Orientation sexuelle, intervention et hétéronormativité : quelqu’un dans votre vie?

Après une dizaine d’années de pratique clinique en psychologie, j’ai développé un grand intérêt professionnel pour la question de l’orientation sexuelle. J’ai alors décidé d’approfondir mes connaissances sur la diversité sexuelle et de suivre une formation d’une année au Centre d’orientation sexuelle de l’Université McGill (COSUM), une clinique externe de l’hôpital général qui offre des services à des personnes qui ne sont pas hétérosexuelles.¹ Les personnes homosexuelles, bisexuelles ou transsexuelles peuvent y recevoir des services – des consultations psychologiques individuelles ou participer à des groupes de psychothérapie – pour les aider à surmonter certaines difficultés relationnelles ou identitaires liées à leur orientation sexuelle.²

Dépathologiser le regard

J’y suis allé chercher des réponses à certaines des questions qui m’habitaient : qu’est-ce que l’orientation sexuelle ? Quelles sont les difficultés vécues et l’aide que l’on peut apporter à ces personnes en psychothérapie ? Quels sont les services que l’on peut offrir aux personnes qui vivent des difficultés dans l’acceptation de leur orientation sexuelle ou des difficultés relationnelles ?

Les gens essaient souvent de trouver une cause à leur orientation sexuelle : « est-ce parce que mon père était absent ? Est-ce parce que ma mère était trop protectrice ? » La souffrance ressentie par les personnes qui viennent consulter provient du rejet qu’elles subissent de la part de leur milieu. Ce rejet les pousse parfois à cacher leur orientation sexuelle, à vivre comme si elles étaient hétérosexuelles, à développer une faible estime de soi et une peur de l’intimité affective se traduisant parfois par la difficulté de s’affirmer et de se mettre à risque en acceptant d’avoir des rapports sexuels non-protégés. L’intervention auprès de ces personnes a des retombées significatives sur leur santé et la qualité de leurs relations interpersonnelles.

La psychothérapie ne porte pas sur les causes de l’orientation sexuelle : les intervenants s’appuient sur le constat de l’existence d’une diversité dans les orientations sexuelles et travaillent avec les personnes l’homophobie intériorisée provoquée par l’hétérosexisme. Le but de la psychothérapie est de mettre la personne à l’aise avec son orientation sexuelle et, parfois, de l’amener à dépathologiser le regard qu’elle porte sur elle-même tout en misant sur les changements qu’elle peut apporter à son environnement. Ce travail suppose d’être capable de nommer l’hétéronormativité ambiante qui exclut ceux qui n’appartiennent pas à la majorité.

À la suite de cette formation, j’ai tenté de spécialiser ma pratique privée en banlieue de Montréal auprès de cette clientèle aux prises avec des problèmes concernant leur orientation sexuelle. J’ai constaté que les gens qui vivent en banlieue préfèrent consulter au centre-ville de Montréal, notamment parce qu’ils espèrent y trouver une meilleure expertise sur ces questions et qu’il autorise un plus grand anonymat. Avec l’ouverture d’un poste à l’équipe VIH du CLSC des Faubourgs en 2002, j’ai décidé de venir pratiquer au centre-ville au contact d’une clientèle de toutes les orientations sexuelles et à proximité du « village », un territoire où réside une partie importante de la population gaie de Montréal.

Tout à bâtir

À ma grande surprise, lorsque j’ai franchi les portes du CLSC, rien n’indiquait un accueil spécifique à propos de l’orientation sexuelle. Le CLSC ne semblait consacrer que peu de moyens à cet enjeu et semblait peu impliqué auprès de la communauté gaie. La santé gaie était systématiquement réduite à la question du VIH et à la prévention des ITSS. Alors que je pensais pouvoir mettre en application ce que j’avais étudié, tout était à bâtir.

Quelques années auparavant, des médecins du CLSC s’étaient intéressés à la santé gaie et souhaitaient mettre sur pied un programme dédié à cette clientèle, à l’instar d’un centre spécialisé en diversité sexuelle au centre-ville de Toronto. Ce projet a, semble-t-il, rencontré une certaine résistance, notamment de la part de gestionnaires qui craignaient que le CLSC des Faubourgs soit identifié comme étant le « CLSC des gais », au détriment du reste de la population vivant sur le territoire. Au fait de cette histoire, j’étais conscient de l’importance de ne pas ghettoïser la clientèle et de lui offrir des services appropriés de manière intégrée dans les programmes existants, tout en élargissant les services à des groupes/populations plus spécifiques, par exemple, les aînés gais, les familles dans lesquelles se posait la question de l’homoparentalité ou encore, les personnes transsexuelles.

