Savoir prendre la direction clinique d’un suivi

Devant des situations très complexes combinant chronicité de l’itinérance, problème de santé mentale, problème de santé physique et toxicomanie, où les personnes ne trouvent pas de réponse à leurs besoins dans un système de soins compartimenté, il faut qu’unE intervenantE prenne la responsabilité du dossier et mobilise le réseau des services autour de la personne.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Lorsqu’une personne ne trouve pas réponse à ses besoins, il faut qu’unE intervenantE se désigne pour trouver un chemin, faire de « l’intervention de brousse » afin d’obtenir une évaluation de l’état de santé de la personne et de l’arrimer aux services.
  • Le travail du « leader clinique » consiste à interpeller divers acteurs autour de la personne et à faire en sorte qu’ils tournent leur regard VERS la personne et identifient une réponse adaptée (au-delà du constat qu’elle ne répond à aucune catégorie de services).
  • Il faut rassembler suffisamment de faits et d’informations sur le terrain afin de monter un dossier qui permettra d’interpeller les différents acteurs impliqués dans la rupture de soins et de services.
  • Mener un dossier jusqu’à sa résolution permet ensuite de débroussailler un chemin pour les prochaines personnes qui feront face à des enjeux similaires, en établissant une crédibilité comme équipe auprès des divers acteurs qui ont été interpellés et qui voient les résultats positifs de leur collaboration.

 Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Intervention auprès d’une femme Inuite : du soin au travail de traduction
« Son état de santé inquiète les intervenants et c’est pourquoi ils me demandent d’aller la rencontrer sur la rue. »
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Le défi de reconstituer l’histoire des personnes pour intervenir dans une situation de refus de soins
« Suite à un accident, après quarante ans de vie stable, une rupture dans les services a fait en sorte qu’il s’est retrouvé dans l’itinérance. »
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Advocacy à travers le soin
« La particularité de l’Équipe itinérance est de ne pas abandonner devant les situations apparemment sans issue. L’idée des empreintes digitales était peut-être audacieuse, mais elle nous a permis de dénouer l’impasse. » Équipe Itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

De la rue au CHSLD : franchir les barrières de l’itinérance
« Viens un moment où il faut que tu trouves quelqu’un qui croit en toi comme intervenant. J’avais besoin que quelqu’un d’autre fasse du poids. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Face à l’agressivité : sortir des cadres établis
« Si un jour nous pouvons prendre un café avec lui, que nous le terminons et que nous nous saluons en quittant les lieux, nous serons à des années-lumière de là où nous étions au départ du suivi. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

Collaborer avec les policiers

Les intervenantEs doivent favoriser un plus grand dialogue avec les policiers en portant une attention particulière aux logiques d’action de chacun (cadre législatif, vision, mandat).

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Il est possible de favoriser un rapprochement avec les policiers en créant des espaces d’échanges sur les logiques d’action respectives. Une meilleure connaissance mutuelle permet de mieux saisir les défis auxquels l’autre acteur est confronté. Cela pourrait contribuer à réduire les tensions sur le terrain entre les policiers et les intervenantEs sociaux et de la santé.
  • La collaboration avec les policiers nécessite une réinterprétation de leurs demandes. Pour ce faire, les intervenantEs en itinérance doivent savoir négocier le temps, les attentes, les objectifs de l’intervention avant d’agir à la demande des policiers
  • Une planification négociée de l’intervention et des rôles permet de réduire la confusion et les frustrations dans le feu de l’action.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Trouble délirant et vie à la rue : interventions de médiation pour limiter la judiciarisation
« À la sortie de prison, c’est souvent un retour à la rue. Et le cycle recommence. L’accompagnement des personnes dans leurs démarches juridiques et le travail de médiation auprès des policiers fait partie de la réhabilitation sociale. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Collaborations entre policiers et intervenants: place à l’adaptation 
« La philosophie policière d’intervention n’est pas semblable à la nôtre tout simplement parce que les situations pour lesquelles ils sont appelés sont caractérisées par l’urgence. Ce n’est pas leur mandat de faire des suivis une fois que le comportement dérangeant n’est plus présent. »
Équipe Itinérance
CSSS de Laval

