État social

Penser l’État social au CREMIS permet d’interroger le rôle de l’État et de ses institutions sous l’angle des inégalités sociales, des discriminations et des pratiques alternatives de citoyenneté. L’ancrage du centre de recherche au sein du réseau de la santé et des services sociaux met la focale principalement sur le champ sociosanitaire, mais une définition élargie de l’État social sous-tend les travaux et les réflexions menés au CREMIS.

Cette définition englobe l’ensemble des interventions étatiques qui visent la protection, le bien-être et la justice sociale. Cela comprend à la fois les politiques de soutien et de redistribution du revenu, de l’emploi, et bien sûr l’ensemble des politiques sociales, de l’éducation à la santé, en passant par le logement, le soutien aux personnes aînées, aux familles, etc. Cet État social s’est doté de compétences réglementaires, économiques et sociales aux larges retombées quotidiennes. Pour autant, convient-il de limiter l’État social à l’action des pouvoirs publics? Les processus de décentralisation et d’externalisation (au secteur communautaire ou associatif, principalement) des politiques publiques déplacent les frontières de l’État social. L’influence grandissante du secteur privé, par exemple à travers la Nouvelle gestion publique ou le rôle des fondations philanthropiques, modifie quant à elle la conception des politiques publiques. Ce qui se joue à la marge des institutions dans la production de l’État social contemporain est également à considérer. S’intéresser tant aux actions publiques qu’aux actions collectives apparaît comme une piste intéressante.

Loin d’une forme figée et monolithique, l’État social se révèle comme un réseau complexe d’interdépendances (entre des entités, groupes et individus), traversé par des rapports de pouvoir (notamment en regard du genre, de la condition sociale, de l’ethnicité ou de l’orientation sexuelle). Le fait qu’il puisse à la fois réduire certaines inégalités sociales tout en en (re)produisant d’autres met en lumière son caractère ambivalent.

Le champ État social vise à 1) analyser ces transformations et en saisir les impacts sur les pratiques et les populations; 2) comprendre les enjeux concernant les inégalités sociales (atténuation et/ou (re)production des inégalités sociales); 3) relever les expérimentations au sein du réseau de la santé et des services sociaux, les pratiques alternatives et les formes de solidarité qui entrouvrent des brèches et redéfinissent les frontières de cet État social; 4) développer une perspective comparative.