Au sein de l’équipe VIH, nous étions témoins de la souffrance des gens qui apprenaient un diagnostic de séropositivité au VIH et, souvent, nous devenions les confidents des difficultés qu’ils vivaient en lien avec leur orientation sexuelle. Tout en ayant l’impression d’être dans une situation d’impuissance sur le terrain, j’ai commencé à me documenter sur l’orientation sexuelle : des recherches indiquaient que les hommes gais subissaient de multiples problèmes de santé et connaissaient des taux élevés de suicide, tout en étant davantage sujets à la toxicomanie, la prostitution, la pauvreté et la dépression que les hétérosexuels.

Avec l’aval de la hiérarchie, des collègues de l’équipe VIH et moi avons créé le comité sur la condition homosexuelle et bisexuelle en 2005, au moment de la fusion des différents CLSC du territoire dans le CSSS Jeanne-Mance. Ce comité avait deux objectifs : à l’interne, il visait à sensibiliser et former les intervenants à cette question afin qu’ils offrent de meilleurs services et, à l’externe, il visait à avoir une plus grande visibilité auprès de la communauté et ainsi, être plus au fait des attentes et besoins de la population.

Un questionnaire a été envoyé aux équipes du CLSC des Faubourgs pour connaître les services en place, les pratiques que les intervenants avaient développées ainsi que les besoins qu’ils avaient. Certains d’entre eux avaient bénéficié de formations sur l’orientation sexuelle données par un chercheur ainsi que par des intervenants du COSUM.

Dans l’ensemble, les employés y exprimaient qu’ils n’avaient pas de préjugés envers les personnes homosexuelles et qu’il fallait les traiter comme tout le monde. Cette réponse m’avait interpellé : peut-on les traiter comme tout le monde s’ils ont des conditions de vie et des valeurs particulières ? À mes yeux, les « traiter comme tout le monde » équivaut à nier leur réalité en pensant l’intervention à partir d’un schème hétérosexuel. L’intervention doit tenir compte des caractéristiques de la personne, que ce soit son origine ethnique ou son orientation sexuelle, qui peuvent la conduire à vivre de la discrimination et subir de la souffrance. Dans d’autres cas, il peut être utile pour comprendre un comportement, la toxicomanie par exemple, de tenir compte de l’orientation sexuelle.

Nous n’avons pas réalisé d’étude pour connaître les besoins de la clientèle, mais l’équipe VIH était impliquée dans la communauté, que ce soit à travers les liens noués avec des organismes communautaires ou grâce à la tenue de kiosques lors des évènements de la fierté gaie, nous permettant ainsi de prendre le pouls de la communauté.

À la suite du questionnaire, j’ai élaboré avec l’aide d’une étudiante en sexologie que je supervisais une formation traçant les grandes lignes de l’intervention auprès de la clientèle homosexuelle et bisexuelle, et destinée aux intervenants de notre CSSS. Une autre formation était déjà proposée par la Régie de la santé, mais elle n’était pas obligatoire. De plus, il nous semblait important qu’elle soit donnée par des intervenants à l’interne, connus dans les murs du CSSS. La formation portait sur l’intervention auprès de la clientèle homosexuelle et bisexuelle. Elle expliquait ce qu’est l’orientation sexuelle, donnait un aperçu de l’état de la recherche sur le sujet et proposait des pistes concrètes pour intervenir de manière moins exclusive et hétérosexiste. Par exemple, plutôt que de préjuger de l’orientation sexuelle de quelqu’un et demander : « Avez-vous une femme dans votre vie ? », on peut ouvrir le questionnement avec un « Avez-vous quelqu’un dans votre vie ? ».