À l’interface des acteurs en itinérance : repenser le « faire ensemble »
« Notre rôle consiste à rétablir les faits pour faire contrepoids à la désinformation souvent véhiculée au sujet des personnes itinérantes. »
Équipe Itinérance
CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Reconnaître les « petits pas » et mettre en valeur les succès

Une des choses qui frappe dans l’intervention en itinérance, c’est la complexité des situations auxquelles font face les personnes et la nécessité d’intervenir au cas par cas, en faisant preuve de flexibilité et de créativité. S’il n’y a pas de chemin déjà tracé pour réaliser de bons suivis, et considérant que l’intervention s’inscrit dans le moyen et long terme, il est par ailleurs important de savoir reconnaître lorsqu’on est sur la bonne voie dans l’intervention.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • On s’inscrit dans un processus où le « résultat » à atteindre importe moins que le fait de faire des pas AVEC la personne vers ce qu’elle considère comme un mieux-être.
  • un rétablissement réussi ou achevé n’existe pas : une personne EST en processus de rétablissement. Il y aura des hauts et des bas, mais si la personne désire se mettre en action, qu’elle ose des choses ce sont déjà de grands pas.
  • Parfois, le fait d’être en relation avec une personne, c’est déjà un résultat.
  • Si la personne se sent mieux, qu’elle soit ou non en logement. Si elle n’est plus en survie, qu’elle commence à prendre soin d’elle-même.
  • Permettre de retrouver l’accès aux joies simples de la vie constitue un objectif d’intervention important lorsque la personne n’était initialement plus en lien avec elle-même. Ce peut être un long processus. Il faut du temps, un lien, un sentiment de sécurité.
  • De bonnes interventions s’évaluent à la fois à la lumière des objectifs du « client » et de celui du « réseau ». Elles s’établissent notamment en fonction des points de repère identifiés par la personne elle-même dans le cadre du plan d’intervention. Estime-t-elle être en partie sur le chemin qu’elle souhaitait emprunter?
  • Comme intervenantE, une bonne intervention aura permis d’offrir aux personnes l’opportunité d’apprendre, d’expérimenter de nouvelles avenues, de faire de nouvelles expériences, d’accéder à de nouveaux services.
  • Cela dit, en temps opportun, arrimer la personne avec le réseau des services sociaux et de santé et permettre sa stabilité résidentielle sont deux objectifs importants de l’intervention auprès des personnes en situation d’itinérance.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Quand l’appartement rime avec symptômes de la maladie mentale 
« Il faut que je respecte son rythme, tout en l’aidant à trouver des moyens.
Les longs délais ne fonctionnent pas. Les non-délais non plus. Il faut savoir doser. » Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Faire des pas là où c’est possible : traumatisme crânien, agressivité et perte d’autonomie
« Dans l’accompagnement, j’avance où c’est possible avec lui, sans savoir où il sera en mesure de faire des pas. Il n’est pas fait pour vivre en groupe, mais il n’a pas l’autonomie de vivre seul. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

Intervenir face à une double vulnérabilité : itinérance et déficience intellectuelle
« Même si, dans ma vision d’intervenant, je voyais bien d’autres priorités en termes de besoin, je devais tenir compte de sa priorité à elle pour ensuite lui permettre d’avancer vers une autre étape. » Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Une réflexion sur l’action : impact de la participation à une recherche
« Parfois, l’intervention se limite seulement à essayer de voir comment nous pouvons améliorer un aspect circonscrit de la vie d’une personne pour qu’elle se sente mieux. » Équipe Itinérance, CSSS de Laval

Baliser les échanges d’informations avec les partenaires et être proactifs dans la protection des droits

