Le sentiment d’exister : l’impact du projet Chez-soi à Montréal après 18 mois, du point de vue des participants (2013)

Christopher McAll et al.

Que pouvons-nous apprendre du projet Chez-soi, mis sur pied par la Commission canadienne pour la santé mentale, qui s’est déroulé à Montréal de 2009 à 2013? Pour les personnes sans domicile avec des besoins élevés ou modérés sur le plan de la santé mentale, l’approche Chez-soi (Logement d’abord) prévoit l’accès rapide à un logement subventionné et un suivi intensif (ou d’intensité variable) dans la communauté, par une équipe multidisciplinaire. En tout, 469 personnes ont été recrutées dans le cadre de ce projet à Montréal, dont 285 dans les groupes expérimentaux recevant les services offerts dans le cadre du projet1 et 184 dans les groupes témoins recevant des services réguliers offerts dans la communauté. Chaque dixième personne recrutée come participant au projet pour chacun des quatre groupes (besoins élevés et besoins modérés, groupes expérimentaux et témoins) a été sélectionnée lors de leur arrivée dans le projet pour une entrevue portant sur le récit de vie.2 De ces 46 personnes, 45 ont été interviewées 18 mois plus tard (un des participants ayant décédé entre temps). L’intention lors de cette deuxième entrevue a été de faire un retour sur les derniers 18 mois afin de voir les différences dans l’expérience des groupes expérimentaux et groupes témoins depuis le début du projet.

Cahier des récits de pratiques des équipes Chez soi à Montréal (2013)

Note aux lectrices et aux lecteurs

Les 30 récits de pratiques d’intervention en itinérance présentés ici sont le fruit de deux années de travail pour documenter les pratiques des trois équipes cliniques mises sur pied dans le cadre du projet de recherche et d’intervention Chez soi à Montréal : l’équipe de suivi d’intensité variable (SIV) – Diogène, l’équipe de suivi d’intensité variable (SIV) – CSSS Jeanne-Mance et l’équipe de suivi intensif dans le milieu (SIM) — CSSS Jeanne-Mance. Les stratégies d’interventions ici documentées ont été retenues par les intervenantEs compte tenu de leur caractère innovant ou exemplaire en matière d’intervention pour accompagner vers un rétablissement une population ayant un parcours d’itinérance et souffrant de troubles mentaux.

Pour faciliter l’exploration de ces 30 récits, deux types d’entrées vous sont proposés au début de ce document :

1) une entrée en matière par les thèmes : un tableau dresse les principaux enjeux d’interventions documentés auprès des équipes et les récits où ils sont abordés

2) une entrée en matière par les équipes : une liste dresse les récits produits en collaboration avec chacune des équipes cliniques.

L’intervention auprès de personnes ayant vécu un parcours d’itinérance et souffrant de troubles mentaux est envisagée par les intervenantEs du projet Chez soi telle une danse : on accompagne des personnes qui vivent de l’ambivalence, de la confusion, de la méfiance. Les récits qui suivent proposent autant de repères pour nourrir l’intervention. Ces pratiques, plutôt que règles, témoignent de la créativité, de la sensibilité et de la capacité d’adaptation des intervenants pour accompagner des personnes vers leur rétablissement. Chaque récit documente un enjeu clinique et les réponses qui y sont apportées par les intervenantEs dans le cadre d’un ou de plusieurs suivis. Par conséquent, ces récits ne rendent pas compte de la totalité des interventions réalisées dans le cadre des suivis relatés.

De même, ces récits de pratiques n’épuisent pas la richesse du travail des trois équipes cliniques du projet Chez soi. Pour chacun des récits, nous avons souhaité décrire avec le plus de précision possible les éléments de contexte qui ont guidé le choix des stratégies d’intervention adoptées.

Cependant, certains paramètres ont pu nous échapper, étant donné la complexité de l’environnement et des relations sociales constitutives d’un suivi. Par ailleurs, l’exercice d’écriture des récits a été l’occasion de les préciser au fur et à mesure des étapes de validation avec les intervenants. Pour conclure, on trouvera à la fin de ce document 25 principes d’intervention qui se dégagent de l’analyse transversale des récits de pratiques et qui ont été identifiés lors de rencontres rassemblant tous les intervenants des équipes cliniques du projet Chez soi à Montréal. Nous espérons que les lectrices et lecteurs trouveront ici matière à alimenter leur propre travail d’intervention auprès de populations marginalisées.

BONNE LECTURE!

De l’organisation au déroulement d’événements rave à Montréal : Étude des mécanismes de régulation sociale (2009)

Les raves sont des événements festifs dédiés à la musique techno et à la danse qui se distinguent des autres lieux de rassemblement tels que les bars et les discothèques notamment par le fait qu’ils se déroulent toute la nuit dans un lieu aménagé pour l’occasion et qu’il n’y a généralement pas de vente d’alcool. La consommation de drogues de synthèse telles que l’ecstasy et les speeds y est toutefois largement répandue. La tenue de ces rassemblements pose une série de problèmes du point de vue des autorités policières, tels que la présence de trafiquants de drogues ainsi que la sécurité des lieux où se déroulent les raves.

Dans le contexte particulier de ces événements, les pratiques de contrôle social sont soumises à un certain nombre d’ambiguïtés. Le but général de l’étude est de permettre une compréhension de la façon dont se déterminent et s’appliquent les règles qui visent à encadrer la tenue de ce type de rassemblements. Trois objectifs spécifiques sont poursuivis, soit 1) de comprendre comment on a tenté de réguler ce type d’événements à Montréal, 2) de comprendre comment les différents acteurs responsables de l’organisation et du bon déroulement des événements établissent une série de règles, aussi bien formelles qu’informelles, et négocient leur application dans le cadre de leur pratique, et 3) de comprendre comment ces acteurs identifient certaines situations comme constituant un problème et éventuellement, y réagissent. La principale méthode de recueil des données a consisté à réaliser des entretiens semi-dirigés avec des promoteurs d’événements rave, des agents de sécurité ainsi que d’autres personnes impliquées dans le milieu telles que policier, pompier, artistes de la scène rave et intervenants. L’observation participante lors d’événements rave fut utilisée comme méthode complémentaire.

L’étude démontre comment le service de police s’est vu confronté avec les raves à un vide juridique et comment l’encadrement de ce type d’événements s’est plutôt exercé par le service de prévention des incendies. Les autorités ont également tenté d’encadrer le phénomène par des modifications à certaines règlementations, dont celles sur les permis d’alcool. L’étude démontre également de quelle manière et en fonction de quoi les différents acteurs du milieu négocient les règles en cours d’action dans un contexte où la frontière entre le licite et l’illicite est floue.

Mots clé : rave, techno, sous-culture, déviance, drogue, ecstasy, régulation sociale, police, sécurité, réduction des méfaits