Réveiller le goût de la vie en logement

Un des rôles de l’intervenantE est de contribuer à la mise en place de conditions qui donnent aux personnes l’opportunité d’expérimenter suffisamment longtemps la vie sous un toit et de « goûter au plaisir d’être en logement ».

  • Il s’agit d’offrir l’accès à une expérience qui pourrait, à terme, être significative. À travers les expérimentations de logement et de relogement, les intervenantEs doivent continuer à croire au potentiel des personnes, malgré les difficultés et les échecs.
  • L’expérience de l’appartement offre l’occasion de sortir de la survie, d’avoir un temps de répit et, peut-être, de voir sa vie à la rue sous un nouvel angle. Elle peut notamment permettre de renouer avec une fatigue, des besoins, des inaptitudes qui rendent la vie à la rue moins attrayante.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Quand l’appartement rime avec symptômes de la maladie mentale 
« Il faut que je respecte son rythme, tout en l’aidant à trouver des moyens.
Les longs délais ne fonctionnent pas. Les non-délais non plus. Il faut savoir doser. »

Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Un pied à la rue, un pied en logement: saisir dans l’intervention ce que signifie « avoir un toit » pour des participants
« Sa vie à la rue est structurée. Alors que le logement représente pour lui beaucoup de contraintes, des responsabilités, une perte d’identité et la peur du rejet. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

De la rue au CHSLD : franchir les barrières de l’itinérance
« Viens un moment où il faut que tu trouves quelqu’un qui croit en toi comme intervenant. J’avais besoin que quelqu’un d’autre fasse du poids. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Tenir compte de tous les acteurs autour du logement

Il faut soutenir l’intégration en logement en lien avec les acteurs qui y gravitent. S’il faut parfois faire de la défense de droits pour protéger des individus vulnérables, le plus souvent le travail s’inscrit dans une défense des intérêts de la personne : c’est-à-dire un travail de médiation pour favoriser des échanges, outiller la personne dans ses relations avec autrui et favoriser un environnement favorable autour d’elle.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Le voisinage, les propriétaires, les concierges, les colocataires ou les squatteurs peuvent occasionner des difficultés, mais ce sont également des balises vers une socialisation au logement et des occasions d’accompagner des apprentissages. 
  • Reconnaître les propriétaires et les concierges comme des acteurs incontournables dans l’intervention. Dans un grand nombre de situations, il sera bénéfique de s’inscrire dans un travail de médiation qui tient compte du portrait d’ensemble d’une situation et des divers acteurs autour de la personne, afin de contribuer à établir un environnement favorable autour de la personne.
  • Travailler avec les propriétaires, les concierges et les voisins permet notamment de faire du « modeling », c’est-à-dire de leur offrir l’occasion d’apprendre, au contact des intervenantEs, comment entrer en relation avec des personnes ayant des troubles de santé mentale, un parcours d’itinérance ou un problème de toxicomanie.
  • Travailler dans le contexte du logement exige d’être bien informé comme intervenantE à propos des droits et obligations des locataires et des propriétaires/concierges.
  • Informer la personne sur ses responsabilités comme locataire. Aller vers une normalisation des rapports entre le propriétaire, le concierge et le locataire, tels que définie par les règles de la Régie du logement. Lorsque l’état de la personne est suffisamment stable, la soutenir afin qu’elle effectue ses propres démarches auprès du propriétaire, du concierge, des voisins.
  • Étant donné l’instabilité de certaines personnes, il arrive qu’il faille « faire pour » la personne pendant un moment, en agissant comme négociateur pour éviter les tensions, les incompréhensions. La négociation avec les acteurs autour du logement et l’intervention auprès du locataire visent alors à mettre en place un filet de sécurité afin qu’il ne perde pas son logement.
  • Cela dit, ne pas perdre de vue qu’il est stigmatisant d’être vu avec unE intervenantE. Il y a un équilibre à garder afin de respecter l’intimité des personnes et leur droit à la confidentialité.