Si l’échange d’informations avec d’autres professionnelLEs et l’accès aux dossiers sont parfois nécessaires pour mieux comprendre une personne et intervenir efficacement, l’intervenantE a par ailleurs la responsabilité de « garder un esprit frais » dans l’évaluation de la situation de la personne et de s’assurer que cette dernière demeure un acteur central du suivi.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Les concertations entre professionnels qui oeuvrent auprès d’une même personne peuvent permettre d’aller plus loin dans l’intervention, tenter de nouvelles avenues et éviter le clivage.
  • Cela dit, tout n’est pas à connaître à propos de la personne desservie. Le choix des sources d’informations, ainsi que leur nature dépend de plusieurs facteurs : le mandat d’unE professionnelLE, l’état de santé d’une personne, les situations d’urgence, ainsi que les concertations utiles à établir (policiers, curateur, personnel hospitalier, ressources communautaires, centres d’hébergement, prisons).
  • Sont considérées comme essentielles les informations relatives à la condition médicale de la personne qui peuvent avoir un impact déterminant sur les interventions et les soins à apporter (maladies nécessitant des traitements spéciaux, médicaments prescrits).
  • Il est à privilégier d’inviter la personne aux rencontres qui se tiennent entre les professionnels à son sujet (tant pour les rencontres entre intervenantEs œuvrant dans différentes ressources, que pour les rencontres réunissant plusieurs professionnelLEs d’une même équipe de suivi intensif), afin de s’assurer qu’elle demeure au cœur du travail d’intervention et des solutions identifiées.
  • Les contacts interpersonnels sont souvent déterminants dans les collaborations avec d’autres services et ressources. Il est notamment utile que les contacts établis avec le temps soient communiqués aux intervenantEs qui prennent la relève : il s’agit de faire une référence « de quelqu’un à quelqu’un », plutôt que « de quelqu’un vers quelque part ».

Les intervenantEs doivent garder en tête qu’ils/elles s’adressent à des personnes qui ont souvent été bafouées dans leurs droits. Il faut leur donner l’occasion de s’exprimer, de s’opposer si elles ne sont pas d’accord.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Il importe que les consentements de communiquer soient précis, restrictifs, libres et éclairés.
  • Des autorisations de communiquer sont demandées aux personnes en leur expliquant qu’elles peuvent être annulées en tout temps et qu’il est possible d’exclure les sujets sur lesquels elle ne veut pas que d’autres professionnels soient informés. Il faut s’assurer que la personne comprend ce qu’elle signe.
  • Les intervenantEs doivent tenir les personnes au courant des informations qui s’échangent au fur et à mesure du suivi.
  • La création du lien de confiance est le moyen à privilégier en vue d’obtenir le consentement pour l’accès au dossier de la personne en situation d’itinérance. Cette création de lien de confiance nécessite cependant du temps et de la persévérance.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

La venue d’un nouveau-né: offrir des moyens et suivre le défilé 
 « Il faut parfois accepter de n’être qu’un court relais dans le long parcours d’une personne vers son rétablissement. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Raccrocher à la vie des personnes qui souffrent de toxicomanie
« Nous avons été plus insistants, nous avons persévéré pour établir cet espace de discussion autour de la consommation. Ce n’est pas une question de le faire ou non, mais de savoir comment bien le faire. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Le défi de reconstituer l’histoire des personnes pour intervenir dans une situation de refus de soins
« Suite à un accident, après quarante ans de vie stable, une rupture dans les services a fait en sorte qu’il s’est retrouvé dans l’itinérance. »
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Advocacy à travers le soin
« La particularité de l’Équipe itinérance est de ne pas abandonner devant les situations apparemment sans issue. L’idée des empreintes digitales était peut-être audacieuse, mais elle nous a permis de dénouer l’impasse. » Équipe Itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Soigner et protéger : entre responsabilités professionnelles et volonté individuelle
« J’ai expliqué au personnel de l’urgence qu’il est à haut risque de fugue et demandé s’il est possible qu’il reçoive rapidement les services.»
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Œuvrer à la reconnaissance des spécificités de l’intervention en itinérance

Les équipes spécialisées en itinérance doivent mieux faire connaître et reconnaître leur travail aux autres secteurs à l’interne du CSSS, en sensibilisant et en conseillant leurs collègues sur la réalité des personnes à la rue et sur la pratique auprès de cette population. Pour favoriser cela, elles doivent développer des stratégies interdisciplinaires et intersectorielles, ainsi que des stratégies d’information.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Une présence plus soutenue dans les instances de concertation de l’établissement permet aux équipes d’exposer la réalité d’intervention à laquelle elles sont confrontées.
  • Les équipes en itinérance doivent favoriser la sensibilisation et l’acquisition de nouvelles connaissances chez les acteurs susceptibles d’être en interaction avec les personnes en situation d’itinérance (avocatEs, policierEs, agentE d’aide sociale, intervenantEs du CSSS, etc.).
  • Diverses stratégies visant à informer les intervenantEs d’autres secteurs sont envisageables, telles que midi-conférence, formations spécifiques, discussion dans l’informel, etc.
  • Les gestionnaires ont une influence non négligeable dans la reconnaissance des approches et pratiques des équipes pour l’offre de services aux populations vulnérables.