Sur la glace

En lisant sur le sujet, nous nous sommes aperçus que les enjeux soulevés étaient peu documentés et qu’il fallait l’aide de chercheurs, car nous n’avions ni le temps ni la formation pour les creuser. Mon travail m’a amené à côtoyer en 2007 des chercheurs de l’équipe de recherche Sexualité et genre : vulnérabilité et résilience (SVR) de l’UQAM, dont Bill Ryan, et ils se sont montrés intéressés à l’idée de mener une étude sur les besoins de la clientèle du CSSS. J’ai été libéré pour participer à leurs réunions d’équipe où nous étions, avec le directeur de RÉZO3, les seuls membres non-chercheurs. Si la recherche donne aux praticiens une plus grande rigueur dans leur pratique clinique, elle permet aux chercheurs de cibler avec plus de réalisme certains éléments dans leurs projets, contribuant à bonifier simultanément la recherche et l’intervention. À un moment donné, en raison de rejets de nos demandes de subvention et de problèmes financiers, le projet de recherche a été mis sur la glace. Parallèlement, en dépit de l’élargissement progressif du comité à des membres d’autres équipes du CSSS, dont des femmes de toutes orientations et des hommes hétérosexuels, le comité a passé un certain temps sous respirateur artificiel en raison d’un roulement important de personnel.

Lorsque j’ai rejoint l’équipe Services courants, j’ai pratiqué en clinique à temps plein, ce qui m’a poussé à quitter le comité et a permis à François Pépin, intervenant social en milieu scolaire au CSSS, de prendre la relève. Par un concours de circonstances surprenant, j’ai eu le plaisir de voir mes petites idées aboutir. Je n’étais plus dans le comité, mais le fait que les activités continuent était un signe qu’il était plus solide. Au niveau gouvernemental, la réduction de l’homophobie est devenue une priorité officielle ; les gestionnaires se sont associés au mouvement et ont officiellement reconnu le comité comme un comité du CSSS. Jean Dumas, qui travaillait déjà avec Séro Zéro et connaissait la condition homosexuelle, est arrivé au CSSS dans le cadre de son projet postdoctoral. Le fait que les activités se poursuivent sans que j’y sois est un signe rassurant. L’année dernière, les travaux ont porté sur les adolescents gais et, cette année, ils portent sur le transsexualisme en lien avec un organisme d’aide aux transsexuels.

Aux balbutiements

Je me dis parfois que c’est un miracle que le comité se soit rendu où il est en dépit des obstacles rencontrés. Les gestionnaires font face à des contraintes qui les empêchent souvent de libérer les intervenants pour siéger sur ce type de comité. C’est pourquoi la reconnaissance officielle du comité par le CSSS a été si importante. De même, nous nous sommes heurtés à des préjugés dans nos milieux de travail, à une vision étroite de la santé gaie (associée au VIH), à un roulement important de personnel ainsi qu’à plusieurs rejets de demandes de subvention nous laissant parfois les bras ballants.

Dix années se sont écoulées depuis le jour où j’ai mis le pied au CLSC des Faubourgs avec mes rêves de mieux-être pour les personnes de toutes les orientations sexuelles. La persévérance a servi et la promotion de la santé gaie passe avant tout par une collaboration soutenue entre le milieu de la recherche, le milieu clinique et la population, unis pour une meilleure compréhension de ce qu’est la santé gaie.

Des défis majeurs restent à affronter tant du côté des intervenants que de la population. La prévalence des ITSS est plus élevée que la moyenne montréalaise sur le territoire, mais nous en sommes encore aux balbutiements en matière de connaissance des besoins de la population. Comment assurer  la formation des intervenants à la question de la diversité sexuelle, compte tenu du roulement de personnel ? La question gaie est abordée de manière diffuse à travers les programmes, mais sans vision transversale en matière de prévention. Au centre-ville de Toronto, il existe une clinique dédiée aux personnes homosexuelles, bisexuelles et transsexuelles avec des services sociaux, de la psychothérapie et un centre de crise. Qu’en est-il ailleurs ? Pour ma part, je suis davantage en faveur d’un modèle d’intégration dans les programmes existants plutôt que pour une clinique dédiée à cette population, mais différentes options sont à explorer.

Aujourd’hui, je travaille à temps plein à l’unité de médecine familiale (UMF) pour familiariser les médecins avec la psychothérapie. La santé gaie et l’orientation sexuelle ne sont pas des sujets abordés dans la formation des médecins qui identifient l’homosexualité à un risque plus élevé d’ITSS, mais non à la prévention et à la santé physique et mentale dans une perspective globale.

Minorités sexuelles et accès aux services : l’interface

Les personnes de minorités sexuelles sont confrontées de manière particulière à certains problèmes de santé physique, mentale et sexuelle. L’expression « minorités sexuelles » est un terme parapluie qui fait référence à la diversité des sexualités et des genres; elle désigne les individus qui s’identifient comme lesbienne, gai, bisexuel, transsexuel ou transgenre (d’où l’acronyme LGBT), mais aussi à d’autres termes non-conformistes, comme bispirituel, intersexué, queer, ou qui ont des relations sexuelles avec des personnes de même sexe sans déclarer d’identité spécifique (Chamberland et al., 2009).

Une étude sur les services sociaux et de santé offerts aux minorités sexuelles par le CSSS Jeanne-Mance est en voie de démarrage.1 Celui-ci dessert un territoire où l’on retrouve une forte concentration des clientèles LGBT, dont le quartier Centre-Sud qui comprend le Village Gai de Montréal. La recherche a comme objectifs de documenter les pratiques déjà développées par le personnel amené à offrir des services aux minorités sexuelles, mesurer l’adéquation des services offerts avec leurs besoins spécifiques et formuler des recommandations pour améliorer les services et la formation du personnel.

À l’origine, ce projet a été développé en collaboration avec le Comité sur la condition homosexuelle et bisexuelle (CCHB) du CSSS Jeanne-Mance, le CREMIS et l’équipe de recherche Sexualités et genres : vulnérabilité et résilience (SVR) de l’UQAM. Après avoir connu plusieurs moutures, le projet a trouvé sa forme définitive, soit celle d’un postdoctorat qui sera réalisé par Jean Dumas, chercheur en communication pour la santé.

Minorités

Plusieurs recherches ont mis en évidence la spécificité des besoins en matière de santé des minorités sexuelles. On connaît déjà les répercussions du VIH/sida et des autres infections transmises sexuellement et par le sang (ITSS), qui ont durement touché les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH) depuis le début de l’épidémie (Agence de la santé publique du Canada, 2010; Institut national de la santé publique du Québec, 2011). Des recherches populationnelles récentes indiquent aussi une prévalence plus élevée de plusieurs problèmes de santé telles que l’anxiété, la dépression, les idéations et les tentatives suicidaires (Institute of Medicine, 2011; Meyer et Northbridge, 2007; Julien et Chartrand, 2005). La consommation d’alcool et de drogues est aussi plus présente. Enfin, les enjeux entourant l’acceptation personnelle, familiale et sociale des personnes ayant des orientations sexuelles et des identités de genres minoritaires peuvent influer sur leur santé mentale. Au Canada, selon l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (Tjepkema, 2008), les gais, lesbiennes et bisexuels ont déclaré des niveaux de troubles de l’humeur ou de troubles anxieux supérieurs à ceux de la population hétérosexuelle. Ils sont également plus susceptibles que les hétérosexuels de consulter les prestataires de services de santé mentale.

Les personnes LGBT peuvent également faire face à de nombreuses difficultés dans leur accès aux services de santé. Ainsi, plusieurs études menées aux États-Unis suggèrent que le système de soins est axé sur la normativité hétérosexuelle : les préoccupations des minorités sexuelles ne sont pas suffisamment prises en compte, sans compter le manque de formation de plusieurs intervenants et les attitudes homophobes ou transphobes d’une partie du personnel.2 Il en résulterait que les personnes LGBT n’utilisent pas les services de santé disponibles, consultent plus tardivement (souvent à leur détriment) ou encore cachent des informations relatives à leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Cette situation est aussi présente au Canada. D’après Tjekema : « les gais, les lesbiennes et les bisexuels sont plus susceptibles que les hétérosexuels de consulter les prestataires de services de santé mentale. Les taux de consultation d’un médecin de famille et les chances d’avoir subi un test Pap sont plus faibles chez les lesbiennes que chez les femmes hétérosexuelles. Les personnes bisexuelles déclarent un plus grand nombre de besoins de soins de santé insatisfaits que leurs homologues hétérosexuels » (2008 : 1).

Prises de position

Malgré les efforts déployés au cours des 30 dernières années pour contrer ces carences, notamment par les réseaux communautaires, le réseau public de santé et services sociaux n’a pas encore suffisamment développé, à quelques exceptions près, des services adaptés aux besoins des minorités sexuelles.

En 1994, le rapport De l’illégalité à l’égalité, publié par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), recommandait au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) du Québec la mise en place de pistes d’interventions multisectorielles concernant principalement l’accès à des services adaptés, la formation et la sensibilisation des intervenants du réseau, la situation des lesbiennes et des jeunes appartenant à une minorité sexuelle, ainsi que la problématique du VIH/sida. Les activités d’un comité de travail sur la situation des services sociaux et de santé offerts aux personnes homosexuelles et bisexuelles ont servi de base à l’élaboration, en 1997, d’orientations ministérielles présentées dans un document intitulé L’adaptation des services sociaux et de santé aux réalités homosexuelles, qui a identifié quatre axes d’intervention: la lutte contre la discrimination, l’adaptation des services, l’amélioration des connaissances et des interventions, et la reconnaissance des communautés LGBT et le soutien à leur contribution sociale. L’adoption de ces orientations a donné lieu à des interventions dans les établissements de la santé et des services sociaux, sans pour autant qu’elles soient intégrées de façon globale. Des formations spécifiques proposées par l’Institut national de Santé publique du Québec : Pour une nouvelle vision de l’homosexualité et Adapter nos interventions aux réalités homosexuelles, ont été dispensées à plus de 18 000 membres du personnel œuvrant dans le domaine de la santé et des services sociaux ainsi qu’à des professionnels du milieu scolaire.

Plus récemment, plusieurs recommandations ont été adressées au MSSS par la CDPDJ avec la publication du rapport intitulé De l’égalité juridique à l’égalité sociale. Parmi celles-ci, on retrouve l’importance d’assurer « la promotion de services adaptés et ouverts aux réalités des personnes de minorités sexuelles et aux familles homoparentales, afin d’instituer un accueil adéquat à l’intérieur du réseau de la santé et des services sociaux » et « d’encourager et soutenir le développement de projets de recherche visant à mieux cerner les problématiques et l’acquisition de connaissances sur des thèmes reliés à la santé des minorités sexuelles » (CDPDJ, 2007 : 72-74).

C’est pour favoriser l’égalité sociale des minorités sexuelles que le gouvernement du Québec a adopté en décembre 2009 la Politique québécoise de lutte contre l’homophobie, dont une des orientations stratégiques est de favoriser l’adaptation des services publics, notamment dans le réseau de la santé et des services sociaux. On y mentionne à ce titre que « malgré les avancées au chapitre de l’adaptation des ressources et des services, il faut poursuivre le travail pour s’assurer de répondre aux besoins des clientèles de minorités sexuelles » (Gouvernement du Québec, 2009 : 32).

Par la suite, en mai 2011, le ministère de la Justice a lancé le Plan d’action gouvernemental de lutte contre l’homophobie dans lequel des mesures relevant du MSSS visent à « favoriser l’adaptation des services publics par l’assurance de la disponibilité de services adaptés » (Ministère de la justice : 11). Pour y arriver, plusieurs pistes d’action sont mises de l’avant telles que « définir des lignes directrices relatives à l’inclusion des réalités des personnes de minorités sexuelles, dont les transsexuelles et transgenres, les familles homoparentales » (ibid.)  et « s’assurer que les services d’accueil, de soins et d’hébergement soient adaptés aux réalités des personnes de minorités sexuelles, notamment des jeunes, des aînés, des diverses communautés et des familles homoparentales » (Ministère de la justice : 11).

Connaissances et pratiques

Ce projet de recherche constitue l’une des premières études québécoises sur l’interface entre services et minorités sexuelles. En effet, les relations entre les intervenants en santé et services sociaux et leurs clientèles provenant des minorités sexuelles sont encore peu étudiées au Québec. La recherche servira à l’amélioration des interventions du CSSS Jeanne-Mance, déjà proactif à l’égard de cette population vulnérable. Dans son Plan d’action local en santé publique 2010-2015, le CSSS s’est donné comme objectif d’adapter des activités de prévention et de promotion pour des groupes pouvant connaître des risques plus élevés en améliorant, entre autres, « les connaissances et les pratiques de prévention et de promotion auprès des groupes spécifiques » (CSSS, 2010 : 46).