Les intervenantEs en itinérance ont un rôle d’accompagnement du milieu pour le développement de projets en lien avec le logement

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Les intervenantEs sociaux en itinérance détiennent une expertise pour soutenir les organismes du milieu désirant développer des projets de logement. Leur rôle peut s’avérer significatif sur ce plan.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Médiations entre locataire et propriétaire : permettre aux cris de porter, sans tout briser
« La ligne est fine quand on intervient auprès d’une personne qui est autant dans la colère. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

Faire des pas là où c’est possible : traumatisme crânien, agressivité et perte d’autonomie
« J’ai fait beaucoup de travail de médiation, beaucoup d’interventions auprès de M. Beaulieu, mais je ne pouvais pas toujours répondre aux urgences.»
Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

Travailler avec les propriétaires et les gestionnaires pour l’accessibilité au logement
« Le besoin existe aussi chez les personnes vulnérables qui vivent dans le réseau de logements privés. »
Équipe itinérance, CSSS de Gatineau

Logement de transition avec suivi intensif : de nouveaux partenaires pour innover
« Ces logements de type studio sont mis à la disposition par l’OMH, mais la responsabilité de percevoir les loyers et de faire le suivi de la clientèle est assumée par les intervenants de l’Équipe et de l’organisme communautaire »
Équipe itinérance, CSSS-IUGS de Sherbrooke

Adopter une approche d’intervention à la fois ouverte et proactive face à la toxicomanie

La dépendance doit être abordée à la fois avec sérieux, souplesse et ouverture. Lorsque la personne n’est pas prête à cesser de consommer, et une fois réalisée l’évaluation des risques, il faut continuer de l’accueillir, sans tabous ni jugements, en faisant de l’éducation là où c’est possible.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Ne pas paniquer et apprendre à vivre avec la réalité de la consommation en tant qu’intervenantE. On n’attend pas que les problèmes de dépendance soient réglés avant de travailler avec la personne. Il faut accepter de faire de l’intervention malgré la consommation. Il y a toujours quelque chose qui peut être fait, ne serait-ce que d’accueillir la personne, sans s’inscrire dans une approche punitive.
  • Il est souvent difficile de faire la part des choses entre symptômes de toxicomanie, de santé mentale et troubles relationnels: il faut travailler sur les divers enjeux à la fois.
  • Il y a une expertise à acquérir à propos des dangers liés à la consommation. Il faut être forméEs à propos des symptômes et des interactions entre les drogues et les médicaments, les effets des drogues sur la santé mentale. Il y a beaucoup d’évaluation des risques à faire : à chaque rencontre, on investigue. Avec le temps, on apprend à connaître les personnes à travers leur toxicomanie, à évaluer si la situation est stable ou s’il y a une augmentation des risques.
  • Créer un espace où la personne peut se confier sans se sentir jugée, sans être dans la recherche de solution. Parfois, elle a surtout besoin de pouvoir parler ouvertement de ce qu’elle vit : la honte, l’impuissance, la gêne, la détresse.
  • Envisager la dépendance comme une facette parmi d’autres dans la vie de la personne peut lui permettre de sortir de la honte, de ne pas se réduire au statut « d’alcoolique chronique » ou de « toxicomane ». Valoriser les aptitudes, les qualités, les bons coups.
  • Si on n’exige pas que la personne soit à jeun pour travailler avec elle, on aménage cependant un espace de respect mutuel où la personne ne consomme pas devant l’intervenantE.
  • Il faut maîtriser l’approche de la réduction des méfaits lorsque la personne ne désire pas arrêter de consommer. Il s’agit de reconnaître que la personne consomme, et par conséquent de l’éduquer à limiter les risques liés à la consommation, d’identifier avec elle comment consommer de la façon la plus sécuritaire possible.
  • Dans le travail autour de la dépendance, l’intervenantE vise notamment à explorer avec la personne quelle est la fonction de la consommation dans sa vie.
  • La toxicomanie peut parfois cacher une inaptitude à faire des choix éclairés. Dans ces situations, il faut être proactif pour protéger la personne d’elle-même.

Dépendance, ambivalence et réduction des méfaits : interventions auprès de quatre individus
« Mon travail est de susciter l’ambivalence. » Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

S’outiller pour évaluer les risques (sans paniquer)

Les intervenantEs ont une responsabilité professionnelle à l’égard des personnes, du public en général et d’eux-mêmes. L’évaluation du risque et la protection de la personne passent par un temps d’observation stratégique, ainsi que par le développement de collaborations. Cela dit, l’évaluation de la dangerosité doit s’inscrire dans une vision à court, moyen et long termes, où la personne n’est pas réduite à la situation d’urgence.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