Étant donné que l’intervenantE accompagne les personnes dans les différents domaines de leur vie, que ces dernières font face à des situations complexes, l’intervenantE doit posséder de nombreuses connaissances sur la réalité de l’itinérance et de la santé mentale

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • L’intervenantE doit cumuler un grand nombre de connaissances :
    • les politiques sociales (cartes d’identité et accès à un revenu d’aide sociale);
    • les services d’aide et d’hébergement destinés aux personnes en situation d’itinérance;
    • les ressources communautaires
    • les différentes lois et leviers légaux (P38, requête d’évaluation psychiatrique, garde en établissement, régimes de protection);
    • l’approche motivationnelle et l’approche de la réduction des méfaits, une formation en évaluation de la dangerosité;
    • les symptômes de la maladie mentale;
    • les symptômes et les interactions entre les drogues et les médicaments;
    • les lois de la régie du logement; etc.
  • Il est utile que des gens sur le terrain transmettent leurs expertises et échangent avec d’autres équipes et intervenantEs en itinérance – tant d’un point de vue des méthodes de travail que de l’organisation du travail, car il y a énormément de choses à apprendre.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Avoir des papiers pour exister
« Nous desservons des personnes qui défient toutes les catégories administratives. En tant qu’intervenant, ça demande de connaître le système sur le bout des doigts »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Les défis du mandat d’une équipe itinérance : prévenir les glissements
« En centralisant les services aux personnes itinérantes dans un seul CSSS, nous risquons d’engendrer une ghettoïsation. »
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Affirmer sa place comme Équipe itinérance au sein de l’institution
« Notre mandat est de rendre accessibles aux populations vulnérables tous les services du CSSS dans un effort pour décloisonner les secteurs. »
Équipe Itinérance, CSSS de Gatineau

Redémarrage d’une Table de concertation
 « Les acteurs-terrain ont constaté que nous étions sensibles à leur réalité et que nous sommes confrontés aux mêmes luttes pour la reconnaissance. » Équipe Itinérance, CSSS de Laval

À l’interface des acteurs en itinérance : repenser le « faire ensemble »
« Notre rôle consiste à rétablir les faits pour faire contrepoids à la désinformation souvent véhiculée au sujet des personnes itinérantes. » Équipe Itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Une réflexion sur l’action : impact de la participation à une recherche
« La recherche a eu un impact sur notre détermination à poursuivre avec notre approche d’intervention centrée sur le bien-être. »
Équipe Itinérance, CSSS de Laval

Encourager la créativité nécessaire pour intervenir auprès de populations marginalisées

Les gestionnaires doivent être partie prenante de la mission des équipes spécialisées en itinérance. Offrir des services à des individus auxquels les autres ressources ne répondent pas ou ne répondent plus, demande de la créativité … et les moyens de cette créativité.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Le support, la confiance et la compréhension des gestionnaires sont essentiels pour avoir la possibilité d’emprunter de nouvelles avenues dans l’intervention et de sortir des sentiers battus.
  • Dans un contexte d’intervention de proximité, les intervenantEs se retrouvent souvent devant la nécessité d’étirer la norme professionnelle afin de faciliter leurs interventions.
  • Certaines pratiques atypiques sont essentielles pour faciliter leur travail au quotidien. Par exemple, la tenue de dossier représente un défi particulier pour les intervenantEs appelés à se déplacer fréquemment sur des heures irrégulières dans le cadre de leurs interventions dans le milieu (outreach).

