des méfaits : interventions auprès de quatre individus
« Mon travail est de susciter l’ambivalence. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

De la rue au CHSLD : franchir les barrières de l’itinérance
« Viens un moment où il faut que tu trouves quelqu’un qui croit en toi comme intervenant. J’avais besoin que quelqu’un d’autre fasse du poids. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Raccrocher à la vie des personnes qui souffrent de toxicomanie
« Il faut fixer des objectifs avec la personne et négocier des arrêts d’agir pour les comportements destructeurs. Nous avons convenu en équipe de faire un plan de crise avec Jason, que nous avons en fait appelé un plande mort.»
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Intervenir face à une double vulnérabilité :itinérance et déficience intellectuelle
« J’ai servi d’intermédiaire entre Alice et son oncle, afin d’engager ce dernier à la souvenir dans sa vie en appartement. »
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Faire des pas de plus après la crise

Les crises ne sont pas des échecs. Les saisir comme une occasion pour la personne de faire des apprentissages et de nouveaux choix. Ce peut être l’occasion de repartir sur de nouvelles bases ou de consolider la relation d’aide.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Faire équipe avec la personne, sans par ailleurs vouloir à tout prix lui éviter de vivre des échecs.
  • Il arrive que les « bas » soient nécessaires; ils permettent un processus d’intériorisation, il y a quelque chose qui s’organise là, des décisions qui se prennent. Il faut savoir donner un autre sens à ces moments de crise et garder un certain recul.
  • Lorsque la personne perd son logement, ne pas y voir invariablement une situation d’urgence. Reconnaître à la personne l’expertise de sa vie et ne pas perdre de vue qu’elle a des capacités, des forces, des connaissances. Les personnes desservies ont déjà survécu à la rue et savaient s’y débrouiller.
  • Si on craint souvent que la relation d’intervention soit mise à mal, se rappeler que la crise peut être l’occasion de montrer à la personne que l’intervenantE ou l’équipe est digne de confiance, à la fois pour la contenir et pour demeurer auprès d’elle malgré ses difficultés.
  • Faire un retour sur la crise lorsque retombe la poussière, afin de faire des pas de plus dans l’intervention avec la personne. Il est souvent utile de réviser le plan de prévention de la crise, de le raffiner et de l’actualiser avec la personne. Identifier les indices qui précèdent la crise et faire confiance aux personnes pour trouver leurs propres solutions.
  • Maintenir le cap sur le rêve des personnes malgré tout permet à terme d’aller ailleurs, de se donner un horizon pour sortir de la crise.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Dérangeant ou dangereux?
« Souvent, on appuie sur le bouton panique dès que les personnes haussent le ton. »
« Une fois la crise passée, nous reprenons nos rôles respectifs. Lui redevient l’acteur de sa propre vie. À nouveau, nous allons le laisser gérer sa folie le plus possible. »

Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

« Suivre » une dame qui refuse de bouger. Accompagner une personne qui souffre d’un trouble sévère de personnalité
« Elle nous teste et ça prend des nerfs solides! »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène