À propos des expulsions de logement
Au Québec, depuis les quarante dernières années au moins, le nombre de demandes judiciaires d’expulsions pour non paiement de loyer est globalement constant : entre 40 000 et 50 000 par an. Dans la quasi-totalité des cas, elles sont accordées par les tribunaux. L’ampleur et le caractère structurel de ce phénomène social, malgré les luttes sociales et les politiques publiques dans ce domaine, oblige à prendre sérieusement en considération l’hypothèse selon laquelle la « crise » du logement serait une institution nécessaire au mode de production capitaliste. En d’autres termes, la Question du logement ne pourrait être résolue sans « abolir l’exploitation et l’oppression de la classe ouvrière par la classe dominante » (Engels 1872). Des travaux plus récents avancent cependant l’hypothèse que les expulsions de logement participeraient, en elles-mêmes, à organiser et « propager » (Desmond, 2012), « l’exploitation de la pauvreté urbaine » (Duvoux, 2013), et tout particulièrement celle des femmes et des personnes racisées; deux catégories sociales précisément délaissées par l’analyse marxiste orthodoxe. Ces travaux invitent alors à repenser la place du logement dans l’analyse des contradictions sociales et des stratégies de construction de solidarités.
Question de « petits bourgeois » pour les uns, question au cœur des mécanismes de production et de reproduction des inégalités pour les autres, c’est cette tension que cette communication souhaite questionner à partir de travaux et de données disponibles sur les causes et les conséquences des expulsions.
Cette conférence sera présentée par Martin Gallié, professeur au Département des sciences juridiques de l’UQAM.