Des balises

  • Les intervenantEs doivent être forméEs, outilléEs et supportéEs en matière d’évaluation de la dangerosité. Les critères pour évaluer les risques doivent s’établir en équipe, sur la base d’un mandat professionnel clairement établi, et se baser sur un protocole de sécurité afin d’objectiver les situations, de prendre un recul à l’égard des sensibilités individuelles et de réduire le stress du cas par cas.
  • En apprenant à connaître une personne, les intervenantEs affinent leur compréhension d’une situation et doivent distinguer entre:
    • une situation problématique récurrente ou une crise
    • un symptôme de maladie mentale, un trouble de comportement ou un épisode de consommation
    • des comportements dérangeants ou dangereux
  • Il est important que la personne collabore à l’évaluation de sa santé mentale. L’amener à y participer autant que possible et si elle ne collabore pas, le lui faire remarquer.
  • Certaines personnes sont mauvaises juges de leurs capacités ou des dangers encourus. L’évaluation de la situation ne doit pas se fonder uniquement sur ce que la personne souhaite dévoiler, ce sur quoi elle souhaite travailler ou sur l’appréciation qu’elle a de sa situation.

Du sang froid

  • Accompagner les personnes vers leur rétablissement, tel qu’elles le définissent, demande une certaine tolérance à l’exercice répété de l’évaluation des risques. Il est possible qu’à certaines époques de la vie des personnes il faille refaire cette évaluation régulièrement.
  • Un certain temps peut être nécessaire à l’intervenantE pour évaluer les capacités d’une personne et sortir du sentiment d’urgence face aux réalités vécues par cette dernière.
  • L’intervenantE a pour mandat d’évaluer l’état mental d’une personne et d’estimer la dangerosité des comportements qu’elle adopte et non pas de gérer les risques à la place de la personne.  Ça demande du sang froid en tant qu’intervenantE pour gérer ses propres émotions et une bonne connaissance de soi.

Du temps et des collaborations

  • Prendre le temps d’observer la personne permet de recueillir de l’information sur l’évolution de la situation. L’intervenantE doit notamment être en mesure d’évaluer si le niveau de dangerosité est supérieur à ce que la personne vit au quotidien.
  • Les collaborations permettent à l’intervenantE de compter sur des alliés qui jouent un rôle de vigie auprès de la personne vulnérable, en ayant un contact régulier avec les personnes desservies. Ils sont donc en mesure de signaler aux intervenantEs des situations de plus grande détérioration qui nécessitent une intervention immédiate
  • Les informations recueillies lors de l’observation stratégique peuvent être très utiles lorsqu’une requête pour évaluation psychiatrique est nécessaire.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Dérangeant ou dangereux?
« Souvent, on appuie sur le bouton panique dès que les personnes haussent le ton. Une fois la crise passée, nous reprenons nos rôles respectifs. Lui redevient l’acteur de sa propre vie. À nouveau, nous allons le laisser gérer sa folie le plus possible. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi àintensité variable (SIV), Diogène

Faire alliance avec un individu aux prises avec un délire de persécution
 « L’évaluation des risques est plus confortable quand on fait le suivi auprès d’une personnequi a une adresse et avec qui il y a des contacts réguliers. » Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi àintensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

La venue d’un nouveau-né :offrir des moyens et suivre le défilé
« Tous les intervenants ont probablement souhaité qu’ils aient la garde de leur enfant.L’élastique a été étiré au maximum, y compris par la DPJ. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suiviintensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Accompagner sans succomber à l’urgence. Quand l’intervention consiste à attendre le moment propice au rétablissement
« Nous ne sommespas face à quelqu’un qui est complètement déconnecté de la réalité. Noussommes devant une femme qui a des difficultés relationnelles, qui manque de tolérance face à la frustration et qui a un problème de toxicomanie. Il faut regarder l’ensemble du tableau. Si nous tombons également dans l’urgence,nous ne pourrons pas l’aider.»
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Faire face à l’impuissance : personne âgée et trouble de personnalité
« Socialement, il est difficile de concevoir qu’une dame aussi âgée et hypothéquée physiquement puisse vivre dans la rue. »
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Soigner et protéger : entre responsabilités professionnelles et volonté individuelle
« J’ai expliqué au personnel de l’urgence qu’il est à haut risque de fugue et demandé s’il est possible qu’il reçoive rapidement les services.»
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Co-développer des stratégies de réduction des méfaits avec les personnes

Lorsqu’il est difficile d’intervenir de façon à modifier une situation à risque, des interventions visant à en atténuer les conséquences néfastes sont particulièrement appropriées.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Malgré la vulnérabilité de certains individus, il est possible de travailler avec eux pour réduire les situations où ils se mettent en situation de danger.
  • Il ne s’agit pas nécessairement d’empêcher l’individu d’adopter certains comportements à risque (tels que la consommation ou la prostitution), mais plutôt de leur apprendre à agir de façon à en minimiser les conséquences néfastes (overdose, agressions, etc.).

