Pistes pour lever les obstacles

Pour favoriser un meilleur accès aux soins contraceptifs pour les femmes immigrantes, l’idée-clé est de tenir compte des spécificités liées au fait d’avoir eu un parcours migratoire : devoir s’adapter à un nouveau système de santé, présence d’une barrière de langue, isolement et vulnérabilité socio-économique des femmes immigrantes, entre autres.

Plusieurs solutions peuvent être apportées. Nous présenterons tout d’abord les solutions qui pourraient être mises en place au niveau politique et organisationnel. Nous amènerons ensuite des propositions pour les pratiques des soignant·es et intervenant·es du système de santé et services sociaux.

Que peut-on faire au niveau des pratiques de soins ?

  • Reconnaître et prendre en compte les inégalités structurelles qui déterminent les parcours de soins.
  • Reconnaître également le différentiel de pouvoir qui peut se glisser entre le personnel soignant et la patiente.

Il faut faire un travail d’introspection par rapport à nos biais, à nos préjugés, nos rapports de pouvoir, en tant que soignante. (…) C’est important de se rendre compte qu’on vit dans une société où il y a du racisme systémique et c’est important de s’en rendre compte et de se rendre compte qu’on a du pouvoir en tant que blanche vis-à-vis des personnes qu’on a devant nous. C’est un premier pas. Après ça, c’est important, je pense, d’être à l’écoute des personnes devant nous.

Eugénie Loslier-Pellerin, infirmière de première ligne en santé sexuelle
  • Trouver un équilibre entre reconnaissance des différences et recherche de points de rencontre. Cela implique d’une part de reconnaître et de ne pas sous-estimer les différences culturelles, les conditions de vie et la vision du monde des personnes auprès desquelles on intervient, afin de tenir compte de leurs réalités spécifiques, d’adopter une attitude empathique et de solidifier le lien de confiance. D’autre part, il ne faut toutefois pas surestimer la différence à partir de la seule appartenance sociale, culturelle, ethnique ou religieuse de la personne, faute de quoi le risque de préjugés devient présent.

Il ne faut pas prendre pour acquis que, parce qu’elle vient de tel groupe, elle va penser ou réagir comme ça. (…) Qu’elle vienne d’ici ou d’ailleurs, on part avec ce même esprit de commencer avec ce qu’elle est, ce qu’elle vit. C’est peut-être ce qui fait qu’on est plus sensible à ça, ne pas aller dans les stéréotypes.

Julie Villeneuve, infirmière en CLSC
  • Prendre le temps d’écouter les besoins et les demandes spécifiques de la personne, de cerner son degré de littératie, de transmettre des informations détaillées sur les options contraceptives et de valider la compréhension mutuelle.
  •  Donner le temps à la femme de réfléchir et de prendre sa décision.

Je voyais que la femme avait pris le stérilet, j’étais surprise, car je lui en avais parlé 20 minutes en prérencontres et elle n’en voulait pas. J’ai réalisé que ce que je lui ai dit, ça a fait un bout de chemin, puis avec le temps et en en parlant avec quelqu’un d’autre, ça avait cheminé encore. Les choses bougent, les femmes changent d’idée.

Équipe infirmière du CSFM

Que peut-on faire à un niveau politique et organisationnel ?

  • Offrir davantage de services publics et communautaires permettant d’obtenir un counseling spécialisé en contraception et adapté aux réalités des femmes immigrantes.
  • Rembourser les méthodes contraceptives, ou assurer un coût peu élevé.
  • Clarifier le parcours de soin et guider les néo-Québécoises dans les démarches d’accès aux soins contraceptifs (par exemple, développer des outils pour faire connaître l’accès à un counseling en matière de contraception tels que des brochures traduites et des informations en ligne, notamment).
  • Reconnaître le temps supplémentaire nécessaire pour des soins en contexte interculturel, qui peut aller jusqu’à 40% de plus lorsqu’il y a une barrière de la langue¹. Il est donc utile de prévoir des durées plus longues aux rendez-vous afin de mieux répondre aux besoins.
  • Lever, autant que possible, les barrières linguistiques : équipe soignante multilingue, recours aux interprètes, assurer un service de prise de rendez-vous et de suivi en plusieurs langues, traduction des informations écrites, entre autres.

On a réussi à se comprendre et valider les choses importantes comme le consentement avec Google translate, mais ça été une rencontre où il manquait vraiment beaucoup d’empathie, où je n’ai pas été capable d’accompagner émotionnellement, car il y a des choses qui ne se traduisent pas avec Google translate. Ça aurait pu mieux se passer s’il y avait quelqu’un qui pouvait parler la langue pour traduire.

Équipe infirmière du CSFM
  • S’inspirer de l’approche en sécurisation culturelle utilisée par et auprès des populations autochtones dans l’intervention auprès des populations immigrantes.
  • Garantir le remboursement des méthodes contraceptives.

Pour en savoir plus, lire le chapitre 4 de notre rapport qui tire des conclusions pour favoriser l’accès aux soins contraceptifs pour les néo-québécoises :

/// Pour en savoir plus, voir le document détaillant les pistes de solutions issues des conclusions transversales de notre recherche :

/// Pour en savoir plus, lire le chapitre 4 de notre rapport qui tire des conclusions pour favoriser l’accès aux soins contraceptifs pour les néo-québécoises :


Notes

1 Battaglini, A. (2007). L’intervention de première ligne à Montréal auprès des personnes immigrantes : Estimé des ressources nécessaires pour une intervention adéquate [Rapport]. Direction de santé publique et Agence de la santé et des services sociaux de Montréal. https://santemontreal.qc.ca/professionnels/drsp/publications/publication-description/publication/lintervention-de-premiere-ligne-a-montreal-aupres-des-personnes-immigrantes-estime-des-ressources/