Devant la complexité des situations et l’interrelation des problématiques, il est nécessaire d’intervenir au cas par cas.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Se permettre d’être déstabiliséE comme intervenantE et d’apprendre auprès des personnes. Il faut travailler la compréhension d’une approche d’intervention et de ses nombreuses subtilités dans la relation d’intervention.
  • Les nouvelles approches sont le fruit d’ajustements constants des façons de faire pour répondre à une situation donnée. L’innovation dans l’intervention a diverses sources : l’expérimentation, le partage des expériences et des expertises entre collègues, le savoir des pairEs aidantEs; les moyens proposés par les personnes desservies.
  • Lorsqu’on ne voit plus comment dénouer une situation, il est bon de faire appel à un autre regard : d’autres membres de l’équipe, des intervenantEs de l’extérieur ou des consultantEs.
  • Il est notamment utile de multiplier les occasions d’échanger entre professionnels pour raffiner le jugement clinique.
  • Les outils de travail utilisés dans d’autres milieux d’intervention peuvent être adaptés.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment:

Communiquer dans un univers en mouvement : l’organisation d’une équipe interdisciplinaire
« On n’arrête pas les services, on n’arrête pas les soins, ni la communication. J’ai la chance d’avoir toutes ces personnes autour de moi qui ont leurs propres expertises. On a toujours un coup d’avance. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Garder le cap de l’approche du rétablissement axé sur les forces des personnes
« Travailler en rétablissement, c’est d’abord de se gérer soi-même comme intervenant avant d’avoir la prétention de gérer la vie de l’autre. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Miser sur l’intensité du suivi lors de la sortie de la rue

Un effort d’observation et de présence soutenu est déterminant au cours des premiers mois en logement. Ils permettent d’apprendre à connaître les dynamiques, les forces et les difficultés d’une personne, et de mettre en place des facteurs de protection pour l’accompagner vers une stabilisation résidentielle.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Assurer une présence régulière auprès de la personne pour l’aider à se familiariser à ce nouveau mode de vie, partager les bons moments et lui permettre de vivre rapidement des succès en logement.
  • Faire les démarches AVEC une personne lorsqu’elle les accomplit pour les premières fois est central, et ce, à divers niveaux : la mettre en confiance, apprendre à la connaître dans le contexte de l’appartement, identifier des champs d’intérêt et les sphères d’autonomie, évaluer les besoins d’accompagnement, aider à développer des habiletés.
  • « Faire avec » la personne devrait avoir pour objectif de l’aider à vivre des succès qui renforcent son sentiment d’avoir du pouvoir sur sa vie (cuisiner, aider au ménage, aller à la bibliothèque…).
  • Il faut favoriser les apprentissages, en faisant preuve d’écoute et de créativité pour accompagner sans offenser ni infantiliser. Chaque personne a des besoins différents en matière d’accompagnement.
  • Rapidement, l’intervenantE doit identifier les facteurs pouvant constituer un risque de retour à la rue ainsi que ceux pouvant favoriser l’intégration en logement, et mettre en place les services nécessaires à une stabilisation en logement (aide au ménage, repas cuisinés, soins à domicile, etc.), quitte à les retirer graduellement par la suite.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Faire alliance avec un individu aux prises avec un délire de persécution
« L’évaluation des risques est plus confortable quand on fait le suivi auprès d’une personne qui a une adresse et avec qui il y a des contacts réguliers. » Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

Quand l’appartement rime avec symptômes de la maladie mentale 
« Il faut que je respecte son rythme, tout en l’aidant à trouver des moyens.
Les longs délais ne fonctionnent pas. Les non-délais non plus. Il faut savoir doser. »

Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Accompagner la sortie de la rue d’un homme psychotique dont on ne connaît ni l’identité, ni l’histoire
« Il est passé de la vie sous un arbre à la vie en logement. C’est presque un miracle! Parfois, nous oublions de respecter le rythme de la personne, tout à notre élan d’intervenant, mais avec Michel, force est de constater que nous avons fait énormément seulement en l’écoutant. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Intervenir face à une double vulnérabilité :itinérance et déficience intellectuelle
« J’ai servi d’intermédiaire entre Alice et son oncle, afin d’engager ce dernier à la souvenir dans sa vie en appartement. »
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Stabilisation d’un jeune par le logement supervisé
« Contrairement aux propriétaires de logements privés qui tolèrent mal les écarts de conduite et les retards dans le paiement du loyer, l’équipe se montre plus conciliante envers ses locataires. »
Équipe itinérance, CSSS-IUGS de Sherbrooke

S’intéresser au sens du « chez soi »

Pour accompagner une stabilité résidentielle, l’intervenantE doit s’intéresser au sens que les personnes accordent à leur « chez-soi ».