Les effets négatifs que les intervenantEs souhaitent prévenir sont non seulement liés à la santé physique, mais sont également d’ordre psychosocial : viser une stabilité en logement, limiter la judiciarisation, entretenir de bons liens avec l’entourage, développer une meilleure estime de soi, entre autres.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Le travail vise notamment à limiter chez la personne des comportements qui mènent à son exclusion en divers lieux : enjeux de cohabitation dans l’espace public, conflits avec les voisins ou le propriétaire, amener « la rue » dans le logement, etc.
  • Il s’agit de nommer les risques, d’informer la personne sur ses droits, ses obligations, sur les conséquences possibles de ses choix et de l’outiller afin qu’elle ait d’autres options que les comportements destructeurs. Explorer avec la personne pour qu’elle trouve ses propres solutions.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Trouble délirant et vie à la rue : interventions de médiation pour limiter la judiciarisation
« À la sortie de prison, c’est souvent un retour à la rue. Et le cycle recommence. L’accompagnement des personnes dans leurs démarches juridiques et le travail de médiation auprès des policiers fait partie de la réhabilitation sociale. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Dépendance, ambivalence et réduction des méfaits : interventions auprès de quatre individus
« Mon travail est de susciter l’ambivalence. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

De la rue au CHSLD : franchir les barrières de l’itinérance
« Viens un moment où il faut que tu trouves quelqu’un qui croit en toi comme intervenant. J’avais besoin que quelqu’un d’autre fasse du poids. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Raccrocher à la vie des personnes qui souffrent de toxicomanie
« Il faut fixer des objectifs avec la personne et négocier des arrêts d’agir pour les comportements destructeurs. Nous avons convenu en équipe de faire un plan de crise avec Jason, que nous avons en fait appelé un plande mort.»
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Intervenir face à une double vulnérabilité :itinérance et déficience intellectuelle
« J’ai servi d’intermédiaire entre Alice et son oncle, afin d’engager ce dernier à la souvenir dans sa vie en appartement. »
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Faire des pas de plus après la crise

Les crises ne sont pas des échecs. Les saisir comme une occasion pour la personne de faire des apprentissages et de nouveaux choix. Ce peut être l’occasion de repartir sur de nouvelles bases ou de consolider la relation d’aide.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Faire équipe avec la personne, sans par ailleurs vouloir à tout prix lui éviter de vivre des échecs.
  • Il arrive que les « bas » soient nécessaires; ils permettent un processus d’intériorisation, il y a quelque chose qui s’organise là, des décisions qui se prennent. Il faut savoir donner un autre sens à ces moments de crise et garder un certain recul.
  • Lorsque la personne perd son logement, ne pas y voir invariablement une situation d’urgence. Reconnaître à la personne l’expertise de sa vie et ne pas perdre de vue qu’elle a des capacités, des forces, des connaissances. Les personnes desservies ont déjà survécu à la rue et savaient s’y débrouiller.
  • Si on craint souvent que la relation d’intervention soit mise à mal, se rappeler que la crise peut être l’occasion de montrer à la personne que l’intervenantE ou l’équipe est digne de confiance, à la fois pour la contenir et pour demeurer auprès d’elle malgré ses difficultés.
  • Faire un retour sur la crise lorsque retombe la poussière, afin de faire des pas de plus dans l’intervention avec la personne. Il est souvent utile de réviser le plan de prévention de la crise, de le raffiner et de l’actualiser avec la personne. Identifier les indices qui précèdent la crise et faire confiance aux personnes pour trouver leurs propres solutions.
  • Maintenir le cap sur le rêve des personnes malgré tout permet à terme d’aller ailleurs, de se donner un horizon pour sortir de la crise.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Dérangeant ou dangereux?
« Souvent, on appuie sur le bouton panique dès que les personnes haussent le ton. »
« Une fois la crise passée, nous reprenons nos rôles respectifs. Lui redevient l’acteur de sa propre vie. À nouveau, nous allons le laisser gérer sa folie le plus possible. »

Projet Chez soi à Montréal
 Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