Pour atteindre les objectifs définis précédemment, l’étude mettra en œuvre une méthodologie à la fois qualitative et quantitative, comprenant des entretiens avec des informateurs clés, un questionnaire en ligne auprès des usagers potentiels ou actuels des services offerts par le CSSS et des groupes de discussion avec le personnel de l’établissement.

Un comité consultatif sera créé pour toute la durée de l’étude et aura pour rôle de participer à plusieurs étapes de la recherche (validation et opérationnalisation des objectifs ; préparation des grilles d’entretien ; construction, validation et passation du questionnaire en ligne ; interprétation des résultats ; recommandations touchant les services et les stratégies d’intervention). Il sera composé de chercheurs de plusieurs disciplines (communication, travail social, sociologie), de professionnels de la santé et de gestionnaires du CSSS Jeanne-Mance.

Dans la première phase du projet, des entrevues auront lieu avec des informateurs clés : gestionnaires du réseau de la santé et des services sociaux, experts en évaluation des services, représentants d’organismes communautaires offrant des services adaptés aux minorités sexuelles et personnes LGBT ayant eu recours aux services offerts par le CSSS. Les thèmes généraux de ces entrevues porteront sur la connaissance et l’expérience des personnes interrogées quant aux services sociaux et de santé en général et à ceux offerts par le CSSS Jeanne-Mance en particulier.

Les résultats de l’analyse des entretiens avec les informateurs clés permettront de contribuer au développement d’un questionnaire en ligne qui sera proposé aux personnes LGBT résidentes du territoire desservi par le CSSS. De façon complémentaire aux thèmes dégagés lors des entretiens, d’autres thèmes seront soulevés : l’utilisation dans le temps des services offerts par le CSSS ; la place des enjeux touchant l’orientation sexuelle ou l’identité de genre dans l’interaction avec les intervenants selon les types de consultation ; la satisfaction des usagers quant aux services reçus ; les types de difficultés rencontrées lors des consultations et les opinions sur les compétences requises de la part des intervenants pour répondre aux besoins des minorités sexuelles.

Les résultats obtenus permettront, entre autres, de dégager les niveaux de satisfaction à l’égard des services actuels en fonction des différentes minorités sexuelles ainsi que les besoins en services sociaux et de santé des différents sous-groupes impliqués.

La deuxième phase du projet consistera à organiser des groupes de discussion avec les intervenants du CSSS provenant des spécialités en santé et services sociaux présentes dans ce milieu. Les objectifs seront de documenter les pratiques spécifiques déjà développées par le personnel, partager et discuter les résultats obtenus lors de la phase 1 et évaluer les niveaux d’adéquation des services sociaux et de santé offerts avec les besoins identifiés par les LGBT en les comparant à ceux définis par les intervenants.

La troisième phase servira à identifier des pratiques susceptibles d’être reprises ainsi que des nouvelles pratiques à développer pour améliorer les services et la formation du personnel. Cette recherche donnera lieu à des présentations auprès des professionnels de l’établissement, des organismes communautaires impliqués et des différentes populations du territoire couvert par le CSSS Jeanne-Mance, ainsi qu’à des communications aux autres instances de santé publique et lors de colloques scientifiques en santé publique.

Enrichir

L’analyse de l’ensemble des données qualitatives et quantitatives recueillies permettra de mieux saisir les relations entre les intervenants en santé et services sociaux et leurs clientèles provenant des minorités sexuelles. Cette synthèse permettra également de dégager des stratégies susceptibles de mieux répondre à leurs besoins et de participer à l’amélioration de leur santé et de leur bien-être. Les résultats seront notamment utiles aux gestionnaires du CSSS Jeanne-Mance pour l’amélioration des services offerts, mais également à l’ensemble du réseau de la santé et des services sociaux au Québec, en proposant des approches d’intervention novatrices ou exemplaires. En effet, dans le contexte actuel où ce réseau est invité à reconnaître et à desservir les populations LGBT sur l’ensemble du territoire, l’étude permettra de mieux documenter leurs besoins et de bénéficier de la réflexion collective autour des pratiques d’intervention expérimentées au CSSS Jeanne-Mance.

Enfin, l’étude contribuera à enrichir les recherches portant sur les inégalités et la discrimination entreprises par le Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternatives de citoyenneté (CREMIS).