Gauthier Bayle
Chercheur postdoctoral au CREMIS et au département de sociologie de l’université de Montréal
Ma thèse de doctorat (Bayle, 2021) restituait une enquête ethnographique menée dans certaines rues de Paris qui doivent un peu de leur notoriété aux marchandises qui y circulent sous le manteau. Les observations que j’y ai menées portaient sur des ventes aussi diverses que celles de cigarettes, d’objets-souvenirs et d’invendus de supermarchés. Le commerce non-autorisé dont ces derniers font l’objet (dans le 18ème arrondissement en ce qui concerne mes notes de terrain) m’a également fourni la matière d’un article (Bayle, 2023) spécifiquement dédié à l’encadrement légal des excédents alimentaires, ses restrictions d’usage et ses conséquences implicites sur le prix des denrées.
Plus récemment, j’ai également participé à une recherche consacrée aux différents modes d’approvisionnement en cannabis auxquels ont recours les consommateurs français. L’objectif de ce projet sur lequel ont collaboré des médecins, des épidémiologistes et un sociologue (moi-même) est globalement d’en saisir l’évolution actuelle et des tendances particulières au sein de la population. Ses résultats devraient prochainement donner lieu à plusieurs publications.
Plus récemment encore, la recherche sur laquelle je travaille actuellement met, en quelque sorte, l’ethnographie urbaine à contribution d’un phénomène méconnue. Le « trouble de l’accumulation compulsive » et la pathologie voisine nommée «syndrome de Diogène» ont, à ce jour, été étudiés quasi-exclusivement sous l’angle de la psychiatrie et de la psychologie. La littérature qui leur est consacrée est, en ce sens, peu bavarde sur le contexte résidentiel dans lequel vivent les personnes chez qui ils ont été reconnus. L’objectif de cette étude est justement de combler ce manque en s’intéressant à la distribution géographique des cas d’accumulation compulsive. Bénéficiant du soutien du Fonds de Recherche du Québec (FRQ), cette recherche est déployée à l’échelle de la ville de Montréal.
Coordonnées :
En France, le cannabis est principalement consommé sous forme d’herbe ou de résine (94%). Même si le niveau de diffusion du cannabis chez les jeunes est aujourd’hui orienté à la baisse, la proportion d’usagers problématiques augmente. Par ailleurs, alors que l’expérimentation et la consommation occasionnelle de cannabis sont largement diffusées au sein de la population générale, les consommations régulières et problématiques sont plutôt observées chez des personnes dont la situation sociale et le niveau de diplôme sont moins élevés. Un des mécanismes par lesquels la situation sociale pourrait être associée à une consommation plus importante de cannabis, pourrait être une plus importante accessibilité, la vente illégale de cannabis tendant à être concentrée dans des quartiers défavorisés. Par ailleurs, le marché illicite du cannabis est en pleine expansion en France, la mobilisation des forces de l’ordre n’empêchant pas le développement des trafics et les sanctions encourues par les consommateurs étant peu dissuasives. Dans ce contexte, l’objectif principal du projet EFAMAC (Evolution et Facteurs Associés aux différents Modes d’Approvisionnement du Cannabis) est d’étudier l’évolution des modes de vente du cannabis en France, à partir d’un questionnement sur les pratiques d’achat des usagers, et les caractéristiques associées à différentes modalités d’approvisionnement. L’objectif est en effet de déterminer des profils d’approvisionnement, testant le rôle de la situation sociale des personnes et du contexte résidentiel en termes de niveau de vente du cannabis. Pour répondre à ces objectifs, deux approches complémentaires seront mises en œuvre. Dans un premier temps, nous nous appuierons sur les données d’une enquête réalisée par l’OFDT, en population générale française de jeunes de 17 ans : ESCAPAD. Dans un second temps, une étude qualitative sera menée auprès d’environ 50 usagers de cannabis de 18-35 ans, venant de milieux sociaux diversifiés, mais aussi auprès de dealers et de forces de l’ordre, afin de mieux comprendre les modes d’approvisionnement en cannabis, leurs évolutions dans le temps et les motivations qui expliquent les stratégies auxquelles les personnes ont recours.
In France, cannabis is mainly consumed in the form of herb or resin (94%). Even if the level of cannabis use among young people is now decreasing, the proportion of problematic users is increasing. Moreover, while experimentation and occasional use of cannabis are widespread among the general population, regular and problematic use is more likely to be observed among people with lower socioeconomic status and lower levels of education. One of the mechanisms by which socioeconomic status might be associated with higher cannabis use could be greater accessibility, as illegal cannabis sales tend to be concentrated in disadvantaged neighborhoods. Moreover, the illicit cannabis market is expanding rapidly in France, and the mobilization of law enforcement, which does not prevent the development of trafficking, and the penalties incurred by consumers are not particularly dissuasive. In this context, the main objective of the EFAMAC project (Evolution and Factors Associated with the Different Modes of Cannabis Supply) is to study the evolution of the cannabis sale modes in France, based on an investigation of the purchase practices of users, and the characteristics associated with various modes of supply. The objective is to determine supply profiles, testing the role of individual socioeconomic position and the residential context of cannabis sales. To meet these objectives, two complementary approaches will be used. Firstly, we will use data from a survey carried out by the OFDT on the general French population of 17 year olds: ESCAPAD. Secondly, a qualitative study will be carried out among 50 cannabis users aged 18-35, from various social backgrounds, but also among dealers and law enforcement officers, in order to better understand the modes of cannabis supply, their evolution over time and the motivations which explain the strategies to which people resort.
[Recherche postdoctorale (Mars 2024- …)]
Bayle, G. (2021). Le commerce, la ruse et la tromperie: ethnographie de la vente à la sauvette à Paris (Doctoral dissertation, Université de Nanterre-Paris X).
Bayle, G. (2023). Que faire des choses gratuites ? Le cas des excédents alimentaires. Ethnologie française, 53, 509-522. https://doi-org.faraway.parisnanterre.fr/10.3917/ethn.233.0509