Santé et social: s'unir pour lutter contre les inégalités sociales

 

Présentations de Marie St-Louis, agente de planification, programmation et recherche en santé publique, CSSS Jeanne-Mance, Ginette Laporte, infirmière, CSSS Jeanne-Mance, Renée-Ève Dionne, organisatrice communautaire, Josée Pichet, Infirmière conseil en prévention clinique et Estelle Carde, chercheure, département de sociologie à l’Université de Montréal

Quel était l’objet de ce séminaire?

Comment les professionnels de la santé peuvent-ils prendre en compte la réalité sociale des usagers? Comment relever les défis liés à la discrimination et à la stigmatisation? Quels enjeux liés à l’accessibilité aux soins et aux services pour certaines clientèles spécifiques? Ce séminaire était l’occasion de se pencher sur deux expériences de pratique et de recherche, à l’interface du « social » et de la « santé » et contribuant à lutter contre les inégalités sociales. Un membre du CREMIS s’est prêté au jeu de rendre compte de ce séminaire.

Un projet mobilisateur pour la santé des femmes et quelques mots sur ce qu’il nous apprend

La première présentation, réalisée par quatre praticiennes, portait sur leurs expériences autour du Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS). Le cancer du sein est la première cause de cancer chez les femmes. Le programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS), qui cible les femmes de cinquante ans et plus, a un taux de succès de 42% (45% au CSSS Jeanne-Mance). Devant ce constat, la Direction de santé publique (DSP) mandate des infirmières pour promouvoir le programme et augmenter le taux de participation, plus spécifiquement auprès de femmes immigrantes.

C’est dans ce contexte que les infirmières chargées de promouvoir le programme ont sollicité les organisateurs communautaires (OC) pour aider à mobiliser les femmes.  Pour les rejoindre, on table donc sur les acteurs du milieu (organismes communautaires, médiateurs culturels, femmes relais) qui connaissent très bien les problématiques locales et qui ont déjà un lien de confiance avec la population. Mais surtout, on élargit l’offre de départ afin de croiser les objectifs du milieu, des OC et des infirmières: le PQDSC devient en fait un programme plus général sur la santé des femmes, et les rencontres organisées dans le milieu adressent des problématiques telles que l’ostéoporose, la contraception, la ménopause. Cet élargissement du programme amène à parler de saines habitudes de vie, de santé, de prévention, en misant sur la prise de décision éclairée.

Cette formule, permettant d’adapter un  programme national à des enjeux locaux, a des retombées collectives importantes : suite à ces rencontres, les femmes sont mobilisées et continuent les rassemblements, que ce soit pour créer un espace de parole ou pour organiser des activités en lien avec les saines habitudes de vie. Cette initiative pose cependant son lot de défis : l’infirmière de proximité ne peut répondre à tous les besoins qui surgissent et qui lui sont soudainement adressés. Les acteurs impliqués s’efforcent néanmoins de faire le relais vers d’autres ressources, amenant ainsi certaines femmes à consulter au CLSC ou ailleurs. Demeure aussi le défi de rejoindre les femmes qui ne sont pas réseautées avec le milieu communautaire.

Que gardons-nous de cette présentation?

Cette présentation a mis en évidence certaines idées porteuses pour mobiliser les personnes. Les échangées ont aussi permis de cibler certains enjeux :   

  • Miser sur la collaboration avec des acteurs connaissant bien le milieu que l’on veut rejoindre,
  • Prendre en compte le besoin des personnes et l’importance d’avoir un espace ouvert de discussion, permettant d’aborder des enjeux plus larges que l’objectif spécifique ciblé à priori.   
  • Comment conjuguer la volonté de prendre en compte les multiples besoins pouvant être exprimés et la capacité réelle du réseau public à y répondre?
  • N’y aurait-il pas lieu de mieux documenter les retombées de ces initiatives? Tirer profit de la recherche pour mettre en valeur la richesse des interventions sortant du cadre plus quantitatif et des indicateurs chiffrés souvent exigés par les bailleurs de fond?


​Portrait d’une recherche intitulée : « Maternité, migration et sida en Guyane : que peut faire le système pour lutter contre les inégalités sociales ? »

Le portrait des femmes séropositives pour le VIH en Guyane montre bien comment les différents types d’inégalités sociales se croisent et se combinent : les femmes affectées sont principalement des migrantes des pays environnants, dans des situations précaires, souvent dépendantes économiquement de leur partenaire.

Le système français qui prend en charge ces femmes rencontre plusieurs défis afin de réduire le risque de transmission materno-fœtale, et ce, malgré l’accès gratuit aux antirétroviraux. Les contrôles migratoires fréquents contraignent la mobilité géographique de ces femmes et sont une barrière à l’accessibilité médicale, ce qui a comme effet de retarder la prise en charge. Une fois diagnostiquée, la forte stigmatisation liée à cette maladie pousse les femmes à tenir secret leur diagnostic, ce qui complexifie davantage  leur trajectoire de soins et les confine souvent à l’isolement social. Diverses interprétations des causes de la maladie vont aussi à l’encontre des approches médicales prescrites pour diminuer la charge virale.

Le système de soins a un rôle à jouer pour atténuer l’impact de ces inégalités sociales.  Parmi les idées qui ont été présentées sur le rôle des professionnels :

  • Aider ces femmes à accéder au titre de séjour;
  • Aider à garder le secret diagnostic en leur fournissant des explications médicales plausibles;
  • Fournir des salles d’attente commune afin de réduire le risque de stigmatisation;
  • Créer un espace de parole pour ces femmes «tenues» au secret avec leurs proches;
  • Recruter des médiateurs culturels pouvant aider les femmes à adhérer aux prescriptions médicales.
  • Permettre à ces femmes, futures mères, d’endosser d’autres identités que celle de malade et ainsi leur redonner de l’espoir.
  • Encourager une adhésion au traitement et ainsi reprendre le contrôle sur leur vie.

Que gardons-nous de cette présentation?

Cette présentation, et les discussions qu’elle a suscitées, a mis en évidence les points suivants :

  • Le rôle positif que peuvent jouer les professionnels de la santé dans la trajectoire de gens en situation de précarité.
  • Les enjeux éthiques autour du secret diagnostic ont aussi été abordés : entre secret professionnel et responsabilité collective à l’égard du danger de la transmission, où faut-il loger?
  • Les pratiques contribuant à maintenir le secret renforcent-elles paradoxalement la stigmatisation vécue par les femmes en maintenant un certain tabou entourant le diagnostic VIH?

Vous voulez en savoir plus?

Le rapport complet de la recherche est également disponible en ligne.