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Le sens du « chez-soi » varie d’une personne à l’autre. L’intervenantE doit s’intéresser à l’appropriation qu’une personne fait de son logement (un espace sécuritaire, un entrepôt, un lieu de vie, un abri) et à la façon dont elle l’investit.
  • S’intéresser aux liens que la personne établit, ou non, entre son identité et la vie en appartement. Ainsi qu’au sens qu’elle accorde aux responsabilités qui y sont liées.
  • Pour accompagner la personne à s’identifier à la vie en appartement, il faut travailler avec les objectifs qu’elle-même a définis.
  • Vivre en appartement ne doit pas signifier de couper tous les ponts avec la rue. Comme intervenantE, reconnaître que pour certaines personnes, il y a des aspects positifs à l’itinérance (une certaine liberté, peu de responsabilités, une routine, un réseau social). Il y a des valeurs, un mode de vie, des habitudes et des stratégies qui sont associées à la vie à la rue. Ne pas perdre de vue que les personnes peuvent continuer d’en être porteuses encore longtemps après être emménagées en logement.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Aider un homme d’origine inuite à renouer avec lui-même
« Les gens accordent peu de valeur à leurs savoirs, à moins de savoir qu’on leur en donne. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Apprivoiser pas à pas la toxicomanie et les troubles mentaux
« Si j’avais été directive, il n’y aurait pas eu de relation entre nous. »
Projet Chez soi à Montréal

Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

Un pied à la rue, un pied en logement: saisir dans l’intervention ce que signifie « avoir un toit » pour des participants
« Sa vie à la rue est structurée. Alors que le logement représente pour lui beaucoup de contraintes, des responsabilités, une perte d’identité et la peur du rejet. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Accompagner le choc des « quatre murs »

Dans l’accompagnement, il faut cheminer entre espoir et réalisme : accompagner à la fois l’enchantement d’avoir un toit et le désenchantement des difficultés qui y sont associées.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

Trouver un équilibre

  • Préparer simultanément la sortie de la rue et l’entrée en logement, en favorisant notamment l’établissement d’une nouvelle routine en logement, et en s’appuyant sur des acquis développés antérieurement, dont pendant la vie à la rue.
  • Trouver un équilibre entre les diverses démarches de l’installation en logement (qui peuvent être harassantes pour les personnes) et le projet de vie de la personne.
  • Il y a une « socialisation aux réalités du logement » à faire et une sensibilisation aux contraintes liées à la vie de locataire, dont le loyer et les factures à payer, la cohabitation avec les voisins.
  • Continuer à être porteurE d’espoir lorsque se termine la « lune de miel » des premières semaines ou premiers mois en logement. Il est utile de miser sur les raisons qui ont motivé la personne à sortir de la rue et de les lui rappeler pour traverser les périodes plus difficiles.
  • Garder en tête qu’il est prévisible que les comportements et les symptômes de la maladie mentale qui ont mené la personne à la rue soient encore présents en logement, au moins pendant un moment.
  • La solution n’est pas de déménager chaque fois qu’il y a un problème. Ni de reloger à tout prix. Parfois, ce sont les comportements d’une personne qui font en sorte qu’elle a de la difficulté à vivre en logement : lui permettre de le voir et l’accompagner dans l’apprentissage de nouvelles habiletés relationnelles.

Être concret

  • Prendre l’habitude de s’informer : que prévoyez-vous faire aujourd’hui? Que souhaitez-vous faire lors de la prochaine rencontre? Parce qu’entre deux visites à domicile de l’intervenantE, il y a parfois beaucoup de solitude.
  • Comme équipe clinique, il peut être utile de détailler une stratégie d’emménagement étape par étape pour ne rien échapper lors de l’entrée en logement et éviter que les personnes vivent des ennuis ultérieurement (arrimage à diverses ressources, transfert des factures au nom du locataire, plan du quartier, fiducie, etc.)
  • Explorer avec les personnes les façons de minimiser les conséquences néfastes liées à certains comportements (consommation, prostitution, jeu, amener « la rue » dans le logement, comportements agressifs,) qui les mettent à risque de perdre leur logement.
  • Sensibiliser la personne au fait que l’appartement est son milieu de vie, qu’elle a le droit d’en faire un espace personnel, distinct de la rue. En amont, la sensibiliser aux conséquences d’héberger des gens chez elle, car les lois rendent difficile l’évincement d’un colocataire devenu indésirable.

