L’itinérance au prisme des réalités régionales

Le 5 mai dernier s’est déroulée la première journée annuelle de mobilisation des connaissances sur l’itinérance dans les Laurentides. Cet évènement, soutenu financièrement par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), a été organisé en partenariat avec l’Université du Québec en Outaouais (UQO), le Centre intégré de santé et de services sociaux des Laurentides (CISSS des Laurentides) et le CREMIS. Lors de cette journée, plus de 175 participants ont assisté à différentes conférences et ateliers de réflexion portant sur les enjeux associés au phénomène de l’itinérance régionale. Plusieurs acteurs du domaine de l’itinérance et chercheurs du CREMIS étaient présents lors de cette journée afin de discuter des résultats de leurs travaux, qui sont résumés dans ces actes de colloque.

Au cours des dernières années, les difficultés d’accès à un logement abordable et sécuritaire dans plusieurs régions du Québec et du Canada se sont accompagnées d’une forte augmentation du coût de la vie, l’indice des prix à la consommation présentant une variation sur douze mois de 5,2 % au moment de l’impression de ces actes (Statistique Canada, 2023). La région des Laurentides doit aussi composer avec plusieurs « points de bascule » vers l’itinérance sur son territoire. Ces points de bascule concernent, par exemple, les ruptures de services associées à la sortie d’établissements, dont les centres de détention, les unités psychiatriques et les centres jeunesse. À cela s’ajoutent plusieurs facteurs individuels et structurels contributifs à l’itinérance tels la pauvreté, la discrimination, l’insécurité du logement, l’accès difficile aux services de santé primaires ou spécialisés, la violence et les problématiques relationnelles ou interpersonnelles (Gaetz & Dej, 2017). Depuis le début de la pandémie de COVID-19 et encore aujourd’hui, on remarque aussi une amplification marquée de la détresse psychologique et de ses conséquences sur le bien-être des personnes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir, ainsi que sur les intervenants de la communauté.

Dans ce contexte, plusieurs acteurs de la région des Laurentides ont manifesté le souhait de se doter d’un espace pour réfléchir et échanger à propos d’initiatives locales, s’informer des pratiques prometteuses et émergentes en itinérance et poursuivre la construction de nouveaux liens de collaboration intersectoriels. Cette première édition de « L’itinérance au prisme des réalités régionales » a été organisée afin de répondre à ces besoins. Cette journée annuelle de mobilisation des connaissances a rassemblé une large variété d’acteurs concernés par le développement des savoirs et de pratiques émergentes ou prometteuses en itinérance : chercheurs, experts expérientiels, étudiants, gestionnaires, décideurs et intervenants des milieux institutionnels et communautaires. Ces personnes provenaient d’une très grande variété de secteurs, tous concernés par le phénomène de l’itinérance dans les Laurentides.

Appréhender, documenter et répondre aux inégalités sociales et à leurs effets: Perspectives de jeunes chercheur.es du CREMIS (2017)

Groupe des jeunes chercheurs du CREMIS

Première conférence des jeunes chercheur.es du CREMIS

En 2016, des étudiant.es associé.es au CREMIS ont décidé de se regrouper pour former un groupe de jeunes chercheur.es afin de mener différentes activités. L’une des propositions retenues fut l’organisation d’un colloque regroupant des étudiant.es du CREMIS. Ce premier colloque fut l’occasion de se rassembler, mais surtout de partager, discuter et de questionner les travaux de nos collègues provenant de différentes universités et disciplines. En choisissant comme thème: Appréhender, documenter et répondre aux inégalités sociales et à leurs effets: Perspectives de jeunes chercheur.es du CREMIS, nous avions le désir de mettre au premier plan les inégalités sociales et les pratiques associées. En effet, pour beaucoup, les inégalités sociales n’ont jamais été aussi grandes qu’auparavant entre les groupes sociaux (Martuccelli, 2008). Tantôt causes, tantôt symptômes, elles constituent la trame de fond d’un très vaste ensemble de problèmes sociaux (Dorvil et Mayer, 2001), comme l’itinérance (Roy et Hurtubise, 2007 ; Côté, 2013 ; MacDonald, 2016), la santé mentale (Otero, 2010), ou les consommations de drogues (Suissa, 2012).

Il apparaissait ainsi nécessaire de comprendre leurs contextes de production et leurs effets en multipliant les angles d’approche, par exemple, en termes de régulation sociale, de régimes de droit et d’accès à la justice (Bernheim, 2012 ; Sallé, 2016), mais également en appréhendant les tentatives individuelles, collectives et institutionnelles mises en œuvre afin de les atténuer (McAll, 2008 ; Godrie, 2016 ; Van de Velde, 2008 et 2013).

En prenant pour point de départ ces inégalités comme des différences systémiques et symboliques entre des groupes sociaux et fondées sur un accès limité à certaines ressources (économiques, politiques, culturelles, etc.), ce colloque s’est inscrit au sein des trois axes d’analyse de la programmation scientifique du CREMIS. Privilégiant l’étude des réponses (individuelles, communautaires et institutionnelles) apportées par des chercheurs ou des praticiens pour redéfinir ou atténuer ces inégalités, les propositions attendues devaient préférentiellement s’inscrire dans un des axes suivants :

1) L’expérience, par les individus, des inégalités et leurs effets sur les trajectoires de vie. L’objectif des propositions étaitde mieux comprendre les conditions matérielles et les rapports sociaux à travers les trajectoires de vie et de santé comme porte d’entrée sur les inégalités sociales ;

2) Les politiques sociales et les pratiques novatrices visant l’amélioration des soins et services, et la réduction des inégalités sociales. Les propositions ont illustré et questionné des pratiques du point de vue de leur contribution à l’amélioration de la santé des populations qui sont touchées par ces inégalités ;

3) La co-construction des savoirs, entre initiatives citoyennes et implication des utilisateurs de services, et les pratiques alternatives de citoyenneté. Plus spécifiquement, cet axe ciblait les propositions qui examinaient la réappropriation du pouvoir d’agir et la prise de parole des personnes concernées par les recherches et les interventions en lien avec les inégalités sociales.

Au total, le colloque a réuni 11 étudiant.es provenant de l’UQAM, de l’Université de Montréal, de l’Université Laval, de McGill, et de l’Université de Toronto et de disciplines variées: sociologie, travail social, santé communautaire, santé publique et médecine dentaire.