« Suivre » une dame qui refuse de bouger. Accompagner une personne qui souffre d’un trouble sévère de personnalité
« Elle nous teste et ça prend des nerfs solides! »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Demeurer flexible et stratégique à l’égard des comportements agressifs

Il faut permettre l’expression de la colère, bien que tout ne soit pas acceptable. On doit notamment évaluer de quelle nature relève le comportement agressif et distinguer entre ceux qui sont dirigés vers l’intervenantE et ceux qui ont un autre objet.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Il est important de demeurer flexible à l’égard des comportements agressifs, puisque l’intervenantE vise à ce que l’expression de la colère s’inscrive dans une démarche d’apprentissage : cibler l’objet de la colère, l’exprimer dans un lieu adéquat, etc.
  • Faire un retour sur les comportements inappropriés quelque temps après, sans dramatiser, ni banaliser. Cultiver son sens de l’humour!
  • Un contrat clinique de non-agression est un outil utile pour que les limites du suivi soient claires.
  • Une balise centrale dans l’intervention demeure la sécurité des intervenantEs. Il est également important de respecter ses propres limites comme intervenantE : on ne peut pas aider une personne que l’on craint. Prendre les mesures pour continuer à faire le travail en toute sécurité.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Dérangeant ou dangereux?
« Souvent, on appuie sur le bouton panique dès que les personnes haussent le ton. »
« Une fois la crise passée, nous reprenons nos rôles respectifs. Lui redevient l’acteur de sa propre vie. À nouveau, nous allons le laisser gérer sa folie le plus possible. »

Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Aux limites de l’intervention. Se positionner en regard de comportements violents
« Lorsque nous sommes à l’affût de notre intégrité physique et psychique, nous ne sommes pas dans une relation d’aide. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

« Suivre » une dame qui refuse de bouger. Accompagner une personne qui souffre d’un trouble sévère de personnalité
« Elle nous teste et ça prend des nerfs solides! »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Face à l’agressivité : sortir des cadres établis
« Un des objectifs de la rencontre était de fairesigner à Blake un contrat stipulant qu’il ne serait pas intimidant ouagressif envers les gens du projet Chez soi.»
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi àintensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

Aller vers les personnes, dans les lieux où elles se trouvent

Alors que les intervenantEs vont vers des personnes qui souvent n’ont pas de demande, la disponibilité et la régularité sont des principes d’intervention du travail dans le milieu (outreach) qui favorisent la création du lien de confiance.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Sans nécessairement entrer en contact avec la personne en situation d’itinérance, le fait de ritualiser sa présence dans les lieux fréquentés par la clientèle est une stratégie qui peut donner des résultats intéressants. S’y rendre à des heures régulières envoie le message aux personnes en situation d’itinérance qu’il s’agit d’intervenantEs fiables sur lesquels elles peuvent compter en cas de besoin.
  • Parfois, les visites auprès d’une personne, que ce soit sur la rue ou à domicile, se limiteront à quelques minutes en raison d’un lien qui n’est pas encore établi ou d’une période plus difficile vécue par la personne. En tous les cas, le fait d’aller vers elle devrait éventuellement porter ces fruits. L’intervenantE sera là lorsque la personne sera prête.
  • Il est utile d’avoir des collaborateurs sur le terrain qui aide à retracer les personnes sur la rue.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Une psychiatre à domicile
« L’état mental s’inscrit dans un cadre, dans une communauté, dans un environnement. Ce sont tous des facteurs qui entrent en ligne de compte dans l’évaluation d’une bonne santé mentale. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Accompagner la sortie de la rue d’un homme psychotique dont on ne connaît ni l’identité, ni l’histoire
« Nous avons continué de le visiter sous un arbre pendant des mois sans connaître son nom.»
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Intervention auprès d’une femme Inuite : du soin au travail de traduction
« Son état de santé inquiète les intervenants et c’est pourquoi ils me demandent d’aller la rencontrer sur la rue. »
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Le défi de la construction du lien et sa fragilité
« Cette approche centrée sur le lien s’avère confrontante pour d’autres intervenants habitués à intervenir dans une logique de résolution de problème. »
Équipe itinérance, CSSS-IUGS de Sherbrooke

Outreach : un réseau de collaboration indispensable
« Afin d’avoir un portrait plus complet de la situation de la personne qui nous est signalée, nous devons recueillir de l’information auprès du réseau qui gravite autour d’elle au quotidien.»
Équipe itinérance, CSSS Jeanne-Mance, Montréal

Miser sur l’accompagnement

Accompagner et « faire avec » créent des contextes d’intervention qui facilitent la connaissance de la personne à la rue et le développement du lien de confiance.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Que ce soit lors d’un déplacement en voiture ou à pied, l’accompagnement permet des échanges dans un contexte plus informel qui contraste avec le cadre formel et parfois intimidant d’un entretien dans un bureau.
  • L’accompagnement constitue un lieu privilégié d’observation qui permet de mieux saisir la réalité au quotidien de la personne en situation d’itinérance et de ses besoins réels, de cibler les personnes-pivots dans son entourage et d’évaluer ses capacités à fonctionner de façon autonome.
  • Cheminer avec la personne, c’est-à-dire « faire avec » dans une démarche importante pour elle plutôt que « pour » la personne amène une relation plus égalitaire qui facilite le rapprochement.

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Accompagner la sortie de la rue d’un homme psychotique dont on ne connaît ni l’identité, ni l’histoire
« Nous avons continué de le visiter sous sur arbre pendant des mois sans connaître son nom.»
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM), CSSS Jeanne-Mance

Accompagner vers les services une dame qui voit des anges
« Il y a un équilibre à garder entre entrer dans le délire de quelqu’un et s’y laisser absorber. Il faut travailler avec la partie de la personne qui est en contact avec la réalité. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Définir la relation d’intervention avec la personne

Les règles de l’intervention dans le milieu sont à définir entre unE intervenantE (ou une équipe) et la personne desservie, afin d’établir un espace de collaboration et d’aller au-delà de la méfiance.

Par exemple, ça peut vouloir dire…

  • Dans l’établissement d’une relation de confiance, une balise importante de l’intervention est de clarifier les rôles et la nature du suivi dès le départ.
  • On dit souvent souhaiter que la personne « collabore à l’intervention ». Or, c’est l’intervenantE qui collabore avec la personne, et non l’inverse.
  • Se rappeler qu’un certain temps sera nécessaire pour développer une compréhension commune d’une relation d’aide fondée davantage sur l’accompagnement que sur l’encadrement.
  • Il est utile de mettre de l’avant dans l’intervention qu’il s’agit d’un travail d’équipe, où l’intervenantE et usagerE doivent être dans le « même bateau ».
  • Prendre le temps de développer un langage commun avec la personne, afin de mettre en place les conditions d’une discussion à la fois franche et respectueuse de ses limites (autour de la santé mentale, de la dépendance, de la salubrité, etc.)
  • Pour construire un lien avec une personne délirante, il faut parfois savoir « parler psychotique », s’intéresser au délire de la personne, y trouver des façons d’entrer en lien avec elle.
  • Le savoir-être constitue une qualité première de l’intervenantE dans le milieu. L’intervention dans la communauté s’effectue dans l’intimité des personnes et peut être intrusive. L’intervenantE représente l’institution, il a un rôle normatif et il doit être conscient de ce pouvoir et de son impact dans la relation d’aide. Il est important que la personne qui fait l’objet d’un suivi dans le milieu continue de se sentir que son intimité est respectée, malgré la présence régulière des intervenantEs. Une attitude respectueuse et non jugeante est à privilégier.
  • L’intervention à domicile, où l’intervenantE partage l’intimité de la personne, peut créer une confusion chez des personnes ayant des carences affectives. Il y a là un défi pour maintenir une relation professionnelle. Il faut être à l’affût des glissements dans la compréhension du sens de la relation chez la personne. 

Pour en savoir plus, consultez les récits de pratiques, et notamment

Prendre la parole au sérieux, malgré le délire. Une histoire de futon
« Il faut accepter de “parler psychotique”, ne pas voir peur d’aller dans l’irrationnel avec elle. Sinon nous ne pourrons pas l’aider. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène

Faire alliance avec un individu aux prises avec un délire de persécution
« Tout était ouvert. Il connaissait mes inquiétudes et je respectais ses réticences.Nous avons tous les deux fait un bout de chemin. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), CSSS Jeanne-Mance

Accompagner vers les services une dame qui voit des anges
« Il y a un équilibre à garder entre entrer dans le délire de quelqu’un et s’y laisser absorber. Il faut travailler avec la partie de la personne qui est en contact avec la réalité. »
Projet Chez soi à Montréal
Équipe de suivi à intensité variable (SIV), Diogène