Faire face à l’isolement

  • Pour que le logement soit un levier vers le changement et s’inscrive dans un projet de vie, il y a des habiletés à acquérir, mais il y a aussi le développement d’une appartenance au logement et au quartier qu’il faut accompagner.
  • Permettre aux personnes de se raccrocher à un réseau social positif constitue un important facteur de protection face à l’isolement et aux colocataires indésirables.
  • L’arrimage avec les ressources du milieu peu permettre à la personne de développer un réseau positif et de développer une routine de vie structurante.
  • Cela dit, distinguer entre l’inconfort de l’intervenantE face à l’isolement d’une personne et le besoin de cette personne d’aller vers les autres et de sortir de l’isolement.

Il ne faut pas toujours s’empresser à sortir la personne en situation d’itinérance de la rue.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Pour plusieurs personnes, la rue est devenue un mode de vie. Paradoxalement, la personne a développé une certaine stabilité dans ce mode de vie et le quitter nécessite une préparation.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Stabilisation d’un jeune par le logement supervisé
« Contrairement aux propriétaires de logements privés qui tolèrent mal les écarts de conduite et les retards dans le paiement du loyer, l’équipe se montre plus conciliante envers ses locataires. »
Équipe itinérance, CSSS-IUGS de Sherbrooke

Quand l’appartement rime avec symptômes de la maladie mentale 
« Il faut que je respecte son rythme, tout en l’aidant à trouver des moyens.
Les longs délais ne fonctionnent pas. Les non-délais non plus. Il faut savoir doser. »

Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Accompagner la sortie de la rue d’un homme psychotique dont on ne connaît ni l’identité, ni l’histoire
« Il est passé de la vie sous un arbre à la vie en logement. C’est presque un miracle! Parfois, nous oublions de respecter le rythme de la personne, tout à notre élan d’intervenant, mais avec Michel, force est de constater que nous avons fait énormément seulement en l’écoutant. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

« Suivre » une dame qui refuse de bouger. Accompagner une personne qui souffre d’un trouble sévère de personnalité
« Elle nous teste et ça prend des nerfs solides! »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Réveiller le goût de la vie en logement

Un des rôles de l’intervenantE est de contribuer à la mise en place de conditions qui donnent aux personnes l’opportunité d’expérimenter suffisamment longtemps la vie sous un toit et de « goûter au plaisir d’être en logement ».

  • Il s’agit d’offrir l’accès à une expérience qui pourrait, à terme, être significative. À travers les expérimentations de logement et de relogement, les intervenantEs doivent continuer à croire au potentiel des personnes, malgré les difficultés et les échecs.
  • L’expérience de l’appartement offre l’occasion de sortir de la survie, d’avoir un temps de répit et, peut-être, de voir sa vie à la rue sous un nouvel angle. Elle peut notamment permettre de renouer avec une fatigue, des besoins, des inaptitudes qui rendent la vie à la rue moins attrayante.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Quand l’appartement rime avec symptômes de la maladie mentale 
« Il faut que je respecte son rythme, tout en l’aidant à trouver des moyens.
Les longs délais ne fonctionnent pas. Les non-délais non plus. Il faut savoir doser. »

Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Un pied à la rue, un pied en logement: saisir dans l’intervention ce que signifie « avoir un toit » pour des participants
« Sa vie à la rue est structurée. Alors que le logement représente pour lui beaucoup de contraintes, des responsabilités, une perte d’identité et la peur du rejet. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

De la rue au CHSLD : franchir les barrières de l’itinérance
« Viens un moment où il faut que tu trouves quelqu’un qui croit en toi comme intervenant. J’avais besoin que quelqu’un d’autre fasse du poids. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance