Pouvoirs décisionnels: quelle autonomie dans la relation d'intervention?

 

« C’est précisément « sur ce qui reste », sur ce « moindre » ou « presque-rien », que l’intervention sociale et la société peuvent avoir prise, pour le meilleur ou pour le pire. »

Namian, D. (2012). Entre itinérance et fin de vie. Sociologie de la vie moindre. Québec; Presse de l’Université du Québec, http://www.puq.ca/catalogue/livres/entre-itinerance-fin-vie-2396.html, consulté en juin 2014.

Présentations de Daniel Lauzon, auxiliaire familial aux Services de soutien à domicile, CSSS Jeanne Mance et Aude Fournier, professeure de sociologie au CEGEP de Victoriaville et  professionnelle de recherche CREMIS, Dahlia Namian, sociologue et chercheure à l’université d’Ottawa, membre collaboratrice du CREMIS

Quel était l’objet de ce séminaire?

Reconnaître l’autonomie des personnes résidant en centre d’hébergement ou à domicile soulève plusieurs questions en ce qui trait à leur bien-être et à leur dignité. Quelle place pour l’autonomie dans la relation d’intervention ? Quelle autonomie pour les personnes que l’on qualifie de vulnérables et notamment les personnes âgées et celles atteintes du VIH/SIDA ?

Quelle place pour l’autonomie dans la relation d’intervention entre les auxiliaires et les aînés à domicile?   

La première présentation, réalisée par Aude Fournier et Daniel Lauzon, portait sur un projet de recherche portant sur l’expérience de personnes de plus de 65 ans recevant des services de soutien à domicile. L’échantillon était constitué de 27 histoires de cas obtenues auprès de dix auxiliaires familiaux et sociaux et tirées de quatorze entretiens réalisés auprès de personnes résidant dans le secteur circonscrit pour la recherche.

La présentation de Daniel a permis d’explorer un  des thèmes qui se dégagent de cette recherche, soit la question de l’autonomie dans la relation d’intervention chez les aînés à domicile. Daniel est auxiliaire en services sociaux et de santé depuis 12 ans. Il donne les soins de base et s’occupe de personnes en perte d’autonomie et vivant à domicile. Il souligne l’importance de prendre en compte le niveau d’autonomie des personnes avant d’intervenir et déterminer ce qu’il « prendra » en charge.  Comme auxiliaire, il doit savoir composer avec les contraintes et les cadres organisationnels qui marquent son travail..

Vous voulez en savoir plus?

Cette recherche a fait l’objet d’un article dans la revue du CREMIS au printemps 2014 (hyperlien nous menant à la revue et le dossier web) intitulé « Vivre et survivre à domicile : Le bien-être en cinq dimensions ».   Pour chacune des dimensions, les lecteurs seront amenés, dans un premier temps, à explorer le regard des aînés ans. Dans un deuxième temps, ils exploreront l’univers des auxiliaires pour en arriver enfin, au croisement de ces regards. Des capsules audiovisuelles peuvent également être visionnées.

Qu’en est-il de l’autonomie des personnes porteuses du VIH et vivant dans des foyers d’hébergement communautaires?

Dahlia Namian a poursuivi le séminaire avec une présentation intitulée : « La construction relationnelle de « l’autonomie - Quelles stratégies, quels risques ? » Son exposé était basé sur les résultats d’une recherche portant sur l’autonomie des personnes vivant en centres d’hébergement. La recherche a été réalisée dans deux foyers d’hébergements communautaires, l’un en itinérance et l’autre en VIH/SIDA. La recherche a été réalisée sur la base d’observation directe des pratiques des intervenants au quotidien pendant 9 mois, des entrevues avec les intervenants, des discussions avec les résidents. La présentation du jour a porté sur le foyer de résidents porteurs de VIH/SIDA. Dahlia y interroge la relation d’intervention dans un contexte sociétal plus large où l’autonomie est au cœur d’une dynamique ambivalente. Elle est à la fois une contrainte normative et une valeur prisée par les individus et la société. Cette dynamique ambivalente de l’autonomie se manifeste par un plus grand respect de l’intégrité de la personne mais également par une individualisation croissante des inégalités sociales.

Que gardons-nous de ce séminaire?

Les échanges avec la salle portent sur différents thèmes liés à la pratique des auxiliaires à domicile et plus largement l’intervention en contexte de milieu de vie. Plusieurs questions et enjeux ont été soulevés, illustrant la complexité de ce travail de proximité.

  • Comment la pratique des auxiliaires travaillant à domicile peut-elle favoriser une relation significative, compte tenu de l’organisation actuelle des services et des outils prescrits qui ne tiennent pas toujours compte des dimensions interpersonnelles et sociales?
  • Quelles sont les compétences professionnelles des auxiliaires en matière d’intervention?  Comment sont-ils soutenus dans leur travail (reconnaissance, formation etc.)?
  • Comment tirer profit des ressources du milieu (voisin, personnes de la communauté) pour rejoindre les personnes en situation d’isolement et ne parlant pas le français?
  • Qu’est-il de l’intervention en contexte des lieux partagés et familiaux? Comment répondre à la nécessité de créer un cadre de vie flexible, permettant l’autonomie des résidents?